Mario en Prison

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  • : La "Cie Les Mille et une Vies" (Lille, 59) est intervenue dans des Maisons d'Arrêt (en 2006); avec le temps le journal de bord des ces actions est devenu le journal de notre Théâtre de Marionnettes Itinérant dans lequel nous pouvions vous raconter nos spectacles et ateliers, les joies et les déboires d'une Cie Contemporaine et des ses artistes permanents. Cie Les 1001 Vies Théâtre de Marionnette Itinérant. nous contacter : lesmilleetunevies@wanadoo.fr
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Vendredi 24 août 2007
PIC-0169.JPGDonc on va se mettre en pause, J-1 et je suis en congés, nous sommes en congés, une pause d'une semaine.... dedans, je pense déjà au retour, le  coeur se tord, je sais que sans arrêter je ne résisterai pas, mais difficile, d'interrompre cet élan... Au retour très vite, nous nous remettrons en route, représentation, création, résidences et ateliers tout commence en même temps. J'ai du mal donc à arrêter. Je vais me forcer, ne pas ouvrir les mails, ne pas penser à ce qui n'est pas fait, ne pas ouvrir les dossiers en patience, ne pas parler de travail, ne pas emporter d'ordinateur, ne pas écrire d'article pour ce blog, ne pas laisser de trace du silence, ne pas faire de signe, ne pas consulter les statistiques de fréquentation...
Je sais, je ne pourrais pas tenir l'ensemble de ces engagements....Mais si mon fils me posait la question,"dis papa, c'est quoi les vacances ?", je  lui dirais "Je vais donc essayer de prendre un peu de distance avec ce premier semestre hyperactif... Je sais, je ne pourrais pas déconnecter mon cerveau, lui dire laisse moi tranquille, cela je le sais, mais, tout au moins, je pourrais dormir, rêver, cauchemarder, "faire grasse mat", sombrer tardivement dans le sommeil, m'abreuver de bêtises audiovisuelles, ne pas penser à la société dans laquelle nous vivons et qui décidément ne va pas bien, n'est pas partageuse, n'est pas solidaire, ne veut pas l'être, et qui, égoiste, encourage l'égoïsme, tous les égoïsmes.... Dis papa, c'est quoi les vacances ? Tu ne liras pas "Le canard Enchaîné" ? Si au contraire, et je prendrais le temps de relire de vieux numéro pour entraîner ma mémoire dans un pays amnésique ! Tu ne liras pas "Le Monde", journal de référence ? Non, mais ça, à part ici et là, ça fait longtemps que je ne le fais plus, que je ne fais plus trop confiance aux journalistes embarqués.... Tu liras "Le plan B" ? Oui, si je le trouve, leur numéro Juillet-Aout, quand j'ai voulu l'acheter était épuisé ? Et pour Libération, tu le liras Libération ? Juste pour rire, pour avoir des frayeurs, les éditos de L. Joffrin, oui, ça vaut le détour, mais pas tous les jours, j'pourrais avoir une crise cardiaque....Dis, papa, et nous qu'est-ce qu'on va faire pendant les vacances ? Et bien, on va courir, jouer rire, oublier un peu mais pas pour toujours, on va se décharger du poids qu'on porte le  reste du temps, en une  expression, "on va essayer de passer du bon temps".
Voila, je vais m'offrir une semaine, avec fils et  compagne,
juste pour nous et sans penser au boulot, entraîner ma mémoire et mon regard.... sur une plage, entouré de journaux qu'on peut croire, qui nous aident à comprendre délaissant les autres, tous les autres....C'est ça les vacances... le blog est fermé, il ré-ouvrira  début septembre avec la rentrée des classes et le retour de l'hyper-activité (qui est déjà là ? partout ? sur tous les fronts ?)...D'ici là, ne croyez pas tout ce qu'on vous dit, restez vigilants..
par Fabrice Levy-Hadida publié dans : Autre inclassable
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Mercredi 22 août 2007
PIC-0359.JPGIl faudra, plus tard qu'on écrive notre bilan. Quantitatif avec des chiffres, le nombre de kilomètres parcourus, j'ose pas les compter, en deux mois, le nombre de spectateurs en regard  du nombre de représentation, des actions de sensibilisation, des ateliers menés, les coupures de presses,  les coupures de courage, les défaites et le victoires, il faudra qu'on les (d)écrive ces chiffres. Et puis aussi, qualitatif, il faudra qu'on l'écrive le bilan, les retours publics, les avancées sur des territoires éloignés, le rapport à la population, aux spectateurs, aux usagers d'ateliers, les rencontres humaines. Il faudra qu'on dise le bien, tout au long de cet été ressenti ; mais il faudra qu'on dise le mal aussi, les difficultés, certaines fois le consumérisme, des partenaires prenant notre proposition comme offre clé en main sans réelle appropriation ; il faudra. Mais pour l'heure, quelques jours de bilan intérieurs et de derniers calages sur des actions qui démarrent début septembre avant de faire une coupe d'une semaine....oui, samedi c'est vacances pour une semaine !
