Mario en Prison

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  • : La "Cie Les Mille et une Vies" a été créé à Lille (59) en 1998. En 2006, autour des interventions qu'elle menait dans 2 Maisons d'Arrêt, la Cie a ouvert ce journal de bord. Avec le temps ce blog s'est ouvert à l'ensemble des activités de la Cie et est devenu le journal (presque intime) du Théâtre de Marionnettes Itinérant. Dans ce lieu nous pouvons vous raconter nos spectacles et ateliers, les joies et les déboires d'une Cie Contemporaine et des ses artistes permanents.
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- le changement climatique

est un problème majeur,

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mais aussi politique et économique

- s’attaquer sérieusement à ce

problème implique une remise

à plat de nos modèles économiques

et, particulièrement, de la notion

de «croissance».

Au delà, comme le nom “Freemen“

l’indique, chacun pense, écrit

ce qu’il veut sur son blog. ..


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Cela fait deux semaine ; deux semaines que nous ne travaillons qu'à construire des dossiers ; pas de temps pour l'étape 0 de la chambre (de Zette). Pas de construction d'objets, de marionnetts, pas de répétitions ; en ce moment on ne vit pas la partie la plus artistique de notre métier...

Entre deux rendez-vous, nous écrivons, dressons des tableaux, bilan des activités, présentation de projets, analyse des spécificités, éléments de prospectives, développement économique, emploi et tout ça, tout ce travail pour... On verra bien plus tard. 
L'année dernière, toutes nos demandes d'aide à la création, celles que nous travaillons à (re)présenter aujourd’hui, étaient sans ménagement rejetées par la le Ministère de la Culture, Drac, par le Conseil Régional, le Département du Pas de Calais, les unes après les autres rejetées alors que, par ailleurs, certaines de nos actions étaient soutenues par ces mêmes partenaires....
A la fin de l'été, sur les rotules, courrier après courrier, quand le dernier m'était arrivé, j'en avais presque pleuré (ce papier date de ce moment la..) ; tellement dégoutté que je croyais à l’époque que nous ne solliciterions plus ces partenaires et il a fallu toute la conviction de Dorothée pour que nous le fassions…

Fierté, fatigue, perte de temps, d'énergie et d'argent me disant, à ce moment là, que nous vivions sans leurs sous, rien ne nous empêchait de continuer ainsi, de continuer de vivre de notre travail, des ventes de spectacles, d'actions de sensibilisation avec beaucoup de volonté, de l’austérité et tant de public…

Mais voilà, Dorothée a réussi à me convaincre que leurs sous, ceux de la politique culturelle sont aussi les nôtres, que nos actions pouvaient avoir les moyens de nos ambitions…

Alors, nous avons décidé d'encore cette année déposer des demandes ; d’encore cette année investir du temps et de la sueur  ; pour à terme nous permettre de travailler à la création dans des meilleures conditions, un peu plus confortables et si, les experts et autres techniciens décident encore une fois de nous débouter (pour des raisons obscures entre (il)légitimé artistique et absence de viabilité économique non encore précisément explicitées), alors...
La Cie Les Mille et une Vies, c'est la troisième et dernière compagnie que je monte ; les précédentes structures c'était Les Petites affaires, de 1988 à 1992 puis Les Petites Vies de 1992 à 1998. Les Mille et une Vies, son projet est ce qu'il est grâce à ce parcours, ce passé ; je le sais juste parce que le temps légitime, fait grandir.
Un projet artistiquement et socialement juste. Art et société intimement liés ; outil politique, spectacle et éducation populaire.
Les Mille et une Vies, je pourrais dire que c'est l'aboutissement de mon parcours mais ce n'est pas ça parce que Les Mille et une Vies, c'est le commencement. Travaillant d'arrache pied à amener notre théâtre de marionnettes itinérant au plus près, nous nous réapproprions une ancienne tradition et la route que nous découvrons devant nous, même si elle est chaotique, est aussi étonnamment belle ; en 2006, dans les quartiers, les petites communes, les prisons, loins des scènes des temples de la culture, nous avons touché plus de 8000 spectateurs et un peu moins de 1000 personnes ont suivi nos actions de sensibilisation alors si en 2007 ils nous déboutent encore, technicien ou autre expert nous pourrons…
mais cela, c’est une autre histoire que nous construirons plus tard…

