Mario en Prison

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  • : La "Cie Les Mille et une Vies" a été créé à Lille (59) en 1998. En 2006, autour des interventions qu'elle menait dans 2 Maisons d'Arrêt, la Cie a ouvert ce journal de bord. Avec le temps ce blog s'est ouvert à l'ensemble des activités de la Cie et est devenu le journal (presque intime) du Théâtre de Marionnettes Itinérant. Dans ce lieu nous pouvons vous raconter nos spectacles et ateliers, les joies et les déboires d'une Cie Contemporaine et des ses artistes permanents.
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Cie Les Mille et une Vies

encart-1001-vies-ok.jpgEn 2011, aux Mille et une Vies Théâtre de Marionnettes Itinérant, on a fait des découvertes sur l’humain, qu’on espère ne pas refaire en 2012. Ces découvertes, si elles rendent Les vies silencieuses, moi sorcière de mon état premier, marionnette au second degré, fille de mon créateur au troisième, elles m'énervent, je suis leurs maladies et leurs bornes.

Alors, pour lui et les autres, en lieu et place des Mille et une ames, je vous souhaite en 2012, d’éviter les bassesses humaines, de grandir et surtout –comme dit le bon sens populaire- de garder la santé mon bon monsieur….

En 2011, aux Mille et une Vies, on a vécu de bons moments, de très bons moments et encore une fois, je me répète (tu es bête me dirait mon père) on a découvert (beurk et rebeurk), des menteurs, des toteurs, des rateurs et tout le toutim en heurts…

Bon, à  vrai dire, ceux la, ils se reconnaîtront, on leur réserve de belles surprises aux Mille et une armes et dès que l’occasion se présentera, pan sur le bec, tu chantais et bien que fais-tu maintenant ? Ah ! Ah ! les groupes vocaux et les putois ! Ah ! Ah !  A ceux mielleux qui savent mentir et ne rien faire, à ceux focalisés sur leur nombril ne sachant que pleurer sur leur sort, leur petit sort, et bien moi, foi de sorcière, je leur en jette un de sort, et leur dis,  tu l’emporteras pas au paradis…et mai venu tu déchanteras...

En 2012 donc -hormis ceux sus-mentionnés s'entend ; finalement pas si nombreux et même plutôt pas nombreux de tout-, je souhaite, de la part des Mille et un noms que vous trouviez les meilleures choses et tiriez un trait sur les pires… en 2012 armez vous de patience en ayant en tête les mots de Montaigne  "L'expérience m'a encore appris ceci, que nous perdons d'impatience. Les maux ont leur vie et leurs bornes, leurs maladies et leur santé".

 

Sorcière farfelue –in Germain Lenain-

Pour ceux comme eux des Mille et une Vies Théâtre de Marionnettes Itinérant, conseils d’administration, salariés, marionnettes, Zette, Grizbatoruc, morceaux de bois, bouts de ficelle et savoir faire…

VLADIMIR 2010 (4)Le silence nous gagne, les mots s’absentent. Il va falloir néanmoins qu’on s’y remette. Il va falloir qu’on se décide à reprendre le fil, à recommencer de raconter. Raconter le quotidien, nos difficultés, la bataille avec les jours et les nuits de La Cie Les Mille et une Vies Théâtre de Marionnettes Itinérant.

Mais dans un monde ou la confiance s’érode, dire ce vers quoi on avance, dire qu’on avance vers la fin d’une époque, nous est difficile. Oui,  notre silence s'épaissit à force de voir/d'entendre les prises de paroles (des plus légitimes aux plus illégitimes...) ! Alors que nous regardons la société des hommes (encore des citoyens ?) se transformer en société des acteurs, nous nous interrogeons sur notre place en son sein ; comment pourrait-il en être autrement ?

Peut-être nous faut-il céder la parole à nos objets ; peut-être devons-nous faire en sorte que ce ne soient plus les hommes qui s'expriment mais leurs personnages ; que Zette, Germain Lenain ou encore Vladimir Grizbatoruc colportent les mots et de leur(s) (in)humanité(s) nous fassent parvenir le reflet éclairant.  