Je jette un oeil derrière, le temps a couru. Depuis longtemps le temps court ..Depuis le démarrage de la Cie Les Mille et une Vies, j'attendais que le temps courre et voilà, on y est arrivé, il court et nous courrons derrière lui. Maintenant que la tournée est fini, que le castelet est rangé, que les bancs sont repliés, je peux le dire, il m'est arrivé à plusieurs reprises, pendant l'été d'être convaincu qu'on allait  chuter, à force de course, qu'on allait tomber. Mais non, nous avons fini la tournée sans trop de casse, nous avons tenu l'ensemble des dates, entre le 1er juillet et le 19 août soit 30 jours d'actions, 30 représentations, 80 heures de sensibilisations, plus de 3 000 spectateurs plus tard nous sommes encore debout. Certes les pendrillons et le matériel du castelet sont au séchage à cause de notre défiance face au temps orageux le dernier dimanche, certes nous sommes fatigués, cernes sous les yeux et courbatures, certes nous avons besoin de recul et de vacances face à tout ce que nous avons vécu, certes nous sommes tendus mais je crois, je suis intimement convaincu que ça valait le coup de prendre le pari, ce chemin de traverse. Même si sur ce chemin nous sommes bien seuls,  même si sur ce chemin le temps n'installe pas la tranquillité comme il pourrait le faire sur la scène du temple, je dois avouer que le doute sur la route m'a pris...  Combien de militant encore aujourd'hui, sur ces routes là, chaotiques et difficiles pour ne pas dire impraticables, continuent ? A voir ceux qui nous accompagnent aujourd'hui, constatant combien il est difficile d'entraîner derrière nous, dans le sillon creusé de nouvelles aventures, j'avoue, le doute me saisit parfois. C'est vrai, avec la fatigue, le parfois  ressemble au souvent et quand petite équipe, seuls, le soir, nous regardons de la fenêtre de l'hotel la route crasseuse qui nous entoure, et que nous sentons autour de nous, au dessus de nous ce ciel bas et lourd qui nous enfonce, nous ne pouvons dire que nous ne doutons pas et que nous ne rêvons pas, nous aussi et comme ceux que nous avons laissés, de loges dorés, de petits fours délicieux, de gentilles attentions toujours bienvenues mais jamais assez
nombreuses , et qui, au final laisseraient nos egos démesurés toujours insatisfaits.... Mais c'est vrai aussi qu'écrivant ces rêves fugaces, je ressens la même chose que lorsqu'ils me saisissent ;. une absence d'envie, d'émotion, et j'entends, comme alors, remonter la voix de cette question qui me taraude, mais pourquoi courent-ils donc ? 
