Mario en Prison

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  • : La "Cie Les Mille et une Vies" (Lille, 59) est intervenue dans des Maisons d'Arrêt (en 2006); avec le temps le journal de bord des ces actions est devenu le journal de notre Théâtre de Marionnettes Itinérant dans lequel nous pouvions vous raconter nos spectacles et ateliers, les joies et les déboires d'une Cie Contemporaine et des ses artistes permanents. Cie Les 1001 Vies Théâtre de Marionnette Itinérant. nous contacter : lesmilleetunevies@wanadoo.fr
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Jeudi 31 août 2006

A chaque fois, lorsque finie mon intervention, il me faudrait écrire deux comptes rendus. A chaque fois, passant la porte bleue de la Maison d'Arrêt de Loos, il y a le sentiment éprouvé au contact des participants à l'exploration marionnettique et de leur travail. A chaque fois passant la porte bleue de la Maison d'Arrêt de Loos, il y a le regard de certains surveillants ; regard qui parfois, comme hier, devient mots désobligeants. A chaque fois il faut que je me contienne. A chaque fois c'est la même incompréhension, la même révulsion pour la bétise.

Hier matin, arrivant en détention, je signale ma présence aux surveillants et demande à l'un d'eux, dans le bureau du rez-de-chaussée s'il peut passer l'appel habituel de démarrage d'atelier ; appel qui donne le signal à tous les surveillants d'étage des sections A et D. Il le fait, je le remercie. Il me demande quand cet atelier est sensé se terminer ; je lui répond que la fin est prévue dans quinze jours ; à ce moment il lève les bras et chante un hymne de joie à la gloire de la fin des marionnettes... Je devrais rire ? je ne ris pas ! Son attitude me surprend tellement que je ne trouve rien à dire à sa danse ridicule et je le regarde, éberlué, sans aucune grâce chanter et danser pendant quelques instants puis reprendre son sérieux. Lorsqu'il a fini, je ne souris pas, je le remercie pour l'appel et son aide en général puis tourne les talons et monte les escaliers vers la salle d'activité.

A chaque fois que je me trouve face à une attitude comme celle là, les mêmes questions reviennent sans réponse trouver. Pour ce surveillant, en particulier, il avait jusque là l'habitude, de chatonner "ainsi font font font, les petites marionnettes" lorsqu'il me croisait pour me signifier l'absence d'intérêt pour cette activité. Aujourd'hui il a encore plus dit, encore mieux et seul le sourd n'entend pas ! Pourtant, du travail que nous faisons en atelier, il n'a rien vu. Pourtant des échanges que nous avons et des contenus que nous abordons, il ne sait rien... Pour lui, certainement, le travail autour de la marionnette en particulier et de l'art en général ne peut qu'être un caprice de précieux et, dans le monde dans lequel il vit, le précieux n'a rien à faire.

Bien sur la réaction de ce surveillant n'est pas majoritaire ; bien sur mes relations avec le personnel de surveillance, en général, sont meilleures que celle là ; bien sur, les relais et le personnel du SPIP, Emmanuelle, Michel, Caro, Pierre, Guillaume, Soizic sont là, entendent mon expérience et m'aident à surmonter ce genre d'incidents...

A chaque fois, il faudrait donc que j'écrive des mots sombres et des mots clairs. Des mots qui donnent à entendre ce qui derrière la porte fermée de la salle d'activités se passe. La construction marionnettique qui est en train de se faire. Les improvisations et les débats qu'elles engendrent ; la forme plutôt audiovisuelle, qui est en train de paraître . A chaque fois il faudrait que j'écrive ensemble "je crois" et "je ne crois pas".  A chaque fois il faudrait dans un même mot dire "le mieux" et "le pire".

Hier, je suis sorti de la Maison d'arrêt de Loos, comme souvent, plein de sentiments contradictoires et mes pensées faisaient se rencontrer la nécessité de cette activité et des interventions en général et leurs fragilités. Hier, je suis sorti de la Maison d'arrêt, plein de la serenité du travail qui avance et plein aussi d'une lassitude grandissante face au regard de certains surveillants... et même si tous ne sont pas ainsi, ceux qui le sont, contaminent et rendent plus difficiles mes interventions, alors, j'ai regardé le ciel.

par Fabrice Levy-Hadida publié dans : Maison d'Arrêt de Loos
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Mercredi 30 août 2006

J’ai longtemps hésité sur le choix des mots pour titrer ce billet. Trouble, inquiétude, fatigue, agacement, tristesse, angoisse, énervement, colère, excitation, incertitude,… C’est emplies d’émotions diverses et majoritairement négatives que les femmes sont arrivées hier pour la séance de travail.