j'écrivais il y aquelques jours mon apréhension pour la journée du 1er décembre et mon intervention dans le cadre de
La Culture en milieu pénitentiaire : Regards sur le Nord-Pas-de-Calais
vous trouverez des infos concernant cette journée et son programme détaillé sur le site du ministère de la culture ; allez y jeter un oeil....
visiter
Il est presque une heure, du matin ; presque passée l'heure de se coucher... toutes le nuits le même cinéma recommence ; malgré la fatigue, la tête empêche le corps de se poser bien que je saches que le matin,  je retrouverais le corps cassé, ne supportant pas le reveil de l'aurore...

Entre admininistratif et artistique il faudrait faire un choix que je n'ai pas fait  parce que qu'administrer mon travail m'interresse trop pour cela ; parce qu'abandonner prospectives et outils d'évaluation, voudrait dire (re)jeter une  partie trop importante de mon travail...

mais,
demain matin, cela sera plus difficile...

pour l'instant, buvant encore un verre de vin ,
un dernier,
derrière l'écran imaginant demain,
le salon me protégeant de toute interpellation de la force pubique de l'ordre,
je profite.

Et,
profitant de ces mots,

je,
les  dédie


A Eliane, merci et encore, merci ; (et si tu veux, viens (tu) vendredi (1er décembre)...)

à Edith, merci aussi ; sans mélancolie ; a moins que peut-être juste un peu de vin, trop de vin derrière les mots...

A Christian : de l'amertume parce que des fois, mais pas tant, des fois, ça aide à mordre et lorsqu'il sera temps nous partirons, mais seulement lorsqu'il sera temps...
Nous vivons une époque formidable...

A toi, qui a aujourd'hui commencé, si tu te reconnais je dirais, ne commences que si cela te semble juste, sinon, si c'est pour l'effet de blog mode alors, oublies, jettes à la poubelle une envie qui n'est pas la tienne...

à Guillaume, nous étions ensemble tout à l'heure et, quand il sera temps, que tout sera prêt je t'amènerais à nous rejoindre...

A toi, un autre toi, si tu te reconnais,cesses de parler des autres et occupes le territoire de la vie, de l'action...

à François, il faut qu'on se voit l'ami.... soignes l'oreille qui ne t'empêche pas d'entendre, qui jamais n'empêche...

à Georges, que je n'ose appeler....