par Fabrice Levy-Hadida publié dans : La Marionnette près d'chez Vous
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Mercredi 22 août 2007
zette-et-do.jpgEt voilà, c'est fini pour l'été 2007... Dimanche avait lieu notre fête de clôture de la tournée d'été; c'était à Marles-les-Mines, sur la cité du Rond-point en partenariat avec l'AEP Millenium... On s'était donné rendez-vous le matin vers 10H00 pour décider si on s'installait en intérieur ou en extérieur. Le site extérieur était chouette et un bon boulot de sensibilisation avait été fait auprès des habitants de la cité. La salle de repli, quant à elle, n'était pas situé sur cette même cité  mais plutôt vers le centre ville. En repliant, on risquait de perdre le public de la cité du rond-point et ça, on voulait pas ! Alors on a décidé de courrir le risque de l'extérieur... On a donc commencé à monter le castelet, les bancs, les tonnelles, les jeux anciens, la buvette, etc... Ce temps de montage s'est fait sans une goutte de pluie, on était plutôt confiant ! A 14H45, G. Arthur a fait sa balance avec son Orgue de Barbarie, puis on a regardé le site, vérifié que tout était en place pour l'ouverture au public prévu à 15H... L'espace était agréable, il n' y avait plus qu'à... Quand soudain, en 1/4 de seconde, le ciel s'obscurcit, le vent se lève, le tonnerre gronde et la pluie torentielle tombe, tombe, tombe,tombe... Et moi, à cet instant j'ai envie de hurler !! La représentation est forte compromise, le castelet est trempé, les tonnelles s'éffondrent les unes après les autres, été pourri... Heureusement, on a réorganisé quelques activités dans le local du Millénium (trop petit pour servir de repli pour le castelet) et le public présent (eh oui les habitants sont quand même venus !) a pu s'initier au tennis de table, jouer aux jeux anciens (grenouille, billard japonnais, jeu de palets, etc...), chanter autour de l'orgue de barbarie, et même profiter d'une trop rare éclaircie pour s'initier aux cerfs-volants... Et puis une fête de clôture de la tournée d'été du théâtre de marionnettes itinérant sans marionnettes ne me semblait pas tout à fait adequat ! Alors, hop, en deux temps, trois mouvements, j'installe une façade avec 2 pieds de micro, une barre et un tissu noir, je sors Zette de sa malle et improvise un moment d'échange avec le public. Ensuite, Chloé et Teddy, qui ont suivi le stage les jours précédents, prennent la place et présentent le résultat d'une improvisation dirigée menée au cours du stage. Ce petit rien marionnettique donnant envie  à certains spectateurs d'essayer, nous terminons l'après-midi par un "Atelier découverte" improvisé... Certes le programme prévu n'a pas été mené dans sa globalité mais nous avons quand même réussi à passer un après-midi presque agréable malgré la pluie !
Mais terminer de cette façon  reste, pour moi, frustrant...
par Dorothée Saint-Maxent publié dans : La Marionnette près d'chez Vous
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Lundi 13 août 2007
PIC-0405.JPGDeux jours et ça reprend, puis ça finit. Fatigue, le corps cassé, les reins courbés et pas le temps de mettre en pause. Une pause de représentation aujourd'hui et hier mais l'esprit vaque, les mots s'enchaînent, de retard en retard à rattraper, je gagne le ciel. Quelques mots, un signe ici, pour dire, encore vivant. C'est la  dernière semaine de l'été qui commence, d'ou vient l'inquiétude ? Cela devrait être la joie dans la course folle et pourtant....
La semaine prochaine, les dernières dates,  dernières représentations, dernières actions de cette tournée d'été chargée.  L'esprit se braque, les mots ne viennent plus, toujours les mêmes...
Les représentations de la semaine dernière m'ont chamboulé. A certains moments, je me suis demandé, pourquoi je prends ces risques ? Plus exactement la représentation de mercredi m'a chamboulé... Ce nouveau spectacle, tout jeune, pourquoi je le jette dans l'arène de l'extérieur, pour un public majoritairement peu habitué à fréquenter les lieux de spectacles, à assister à des spectacles vivants. En général la réponse est dans le regard du public mais il y a des fois...
PIC-0400.JPGCe mercredi à Bruay, une fois les enfants installés, les parents, comme s'ils les avaient posés dans un fauteuil face à un écran et une cassette, les parents se mettent à causer, sans même s'éloigner et nous, sans filet, sans équipe qui nous protège à l'extérieur pendant qu'on joue, vivant,  se prenant ça dans le ventre, pourquoi on fait ça ? Sans filet, la tension est montée d'un cran. Mercredi à Bruay la Bussière, la représentation était difficile, des spectateurs très nombreux sous un préau, des parents qui accompagnaient des enfants et qui voyaient dans le moment l'occasion d'échanger avec d'autres parents qu'ils n'avaient pas l'habitude de voir.  Pendant le spectacle, sans même s'éloigner... Et lorsque nous sortons de derrière les rideaux, la majorité des chaises se sont vidées, seuls quelques parents sont restés pour nous remercier et qui en profitent pour nous expliquer ce qui s'est passé, que nous n'avons pas vu, que nous avons entendu, que nous avons senti et qui par moment a failli me faire arrêter le spectacle en cours...