Dès mon arrivée à la section femmes, j’ai senti l’atmosphère tendue. Il m’aura fallu patienter 40 minutes pour que les surveillantes aillent chercher les participantes. Après avoir récolté 3 « elles arrivent » en réponse à mon impatience grandissante, on me demande si j’ai la liste !!  Je la leur montre dans leur le bureau accrochée sur le panneau d’affichage, à la même place que la semaine dernière !! Les femmes sont enfin appelées. J’apprend que S. ne pourra plus suivre l’atelier pour cause de classement au travail (en buanderie). Cela m’ennuie, S. est l’une des meneuses du groupe. Cela m’étonne aussi ; en effet,  S. semblait très motivée par cette activité. 09H15, M. arrive la première, les autres suivent… 

Toutes s’étonnent de l’absence de S. La discussion avec les femmes m’apprendra que S. a accepté le travail sous réserve de pouvoir poursuivre l’atelier et que cela lui a été accordé !! Je retourne voir la surveillante, la réponse est : « elle a droit a 4 demi-journée par mois pour raison médical et parloir, pas pour les marionnettes. » . De retour en salle d’activité, les discussions vont bon train, la tension se ressent. Il y a eu 2 tentatives de suicides au cours du week-end, 2 jeunes filles d’une vingtaine d’année. Cela en perturbe plus d’une. Et puis, il y a C. et V. qui passe en jugement ; l’une mercredi, l’autre jeudi. Elles sont toutes deux angoissées. Et puis pour chacune il y a l’incompréhension face au climat qui règne actuellement en détention : la surveillance est de plus en plus sécuritaire, les fouilles au corps et de cellules sont de plus en plus régulières. Elles en ont assez, elles se sentent humiliées un peu plus chaque jour.

Il est 09H30, une surveillante pousse la porte, appelle M. sans plus de respect pour l’activité en cours que pour la détenue appelée. 09H40, M. est de retour, les larmes au bord des yeux, elle vient de subir une fouille au corps. La raison invoquée : elle a été vue hier, discutant avec une détenue soupçonnée de trafic. Je suis perplexe…   

Perdue dans ces mauvaises ondes, l’une d’elle pourtant vivait la joie de la liberté bientôt retrouvée. E. sort mercredi et la première chose qu’elle me dit c’est : « je suis désolée mais je ne vais pas pouvoir tenir mon engagement. Je ne finirais pas l’exploration marionnettique avec le groupe. Je suis libérée, je sors mercredi ! » Moi, je suis plutôt heureuse pour elle et l’invite, si elle le souhaite à prendre contact avec nous dehors… Et puisque c’est sa dernière séance, je lui propose d’entrer en jeu… Marionnette gainée, seule dans le castelet, E. nous fera part de son regard sur son temps passé en détention. C’est avec une étonnante douceur qu’elle évoquera la violence de l’expérience. Son témoignage sera aussi bercé de joies et de douleurs, la joie de quelques rencontres humaines et la douleur de la séparation familiale… En ajoutant à son discours diverses notes d’humour, E. nous offre un très beau moment d’humanité marionnettique !! Son monologue génère beaucoup de réactions de la part des autres femmes. Nous décidons donc de le reprendre en y intégrant un second personnage, qui, au côté du premier, se fera l’écho de paroles fortes… C’est C. qui manipulera au côté de E. Le résultat est satisfaisant, je leur propose de le reprendre en modifiant la technique de manipulation sur le modèle de ce qui a été fait dernièrement à Loos (en prêtant notre seconde main au personnage). Si E. se lâche et se laisse aller à l’exercice avec aisance, C. de son côté reste lointaine, l’esprit préoccupé…

10H00, la porte s’ouvre, une surveillante nous amène S. !! Nous interrompons l’exercice le temps de l’accueillir. S. a effectivement obtenu l’accord de prendre ses lundis matins pour l’atelier marionnettes. L’information n’a pas circulé entre les différents membres du personnel. Depuis 08H00, ce matin elle rappelle à sa surveillante d’étage qu’elle ne va pas à la buanderie mais qu’elle va en activité à partir de 08H30. A l’heure dite, cette dernière refuse de lui ouvrir et lui dit de patienter qu’elle va se renseigner ! 09H59, elle lui ouvre la porte en disant : « Il fallait le dire que c’était pour les marionnettes… » ! No comment ! Encore cette fois, je me rends compte du peu d’intérêt pour l’activité que nous proposons par certains des surveillants ; je trouve ça regrettable….