Parce que pour nous, êtres de chair et de sang, comment être ailleurs que dans le silence ? Dans une société du spectacle permanent et violent où les fils sont emmêlés, où les téléphones portables saisissent les instants et les livrent au monde, pendant que nous regardons impuissants le flot continu d'une information douceâtre (de la plus proche à la plus lointaine) nous ne pouvons que nous interroger sur l’humanité qui se déconstruit ! Et cela nous rappelle combien nous sommes fragiles, et cela nous dit que nous ne pouvons plus assister impuissants à ce délabrement des consciences, que nous devons nous débarrasser de la violence avant qu’elle nous dévore, avant que nous devenions barbares... Mais là, une petite voix nous dit que nous n’avons pas à devenir barbares, nous le sommes déjà

Dans le flot d'informations du quotidien, chacun, chaque citoyen est invité à plonger-nager ramer pour bientôt couler incapable qu'il sera de se battre ou d'identifier la vague qui le noiera ; c’est peut-être pour cela que nous arrêtons de parler, que le silence nous saisit ? Alors qu’ici et là, nous nous voyons, coupant et recoupant les cordons qui nous relient au "flux", dans ces instants, nous pouvons contempler le ciel, parler aux humains qui nous font face, leur adresser nos œuvres, leur raconter nos peurs, nos histoires…

Dans le monde du « tout le monde parle personne n'écoute », le personnage rit de nous voir penser «Tu disparaîtras quand tu te tairas ! ».

 

FLH par Germain Lenain

Cie Les Mille et une Vies - Théâtre de Marionnettes Itinérant

après le specatcle 2Depuis des mois que nous de la Cie Les Mille et une Vies courrons, depuis des jours que nous nous asphyxions, je n’ai que peu le temps d'alimenter ce lieu et vous dire les joies et les angoisses qui étreignent notre Théâtre de Marionnettes Itinérant…. De villes en villages nous courrons et les mots se transforment en silences. Plus ou moins longs, ils –les silences- nous habitent comme les disparus hantent les mémoires. Des mots de silence. Des mots de rage. Du vent qui nous emporte, nous ne savons le dire. Dans une époque qui manque de discernement, faire entendre nos silences et notre proximité tient de l’impossible.

Alors, aujourd'hui, profitant de la pause dans la course, cul posé sur un siège qui fait face à la mer,  je voulais te dire, à toi qui prend le temps de lire,  te faire part de mes craintes et partager avec toi certaines des réflexions qui me font penser que nous ne serons plus là longtemps. Vite écrit, mal dit, si tu n'as pas le temps passe ton chemin ami-enemmi- lecteur et reviens plus tard ; un autre jour si tu le peux, si tu en as le temps...Tout est histoire de choix…

Pour ma part, aujourd’hui, dans mon quatrième  jour de repos, je vais négocier avec mes silences ! Essayer de prendre le temps  aujourd’hui avant de demain, disparaître. Négocier, je vais poser quelques phrases, négocier oui, aujourd’hui dire avant de retourner au silence….

Juste quelques mots pour résumer les angoisses ; quelques mots pour les éloigner en le regardant, en les disant ; juste quelques mots….

Nous en reparlerons à la rentrée de septembre entre salariés et Conseil d’Administration mais, je dois te l'avouer ici, pour La Cie Les Mille et une Vies Théâtre de Marionnettes Itinérant, continuer de travailler dans l’environnement qui est le nôtre (secteur du spectacle vivant), devient chaque jour plus difficile…. Peut-être est-ce du au manque de discernement dont témoigne l'époque ; peut-être est-ce parce que nous sommes sur une voie où les lanternes s’éteignent au fur et à mesure que nous avançons et dont, au final,  nous risquons de pas revenir ! Mais, tout semble se complexifier terriblement et les cadres dans lesquels nous envisageons la création et la diffusion de nos œuvres se resserrent autour de nous, parfois jusqu’à l’étouffement…  

Ce qui arrive aujourd’hui, le resserrement de l’étau législatif (et répressif) était prévu ou prévisible ; il faut le dire, ceux qui voulaient transformer l’Art en une marchandise comme une autre, ont eu patience et sens du calendrier ! Ceux la avaient aussi pour eux pouvoir économique et politique pour peser sur les instances décisionnaires. Alors que les acteurs de création peu enclins à se soucier d’autre sujet que leur sort se battaient pour leur chapelle, leur corporation, leur structure et ne bénéficiaient d’aucune représentation représentative de leur diversité…. Depuis de nombreuses années, du financement de la création à la diffusion des œuvres, du formatage des consciences à la formation des jeunes générations ;  les  pouvoirs (économique, politique et médiatique) ont su transformer et avancer sur cette voie et faire de l’Art un outil d’enrichissement, de communication politique, de formatage des consciences….