Mais voila, ce n'est pas à chaque fois comme mercredi à Bruay ; cette représentation là était plutôt une exception mais quand la fatigue est là, l'esprit se cramponne sur les mauvaises choses, plus facilement. Je devrais raconter mardi et vendredi à Béthune ; je devrais raconter samedi à Hersin Coupigny et voilà, l'esprit m'a amené à parler de celle de Bruay.... Alors, je reprends le dessus et je parle de samedi, samedi à Hersin... Un samedi étonnant dans le Parc des Etangs, un magnifique site, une météo clémente et un public particulièrement attentif... Un public étonnant, sur les bancs plus d'adultes que d'enfants, un public en or...qui a ri, souri, profité du moment et avec lequel nous avons longuement échangé après la représentation, qui nous a aidé à démonter et avec lequel nous avons bu des bières, ri encore et encore jusqu'au moment du départ, se promettant qu'on se reverrait, qu'il viendrait nous voir, à Marles pour la cloture, une semaine qui se finissait très bien, en somme...

par Fabrice Levy-Hadida publié dans : La Marionnette près d'chez Vous
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Vendredi 3 août 2007
FLINES.jpgEt la mémoire ?  Que deviendra-t-elle lorsque nous aurons disparus, que nous aurons arrêtés ; se forcer à tenir rubrique, plus ou moins régulière, plus ou moins "écrite", ouvre la voie de la trace ? Aujourd'hui faut pas qu'ça râle ? Si bien sûr, mais ça râle différent, ça râle un coup noir, un coup blanc et celui là, de coup, pour sûr il est pas noir.
Les bancs pleins d'ames ouvertes,  les représentations de La chambre (de Zette) ont commencé. Après Wingles en salle, la première représentation en extérieur a été donnée à  Calonne-Ricouart et pour nous, elle n'était pas facile. Et cela me semble normal, la chambre n'a pas, comme Germain, plus de 500 représentations derrière qui rassurent, là, c'est une première, l'angoisse du vent qui déstabilise, de la voix qui ne porte pas assez, du bruit de la petite ville autour du jardin, dans le théâtre de verdure, constant et présent, du faux pas, la peur de l'oubli et aussi ce noir face à nous, le noir du rideau du castelet, noir qui nous sépare du public, de son image, nous l'entendons vivre mais nous ne le voyons pas, sans habitude face à ce noir, alors, oui, première pas facile, la peur pendant et quand on sort, qu'on exprime humainement nos doutes, le regard du public, son sourire qui sauve, ses remerciements encore....encore une fois, nous nous retrouvons là ou nous devions être. Simplement.
Monter le Théâtre de Marionnettes Itinérant pour la chambre, en extérieur est plus fatiguant que le monter pour Les Aventures de Germain Lenain. La forme est plus lourde, des décors peints sur rails, des réglages minutieux qui doivent s'adapter aux terrains toujours différents. Même si le cadre du castelet reste identique, les lieux sont différents ; quand retrouvera-t-on l'inclinaison du terrain telle que celle que nous avions à Calonne-Ricouart. Les sols changent aussi, bitume ici, pelouse tondue là ou encore herbe sauvage trempée. Il nous faudra du temps pour trouver la mémoire de la chambre et penser que sous nos pieds le sol est assuré... Oui, il nous faudra du temps et je n'en suis pas mécontent.....  pour que paraisse l'oeuvre, il faut accepter que le temps la travaille, elle ne peut être immédiate et grace à sa lente inscription dans le temps nous trouverons notre place. Oui, plus tard, la fatigue de ce montage avant la représentation sera connue de nos corps, le démontage ensuite sera tranquile, sans peur de perdre la mémoire, avant la nuit tombée. Mercredi, avant le spectacle, des enfants du quartier tournaient autour du castelet, étaient impatient que le spectacle commence, pour les tranquiliser, nous avons sur les bancs posé des petits bouts de papier blancs sur lesquels ont écrit leur prénom et le mot "reservé". Après le spectacle certains d'entre eux nous ont regardé démonter, nous ont aidé à ranger dans le camion le matériel et lorsque nous partions, il en restait un sur son vélo que nous laissions là et  qui nous regardait partir....
Plus tard, doux moments ; démontage terminé et route avalée à grandes rafales de vitesse, lorsque nous rentrons, les corps sont cassés, la journée a été longue pour nos deux squelettes. Emotions et pressions physiques ont fini d'achever nos carcasses. Et quand, derrière les paupières closes, je rejoue le film de la journée et de son humanité, discussions avec Ludovic ou Laurent nos interlocuteurs à Calonne , discussions avec le public, les enfants qui volètent impatients et heureux et toujours, ses yeux pleins de lumières, ces regards, ces remerciements je me dis, jusqu'aux prochains assuts du doute, que contre tout l'or du monde je n'échangerais pas ma place...dans la proximité.
par Fabrice Levy-Hadida publié dans : La Marionnette près d'chez Vous
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