Cet événement suffit pour ré-ouvrir le débat sur ce sentiment qu’elles ont toutes d’être prises pour des idiotes. Elles se posent la question de l’abus de pouvoir, elles estiment anormal de ne pas avoir accès au règlement intérieur de l’établissement, elles sourient (jaunes) face au non respect du code du travail au sein de l’établissement… Après un long moment de discussion, on reprendra le travail sur le principe du duo marionnettique : le témoin et son écho. A la différence de E. qui portait un regard global sur la détention, toutes les autres témoigneront d’un événement particulier survenu récemment. L’exercice sera utilisé comme exutoire pour la majorité d’entre elles et la haine et la colère en seront les dénominateurs communs…

A plusieurs reprises aussi des larmes coulent en ce lundi 28 août 2006 à la section femmes de la maison d’arrêt de Sequedin… La séance se termine, nous nous retrouvons lundi, dans des conditions un peu moins dures ; je l’espère en tout cas…

par Dorothée publié dans : Maison d'Arrêt de Sequedin
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Mercredi 30 août 2006

L'atelier à La Maison d'Arrêt de Loos approche de sa fin prévue alors que le travail commence à devenir de plus en plus intéressant. Il faudra bientôt que j'écrive des bilans et que très vite je propose une suite....

Mardi, après un temps de point  nous nous sommes mis au travail.  Sur la petite scène de la salle d'activité, j'ai installé une table recouverte d'un tissus noir. Au revoir structure et fenêtre du castelet, bonjour personnage manipulés à vue par 2 manipulateurs (1 la tête et un bras et l'autre les second bras). Je ferais des photographies bientôt pour que vous puissiez voir ce que ces personnages, ces visages colportent d'humanité.

Le matin et l'après-midi, à table, les duos de manipulateurs de succèdent et recherchent la façon de faire exister ces personnages à l'humanité grandissante. Les improvisations abordent souvent la prison, l'injustice mais, avec une distance nouvelle, que je recherche depuis le démarrage....

A la fin de la journée, dans le cadre d'un débat de travail, nous tombons tous d'accord sur la forme définitive que nous donnerons à voir de notre travail ; nous privilégierons notre recherche pour créer une forme audiovisuelle; nous voudrions imaginer une sorte de journal télévisé en marionnettes. Ce choix nous permettra d'utiliser tout le travail que nous avons fait autour des textes de Gripari et de Duranty en les intégrant comme sujets de l'émission.  Pour ce qui concerne une forme vivante de spectacle,  nous verrons plus tard si nous donnons une représentation et, si c'est le cas, nous pourrons  extraire des morceaux choisis de notre recherche audiovisuelle.

Lorsque mardi je suis parti de la détention, j'étais plein de l'humanité et des rêves que ce travail m'apporte. Oubliant les difficultés que la Compagnie Les Mille et une Vies rencontre, je ressentais une émotion immense de voir ces hommes grandir avec ce projet et dans leur gratitude si souvent exprimée trouve une récompense que je ne pouvais imaginer aussi grande. 

par Cie Les Mille et Une Vies, Fabrice publié dans : Maison d'Arrêt de Loos
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Lundi 28 août 2006

Daniel Mermet, diffuse le 8 février 2005 un reportage de François Ruffin

Le maton sympa....

J'ai découvert cette émission en faisant des recherches ce jour....

Profitez en aussi ;

l'intelligence et la sensibilité peuvent être consommées sans modération.

Un entretien avec Luc Rody, un surveillant de la Prison d'Amiens.... Le maton sympa

par Cie Les Mille et Une Vies publié dans : Point de vue
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Lundi 28 août 2006

La salle des Fêtes de Loffre était pleine, l'accueil étatait chalereux. Encore une fois conforté dans nos choix ; de création, de diffusion de proximité, du castelet comme meilleure voie d'autonomie.

Des regards pleins d'enfance, chevelures grisées, voix d'enfants, la salle des fêtes de Loffre vibre de bonheur. Le spectacle réunit les générations, les classes sociales. Face aux marionnettes, à nos marionnettes il n'y a pas de riche, il n'y a pas d'enfants, d'adultes. Ensemble le groupe humain fait face, réagit, crie, se rebelle.

Le marionnettiste manipule, retourne, embobine et, son visage se transforme lorsqu'il enfile ses personnages. Mousse et plâtre, fil et couleur, sans os ni chair, sans peau ni vie, la figure, dans le théâtre fait sens.

par Cie Les Mille et Une Vies, Fabrice publié dans : La Marionnette près d'chez Vous
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