Depuis quelques années les esprits sont « formatés » par des outils d’éducation et de communication. Les nouvelles générations sont prêtes à accepter le discours d’une culture mondialisée et libérale. Ce formatage a déjà commencé de détruire le symbolique et mis « sur le marché » de nombreux volontaires ; chaque année formés à l’administration culturelle ou  au « jeu d’acteur », sortent des écoles (universitaires, écoles d’art, conservatoires, écoles supérieures…) de nombreux étudiants qui ne veulent que « travailler ». Leurs études les ont préparés, ils le savent, ils sont les meilleurs et les institutions devraient les recruter. Malheureusement les institutions ne prennent pas de risque quand il s’agit d’emploi ; les places sont trop chères ! Elles laissent le soin aux plus petites entreprises de faire les premières insertions professionnelles et quant la formation aura atteint le niveau de qualité et de réseau que nécessite l’Institution on débauchera… Attention, même dans ces premiers contrats, les places sont comptées et de nombreux postulants ne trouveront pas structure à leur pied…   

l'automate 2Les petites entreprises du spectacle (et par extension leurs salariés) sont devenus les suspects permanents de fraudes diverses et variées. Travail dissimulé, évasion fiscale ou sociale, j’en oublie certainement !

Alors qu’elles se battent pour réunir les moyens de leurs ambitions, pour créer de l’emploi et payer des salaires, et surtout mettre en relation leurs œuvres et les publics, ces structures se retrouvent au cœur de la tourmente….  C’est dans un système globalement inadapté à l’épanouissement des recherches et œuvres artistiques que nous devons nous frayer un chemin… C’est un secteur ou les périmètres entre amateur, en voie de professionnalisation et professionnel n’ont jamais été définis ; c’est un secteur sans réel outil d’accompagnement des démarches, c’est un secteur ou 10% des entreprises absorbent 80% des ressources. 

En 2005, le Rapport  Guillot insistait sur la structuration du secteur par  la négociation conventionnelle ; dans sa droite suite, l’Etat a voulu que le secteur (du spectacle vivant je le rappelle) se dote de deux conventions uniques…. 2 conventions qui permettent aux usages de trouver des cadres « Privé » et « Publique » . Si les conventions collectives doivent améliorer le droit du travail, on peut aujourd’hui regretter qu'elles ne soient pas conscientes ni représentatives des usages et réalités des plus petites structures du secteur. Cela en serait comique, si cela n'était pas dramatique, ce sont toujours à partir des usages des plus grosses entreprises que se définissent les règles du jeu ; et cela est vrai dans l’ensemble des secteurs professionnels. Oui, pour ma part, j’en suis persuadé, les conventions ne prennent pas en comptes les réalités de métiers (parfois très anciens), leurs diversités et leurs nécessaires adaptations aux contraintes de territoire et d’époque dans lesquelles ils s’épanouissent…  

En 2006 (aujourd’hui le pourcentage ne doit pas être différent) 80% entreprises recensés avaient des effectifs inférieurs à 5 personnes tandis que 20% avaient des effectifs supérieurs…

Si je l’écris brutalement, c’est comme ça que ça sort : avec des textes qui ne prennent pas en compte la diversité d’un milieu, c’est la diversité qu’on veut détruire…. Plus ça va, moins ça va ; demain, les quelques entreprises qui auront les moyens d'employer auront devant elles des dizaines de milliers de candidats à l'embauche.