C'est ainsi, qu'entre les lignes, en des mots plein de creux je dédie, avant d'effacer, demain peut-être dans un temps de relatif oubli  cette pensée...
A Nice, en 1994 après avoir créé, Petites nouvelles d'un quotidien ordinaire avec des jeunes des quartiers (un spectacle silencieux inspiré des actes sans paroles de S. Beckett) je voulais réutiliser ce titre pour informer les spectateurs du lieu qu'on avait créé, La source.
A partir de 1995, la lettre d'info, plus ou moins mensuelle s'était finalement renommée
AKT ; je crois me rappeler qu'elle a eu plusieurs numéro (environ une dizaine) jusqu'à fin 97, au moment de la fin de ma deuxième aventure niçoise.... je sais que des lecteurs, ont gardé des exemplaires, moi pas....
Après, de loin en loin, entre 1994 et aujourd'hui, j'ai tenté de (ré)utiliser ce titre, qui ici ou là s'est transformé, OrdinaiRes en 1999Les petites nouvelles en 2004, et dans un 8 pages photocopié, à faible coût et à contenu primant, loin de l'étalage des moyens imprimés , je tentais de dépasser avec l'écrit, l'instant de l'action culturelle....
Aujourd'hui
, le blog nous donne cette lettre d'info à faible coût et à forte ressemblance avec ce que nous faisons dans notre ordinaire quotidien.... loin des désormais, plus livre que programme culturel des grosses structures ou institution culturelles, le blog aujourd'hui, sans débauche, nous permet de dire, entre artistiques
envolées et matérielles  réalités ce qui constitue le présent de notre entreprise culturelle de proximité...
Ce blog est devenu la lettre d'information de la  Cie Les Mille et une Vies , le passage en revue de nos activités, projets, rencontres et de ce qui nous passe entre les mains,  j'voulais depuis très longtemps une lettre d'information, le blog, c'est cela. 
Quand je pensais à une lettre d'info, je voulais un outil réactif, changeant, débordant d'humanité, artistique, matériel et aussin lunaire, le blog c'est cela. J'ai enfin trouvé l'outil qui colle à nos moyens et à notre réalité....
un outil qui est lu , de plus en plus et j'en suis fier ou heureux ou inquiet ou je ne sais pas exactement quoi...
Oublier le centre, s'éloigner de sa contrainte, de la contrainte du centre tout en restant conscient de son existence ; oublier le centre parce que c'est dans la périphérie, ou plus exactement dans un ensemble comprenant le plus près et le plus loin que ça se passe ;  oublier le centre. 
Il ne s'agit peut-être pas d'oublier le centre mais de l'aborder différement : penser et être près, dire vaste, dire au loin, crier au monde, dire au plus près, le faire du plus près, toujours de plus près.
Il faut oublier en se souvenant, il faudrait oublier, il faudrait toujours se souvenir pour mieux oublier. Je ne regarde pas le monde, je suis le monde.
Les bras, je n'en ai plus ; à force de constater mon impuissance face au monde, les bras ils voudraient me faire croire, j
e voudrais me faire croire quE je n'en ai pas,  je n'y crois pas...
Les bras j'en ai, la voix, ma voix, elle est là et ma capacité de faire aussi. Je ne dois pas oublier, ne pas me laisser envahir, la lassitude, cette lassitude n'est pas la mienne. Cette lassitude est à moi...
Ma force c'est de ne pas m'adresser au monde mais à cette partie du monde dans laquelle j'évolue et que je peux encore transformer, faire évoluer, penser changer ; cette partie du monde est reliée au monde et ainsi, le monde évolue, "qu'ils" le veuille ou non, que je le veuille ou non.
Plus je m'éloigne, plus je pense vaste,  moins je suis efficace et c'est ainsi qu'ils voudraient que nous soyons, que je voudrais être, clowns, et autres  bouffons d'un pouvoir  toujours plus inaccessible ; je peux changer ma vie et cela importe ; je peux faire et cela importe ; je peux éteindre le televiseur et cela importe, je peux moins consommer et cela importe...
Tu le peux, fais le, n'hésites pas ! Tu crois que ça ne sert à rien ? c'est ce qu'on te dit, et n'oublies pas que lorsque tu as personnalisé l'impersonnel, ce monde est autant le tien que le leur...
Des mots ; vite, écrits, jetés, tapés et puis silence. Derrière les mots, il n'y a rien. derrière les promesses il n'y a rien aussi. J'accorde peut-être trop souvent une importance démesurée à respecter mes engagements. Je ne sais à quel moment, endroit ou bourbier est née cette exigence...
Aujourd'hui,  je devrais ne pas attendre, rester là, ne pas attendre. Je devrais m'engager, je suis engagé, Il faut s'engager, il ne faut pas s'engager, je devrais cesser, cesser de m'engager, je ne peux pas...

Vendredi prochain je serais à Tourcoing. Je crois que j'appréhende ce jour, ce moment, cette discussion, pendant laquelle face à un public, il me faudra dire mon sentiment sur "La personne détenue et son rapport à la culture". Il me faudra essayer de ne pas me laisser absorber par les détails. Cela sera difficile ; la prison, son accoustique, son architecture, ses rapports humains, tout son environnement  altére ou transforme la perception des sentiments et des choses les plus simples ; pendant la discussion, il me faudra prendre de la hauteur, j'appréhende ce moment et même si, je sais pouvoir compter sur Nicolas Stenven, j'appréhende ce moment. 
Si la marionnette fait rire ; si elle émeut, interroge, élève,  si la culture amène cela alors, il faut accepter que dans le temps de la culture ce soit l'homme qui soit touché, l'homme tout simplement  et pas l'homme puni ; il me faudra oublier....


Les interventions en prison ont été si fortes, je me suis tellement engagé, je crois volontairement m'être mis en danger, tout entier, corps et âme jetéE  dans la mise en oeuvre de ces actions et lorsqu'elle se sont arrêtées, du jour au lendemain arrêtées, je l'ai vécu comme un choc.

dans cet engagement , c'est là que jour après jour se dessine le sens ; ce n'est pas une obligation, c'est comme ça, et la seule chose que je puisse faire c'est me demander pourquoi c'est ainsi ; pourquoi depuis toujours il m'a fallu m'engager ?