Avec ces conventions étriquées, de nombreuses niches (lieu douillet où toutes les parois sont à distance raisonnable de la main) dans lesquelles les entreprises de proximité pouvaient faire apparaître leurs projets vont disparaître, emportées par ces textes et un arsenal législatif (répressif) de plus en plus déconnecté de la réalité des usages des entreprises susnommées de proximité. Des textes qui ont une focale très resserrée sur ce qu’est la création, de comment elle doit être menée ou présentée au public, diffusée…. Des textes qui ne voient la création que sur "un plateau", le reste n'est rien ; le reste, des métiers qui se pratiquent dans des salles des fêtes, des jardins, des espaces publics, et parfois aussi sur des plateaux de théâtre, ce reste là n’est rien...

Les conventions sont des textes qui dans le droit français ont valeur de lois...

Je ne veux pas ici remettre en question le droit du salarié, je veux juste partager ma crainte et m’interroger du fait que ce sont toujours les plus gros qui décident ; les petites organisations qui ont rejoint les négociations, font de la figuration contre rétribution en numéraire ou en siège…

Dans la natureOui, l’insécurité juridique va aller en grandissant et si vous pensez que notre usage est norme vous vous trompez parce que la norme de notre structure ne peut être inférieure à la loi…. Et la confiance n’y fera rien, la parole encore moins, le contrat même ne peut revenir sur un avantage acquis…  Je le répète, je ne veux pas ici remettre en question le droit social du salarié, mais, ne trouvez vous pas que cela manque un peu de discernement de demander à une épicerie d’appliquer les lois des temples de la consommation surtout lorsque l’on sait que les lois applicables aux deux (les épiciers et les temples) sont définis par les temples de la consommation qui s’appuient sur la réalité des épiceries pour négocier au rabais ; un rabais souvent bien trop élevé pour les épiceries qui se trouvent de fait « hors la loi » lorsque le texte est étendu… Alors si il faut rêver, rêvons que les épiciers négocient avec les salariés des accords qui leurs soient propres (au niveau de l’entreprise…) et qui ne confondent pas leurs usages avec ceux des temples….

Pour finir, je voulais te dire, cher lecteur, que malheureusement les épiceries continueront de fermer… sauf si elles réussissent à donner à leurs usages la force de lois. Mais cela les épiceries n’en ont pas les moyens juridiques (le juridique coûte cher) alors les temples  pourront occuper les espaces ainsi laissés vacants…

Abandonnant cette sombre pensée, cul vissé sur ma chaise, je retourne à la contemplation de la grande bleue et de cette foule de corps dénudés profitant des joies des congés payés. Bonne journée à toi lecteur  et, à une autre fois….

 

Fabrice Levy-Hadida

Cie Les Mille et une Vies

Théâtre de Marionnettes Itinérant

BP 70342 - 59020 LILLE CEDEX

 

Il y a quelques semaines, je demandais à Yann Stenven (professeur d'Arts Plastique au Collège-Lycée Chatelet de Douai avec lequel nous travaillons depuis 2007 sur un projet d'exploration marionnettique) d'écrire un texte, son regard sur notre travail. Ce texte, m'est parvenu hier soir.  Ce texte que je destinais initialement à la publication dans le cadre de nos dossiers, je ne resiste et vous le livre  dans son entier. Merci Yann. Fabrice Levy-Hadida

 


Du spectacle à l'oeuvre

un regard par Yann Stenven - Professeur d'Arts Plastiques. Colège Albert Chatelet de Douai

 


casteletwingles.jpg Quelques bancs vernis réfugiaient dans une salle par crainte de la pluie, un  public d'enfants piaffant dans l'attente du lever de rideau, une musique ambiante en sourdine. Une invitation à s’asseoir, à faire silence. Quelques rires, un noir, et la lumière qui s'éveille tandis que le rideau s'égraine à la tringle. Jusqu'en cet instant rien ne pouvait me permettre de préjuger de la rencontre. Tout et tous  semblaient en place logique : un castelet, un public réfugié des eaux et enfantin comme dans la meilleure illustration jaunie d'un théâtre de Guignol. Je me sentais monstrueux sur ma portion de banc, intrus démesuré prêt à  un temps qui ne me serait pas destiné. Après tout, ma présence était professionnelle, j'étais un adulte avec une excuse  comme s'il  en fallait une pour être là. Je venais au spectacle, ne doutant pas de savoir ce qu'est la marionnette.  Ethnologue improvisé, je souhaitais observer le drôle de métier de marionnettiste.

 

 « Zette* ! T'as fait tes devoirs » et l'apparition de la demoiselle aux couettes, aux cheveux sur la langue a percuté le mur, barrage de mes préjugés ou plus simplement de mon ignorance. Un Cupidon tout de noir vêtu, caché en castelet venait de décocher sa flèche qui me transperçait non la poitrine mais me piquait à vif, d'un trait redoutable, l'un de ceux que l'on sent à peine, qui petit à petit pénétrait la chair de votre passion naissante. Je ne me souviens plus du temps, je flottais dans la durée d u douaipublic6.jpg récit, je bouillonnais de la surprise, de la rencontre avec un personnage qui dans ma cosmogonie d'adulte reste l'un de mes préférés, indispensable au même titre qu'un Gregor Samsa, un Ulrich ou une Alejandra.**

 

Au travers de la figure de Zette,  mon regard naissait, prenait corps sur un art qui en  cet instant, en moi, n'était pas. Je venais au spectacle, je ne venais pas à la rencontre d'une œuvre, je venais me distraire... Par le face à face avec le visage de Zette, elle devenait l'allégorie de ma curiosité. Elle me séduisait comme une nouvelle question, objet de mon désir artistique. Zette s'offrait en  miroir de ce qui me porte et me conduit chaque jour à souhaiter comprendre ce qu'est une œuvre ? Ce qui est œuvre. Elle me renvoyait à mes contradictions. Pourquoi ne me vois-tu pas ce que je suis ? Ne sais-tu pas que je suis un art, Pourquoi ne vois-tu en moi que la petite fille ?

 

Mais plus qu'un reflet, Zette et ses congénères, Zette et ses mots, Zette et sa marionnettiste, Zette et son auteur devenaient le mystère d'une œuvre, la complexité d'une création et le début de mon éveil. Lève-toi  et vois ! S'imposait en phrase impérieuse dans mon esprit, tandis que je m’agitais follement des deux mains à la tombée du rideau. L'apparition des marionnettistes, sous les applaudissements, m'affirmait que l'œuvre était de chair et de corps. Que l'auteur, les interprètes** * m'avaient emmené plus loin, chez eux, dans une conscience au monde.

 

 Le premier  désir d'appropriation fut de comprendre le comment de l'objet, sa gestation, sa  chair. Curiosité comblée par l'expérience d'atelier qui me permit l'autopsie d'un savoir faire qui me gardait proche de mes propres savoirs, ceux des mains qui transfèrent à un médium par l'outil une forme selon un désir d'amener au monde. Si je n'avais jamais accouché de marionnette, la délivrance me semblait proche, je pouvais saisir le corps et en Frankenstein nouveau-né assembler les parties. Même si, sur la table l'être s'abandonne sans vie à la surface dure et froide. L'impulsion électrique, la décharge orageuse qui ferait de ma main, mon bras, mon corps la pile de cet être à  venir ne se construiraient  qu'au fil du temps, lentement par le regard, l'écoute et la compréhension qu'on ne glisse pas la main dans une gaine marionnettique comme le pied à la charentaise.

 

CouvDos.jpgLa charentaise généreuse qui s'offre au pied fatigué qui cherche le repos après le travail. La gaine, elle n'accueille pas la main, elle la contraint et par la même le corps du manipulateur qui pour que la marionnette ait un squelette, un corps actant, mène à l'effort le sien, le violente dans la position et la durée. Position dans la gaine, positionnement de la main qui marquent la première entorse à la tradition que je compris. Zette et ses compagnons ont l'articulation d'une bouche. Et non, ce délicat coup de pinceau pourpre qui se perd à la « sur-face » de Guignol, bois de masse où le repeint donne l'illusion d'un visage. Guignol doté d'un inexpressif visage ne peut émouvoir, prendre la lumière, il ne peut exister que dans l'action, la trépidation. Ses actes valent plus que son discours.