Pour Dorothée, de même, l'interruption unilatérale des interventions a été douloureuse. Sans discussion, ou mise au point nous devenions tout simplement indésirables. Ce que j'écrivais au début de mes interventions, dans les premiers commentaires relatant ma découverte de ce monde de méfiance, ce que j'écrivais, cette méfiance m'est revenu au visage dans un sale retour de flamme et malgré ma bonne volonté je ne pouvais pas changer cela...

Depuis, le temps aurait du passer et faire son oeuvre ; pacifier, permettre aux mots d'être entendus pour ce qu'ils sont et la trace laissée de retrouver une place sereine.... depuis, des lettres de ceux qui encore dedans, des coups de fil de certains sortis, en permission, des rencontres, des appels d'amis, de famille de ceux qui sont encore dedans m'arrivent. Les mots me touchent. je suis perdu ; parce que aujourd'hui je sais qu'elle existe : la prison.
Nous préparons l'année 2007. Pour beaucoup de structures cette période de l'année est dense ; entre bilans et dossiers les administratifs trépignent...Pour nous, polyvalents de choix et de contrats, c'est la même chose ; entre la "création de l'étape 0" ou,  "sans le sou" de la Chambre (de Zette) et les bilans et projections, le temps passe-file et les jours donnent le sentiment d'être finis avant même qu'ils aient eu le temps de commencer.
2007 semble pour nous s'annoncer comme une année d'affirmation. Autant un projet politique que culturel, le projet de La Cie Les Mille et une Vies, Théâtre de marionnettes itinérant . Dès fin 1998, à mon arrivée à Lille, il s'agissait de se rapprocher des publics éloignés des établissements culturels ; en amenant nos formes contemporaines de création au plus près, entre diffusion de spectacles et actions de sensibilisation, nous voulons amener le public à (re)considérer l'art outil/ciment d'une expression commune, une expression qui ressemble, qui rassemble.
De 2006, nous tirons des enseignements ; de notre présence sur le territoire, de la rencontre avec le public, de la capacité pour la forme légère du castelet de porter le fond du regard de l'homme sur la marionnette, de la parole de la marionnette au plus près, de tout cela, nous sortons grandis.
Comme je l'écrivais il y a quelques jours, en 2007, Lille (et ses quartiers), ne sera plus notre priorité...(lire l'article)
Et si nos bureaux restent encore à Lille, le coeur de nos activités se déplace ; parce qu'à cette ville, capable du meilleur, malgré plusieurs années d'acharnement, nous n'avons pas réussi à faire entendre notre voix. De désistement en éloignement c'est donc ailleurs que nous construirons, dans une croyance et des objectifs partagés, une nouvelle aventure.
Dans le Pas-de Calais avec la Commune de Wingles dans les villes alentour,avec la communauté de commune Artois-Com ; dans le Nord avec les communautés de la Porte du Hainaut et de l'Est du Douaisis nous travaillerons en 2007 à construire les bases d'un avenir marionnettique qui se construit avec et pour le public ; entre résidences de création, représentations et actions de sensibilisation, le programme 2007 dont nous sommes en train, avec nos partenaires (Région, Département, communautés d'agglomérations et communes) d'élaborer les contours, est une preuve, s'il en faut, qu'un acteur artistique, pour peu qu'il accepte de s'engager et de s'éloigner des chemins dédiés et conventionnels de la Culture, peut être un des maillons fort de la chaîne de la démocratie culturelle de laquelle pouvait rêver les anciens...
Pour peu que l'artiste sur des territoires à priori peu propices (ou équipés) considère que le rêve c'est aujourd'hui et ici avant que demain se transforme en cauchemar.
Aujourd'hui, plus que jamais, je pense qu'il faut que  nous arrêtions de reprocher à l'autre ses manques tant que nous n'aurons pas, nous même, artistes, marionnettistes et  autres saltimbanques fait le premier pas, joué le premier acte de la construction collective ....

PS : pour l'ensemble des billets excusez, la confusion du style et l'approximative ortographe mais, l'exercice du blog, je le prends pour ce qu'il est : en ligne et sans trop de relecture...

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