 

Zette, malgré son zozotement, ses difficultés en orthographe a le temps d'articuler ses mots, d'incarner le Verbe. Elle n'a pas un discours, encore moins un texte, elle a une parole. Et par delà son articulé de mâchoire une gueule, un visage qui s'anime, se sculpte dans le fil du propos. La bouche incarne l'être, le fait être au monde. Tout comme cette bouche grande ouverte qui hurle de l'intérieur de l'un des visage les plus déshumanisés qu'est l'œuvre de Munch, le Cri. La bouche et l’œil, traces ultimes du visage, ce qu'il reste d'une humanité dans la décomposition de la face d'un  Antonio Saura qui perd le trait du visage  mais le fait vivre dans la couleur et la rage du pinceau, la touche qui puise au connu la vérité de son essence.

 

Une existence qui ne passe pas par la table rase, une « contemporanéité » du dialogue à l'art, par l'actualisation mais la formulation de la question. La question pour l'artiste qui dans son parcours de création fait de ses choix le sens de l'œuvre est non sa forme. Quant à la forme qui émerge, elle est le  témoignage du questionnement, sa trace et non sa formulation par l'artifice. L'artifice, l'apparence de...ce qui se donne le contour, voir la saveur mais qui n'est que façade.  Oui, la marionnette est un grand art et à ce titre se doit de se confondre en tout, se doit de donner l'apparence du change avec ses arts voisins le théâtre, la danse. Elle se doit de conquérir un vrai public, celui éclairé qui pourra dire que puisqu'elle en revêt la forme, elle est moderne, contemporaine comme si ces deux qualificatifs valaient tout.  Ah ! Modernité, miroir aux alouettes.

 

« Miroir mon beau miroir dis-moi qui est la plus... » belle tromperie que de croire que l'on peut être sans mémoire, l'artifice ne trompe que ceux qui se bornent à croire que l'on peut tout oublier et venir de rien. La marionnette n'a pas à se pouponner des autres arts, elle est et doit être  de son histoire même si le jeu se fait dans le village le plus reculé, dans un castelet et sans renfort d'artifices car cela n’empêche pas que dans l'écoute, le rire, l'émotion et les applaudissements l'œuvre se fait sous les regards. Et tant bien même, le public n'a pas vu sous le couvert de la tradition, l'irrespectueuse transgression  de la marionnette qui l'ouvre, il a vécu le texte, entendu les paroles d'un Germain LeNain****.

triogermain2bis.jpg

Un Germain LeNain qui comme Guignol a fort à faire mais qui par ses paroles va bousculer son petit monde. Germain est certes débiteur mais il devient, non pour sauver sa peau, mais la nôtre aussi une conscience. Malgré, ses travers, puisqu'il est le verbe par la maîtrise de la parole, il nous dénonce notre rapport à l'argent même s'il peut y succomber aussi. Il s'interroge du plaisir qu'éprouve le public à le voir se faire violenter. Devient brave et héros dans un emploi à contre nature. Mais c'est bien sa complexité qui le fait exister et le rend crédible à nos yeux, il pourrait être nous et nous pourrions être lui. Parce qu'il parle, n'est pas lisse de caractère et que son corps bien que difforme et même peut-être monstrueux ne nous est pas totalement inconnu ou étranger. Germain n'est pas une caricature, il est un être croqué à notre image comme les êtres des albums de dessins de Francisco de Goya. Albums dans lesquels le maître aragonais, pourtant grand portraitiste ne saisit du trait, de la forme des personnes que l'essentiel, l'utile à la représentation universelle de ces êtres qui se complaisent dans l'ignorance, la cruauté, la bêtise. Juste ce qu'il faut de  traits pour qu'ils existent et suffisamment pour que nous puissions nous reconnaître en eux. Tout comme Germain, Zette ou Vladimir*****, les personnes croqués par Goya sont monstrueuses bien que belles, difformes non par caricature, maladresse mais parce que profondément humaine. Les trognes, les paroles et mouvements des marionnettes de la Compagnie sont comme les gueules de Goya, les foules de Saura l'essence même de la vie. Vie unique pour le spectateur qui  par le truchement de la représentation peut être, tour à tour, Germain ou Zette en plus de lui même et s'offrir mille et une vies qui silencieusement, patiemment construisent l'Homme. Car bien au-delà de la distraction, qu'elle s'en défende où non, la Compagnie fait œuvre,  offrant un art qui nous grandit. Permettez-moi, dès lors en simple découvreur, en écho des mots de Robert Filliou de dire que la force et la beauté de votre œuvre est de permettre de comprendre en quoi « l'art est ce qui rend la vie plus intéressante que l'art ».

 

Yann Stenven / Professeur d’Arts Plastique Collège Lycee Chatelet de Douai

 

           

* La chambre de Zette, création de la Compagnie Les Mille et une Vies.

** Gregor Samsa, La Métamorphose, Franz Kafka ; Ulrich, L'homme sans qualités, Robert Musil ;  Alejandra, Héros et tombes, Ernesto Sábato.

*** auteur et interprètes, Dorothée Saint-Maxent et Fabrice Levy-Hadida.

**** Les aventures de Germain LeNain, création de la Compagnie Les Mille et une Vies.

***** Le dernier spectacle des Grizbatoruc, création de la Compagnie Les Mille et une Vies.

COM STAGES 2011Depuis 2009, La Cie Les Mille et une Vies Théâtre de Marionnettes Itinérant imagine et coordonne « la Marionnette près d’chez vous ».  Avec cet évènement, la Cie part à la rencontre des publics du territoire de l’Artois. En 2 ans, ce projet  (soutenu par L’Etat ( ACSE), le Conseil Régional NPDC, Nos Quartiers d’été,  leDépartement du Pas-de-Calais et  l’Agglomération Artois Comm.)  a touché plus de 12 000 personnes.

A partir d’avril 2011, pour la 3ème année de « La Marionnette près d’chez vous », La Cie Les Mille et une Vies a mis en œuvre des résidences de création et d’actions artistiques (stages intergénérationnels, sensibilisations scolaires, stages adultes).  Cet été, du 1er juillet au 20 août inclus, dans la suite de ces actions et alors que de nombreux acteurs seront sur la route des festivals (de rue, Théâtre, de Marionnettes…), la Cie Les Mille et une Vies propose une tournée d’été qui passe par les jardins et salles des fêtes de 22 communes du territoire de l’Artois.

Du  1er juillet au 20 août 2011, « La Marionnette près d’chez vous – une tournée d’été » permettra aux publics de découvrir les spectacles de la Cie Les Mille et une Vies ainsi que les aventures de ses objets et marionnettes (de Germain Lenain à la Famille Grizbatoruc en passant par Zette). Pour prolonger l’échange,  la Cie proposera des temps de rencontre et de convivialité (jeux anciens, espace lecture, ateliers découverte...) qui feront de cette tournée un évènement que nous espérons familial et chaleureux.


La Marionnette près d'chez - une tournée d'été, c'est aujourd'hui que ça commence.
  • Zette sera ce soir, 1er juillet 19H à Gauchin-le-Gal....
  • Une valise demain 19H à Calonne Ricouart et
  • Les Grizbatoruc (avec Germain Lenain en invité surprise) seront dimanche de 15H30 à 19H à Auchel
Vous trouverez ci-joint le programme détaillé de l'été 2011 ainsi qu'une invitation...
Si vos pas venaient à vous mener sur le territoire de l'Artois (Dpt du Pas-de-Calais), vous le savez, nous serions heureux de vous accueillir.
Pour Les Mille et une Vies, des hommes et des objets
Cie Les Mille et une Vies -Théâtre de Marionnettes Itinérant
BP 70342 - 59020 LILLE CEDEX T 03 20 88 44 78 F 03 20 88 45 69
blog http://www.marionnettesenprison.com
réseau facbook http://www.facebook.com/profile.php?id=1400668590

Vous trouverez ci-dessous les versions image et PDF du dépliant de notre tournée d'été 2011. La Marionnette près d'chez vous, ça continue, ça recommence du 1er juillet au 20 août.

VERSION PDF   Doc1testdepliant2011
 

en voila maintenant le contenu image.... Pour La Cie Les Mille et une Vies - Fabrice Levy-Hadida

dépliant

 

par Cie Les Mille et Une Vies

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