Mario en Prison

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  • : La "Cie Les Mille et une Vies" (Lille, 59) est intervenue dans des Maisons d'Arrêt (en 2006); avec le temps le journal de bord des ces actions est devenu le journal de notre Théâtre de Marionnettes Itinérant dans lequel nous pouvions vous raconter nos spectacles et ateliers, les joies et les déboires d'une Cie Contemporaine et des ses artistes permanents. Cie Les 1001 Vies Théâtre de Marionnette Itinérant. nous contacter : lesmilleetunevies@wanadoo.fr
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Mardi 31 juillet 2007
illusseul-s-1.jpgIl y a des moments, des moments comme ça... Je sens que ça monte, un drôle de sentiment, une aversion, des pensées multiples et contradictoires, une ralerie intime alors, faut que ça sorte... Je sais, je devrais pas. Je devrais tenir ma langue, l'attacher, la couper, coller mes lèvres, me taire ne pas l'ouvrir et, pourtant ça sort, ou, plutôt,  faut que ça sorte...
Finies  pour l'instant "les  aventures de Germain Lenain", c'est dans "la  chambre (de zette)" que nous nous retrouvons. Oui, nous avons commencé, première représentation donnée  à Wingles (62) la semaine dernière, nous serons à Calonnes-Ricourt (62) mercredi 1er août.
A deux on fait tout, on donne nos spectacles, on monte nos dossiers, on assume la technique et des fois ça bout, ça dérape, ça a besoin de gueuler. Dedans, ça tient un moment. Et puis voilà que ça sort que ça doit sortir sinon ça explose. Lisant ici et là l'actualité culturelle je me demande qui nous sommes, nous de la Cie Les Mille et une Vies, nous et  notre Théâtre de Marionnettes Itinérant perdus dans ces villes près du public, loin des festivals. La France est ainsi faite, l'homme aussi, l'humanité se rapproche avant de se taper dessus, j'ai toujours detesté les regroupements, même les familiaux alors imaginez, ceux d'une corporation, ceux d'une élite....
Depuis le démarrage de la Cie Les Mille et une Vies, après chaque représentation nous savons que nous avons touché un peu plus de public. Ce public de l'au plus près, ces visages éclairés, ces regards... un public, mais un public qui ne compte pas.  Lorsque j'écris, lorsque je construis, je ne lui donne pas de visage à ce public, je ne me dis pas que M. Machin qui dirige telle grande structure est mon public privilégié...
Avec le temps, retranchés dans les villes du plus près nous nous éloignons d'une réalité culturelle qui devient transparente ; je ne sais ce qu'auraient fait ceux qui m'ont précédés mais je pense que ce n'est pas dans ces grandes messes festivalières que leur art était le plus juste, ou alors il fallait qu'ils en soient les (ré)inventeurs constants, qu'ils soient constructeurs de sens... mais là...
Je le disais en commençant, faut que ça sorte, faut que j'expulse les mots avant qu'ils me pètent à la gueule. Mais lesquels, il y en a tellement en ce moment... 
Sans tri ça deviendrait illisible, sale brouillon qu'on ne donne pas à lire tant il est plein du meilleur et du pire aussi, mais là, pas le temps alors tant pis faut que ça sorte sans tri. J'aime pas ce monde dans lequel, chacun pour soi, on avance,  à chaque pas vérifiant par qui on est talonné, plutôt que de petits cailloux blancs, jetant des pièges sur le chemin parcouru pour ralentir les suivants... J'aime pas cette peur qui nous habite et de laquelle on ne se défausse pas, j'aime pas ce qui advient. Pour lutter contre cela, contre ce monde égoïste, j'ai choisi de  rester au plus près, de changer au plus près mais chaque fois le monde veut me rappeler la petitesse de mes actions. Je sais que c'est sa façon, de me faire changer d'objectifs , que c'est sa façon de me détourner d'une réalité qu'on transforme, me montrant le gateau éloigné et me poussant à le convoiter, il essaie de me faire oublier que j'ai des graines dans ma main et un champ sous mes pieds... Oui, nous avons tous des graines dans nos mains et des champs sous nos pieds et nous continuons, force de l'image, force de l'époque, force des pouvoirs communicants, de fréquenter les supermarchés... Et ceux de la culture, comme les autres s'appauvrissent-appauvrissent là où ils devraient enrichir, questionner, remettre en question, chambouler l'ordre  établi, ne pas se reposer, recommencer, toujours recommencer....
Vaines controverses, visibilité réduites, si nous voulons tous être vus par les mêmes, il faudra que nous nous résignions à ne pas être vus. Je n'aime pas le monde qu'on nous prépare, que nous préparons. Je n'aime pas cette idée que la reconnaissance moderne ne peut être donnée que par quelques experts nationaux. La reconnaissance moderne, nous devons la changer, et pour cela, si chacun de nous, dans sa ville son village, sa région, construit un nouveau centre, celui qu'on nous impose disparaîtra et nous pourrons... Mais non !!!  Ce n'est pas là que mes mots doivent mener, c'est trop lumineux, il faut que ce soit noir et sale, sans espoir, c'est là que ça doit aller, au mur avec le monde, pas dans l'espoir, le déséspoir je vous dis...
Je suis perdu, isolé, fatigué. Mes mains, la gauche plus particulièrement est pleine de courbatures, j'ai peur. Perdre une main gauche pour un marionnettiste serait la fin du monde. Texte fourre-tout, mots perdus, esprit errant. Faut que ça sorte...Je le disais, je recommencerais parce que là,; c'est pas fini, c'est à peine commencé, faut que ça sorte et ça sortira !
PS : illustration, une recherche de Frédéric Levy-Hadida  (mon frère) pour Seul(s) notre création 2004-2005
par Fabrice Levy-Hadida publié dans : Point de vue
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Mardi 31 juillet 2007
trainZette.jpgLe 27 juillet , on reprenait la route, direction Wingles, pour la première estivale de La Chambre (de Zette). Je dois vous avouer que j'étais un peu angoissée !  Cette première nous a permis de tester différentes choses  pour la suite de la tournée... Nous avons donc vérifié que la forme de jardin rentre dans le petit castelet et c'est le cas ! Chouette ! Nous avons pu ainsi évaluer un temps de montage à 5 heures environ sur lequel il n'est pas impossible de gagner encore une heure... Le spectacle a duré 45mn et les spectateurs en voulaient plus, c'est plutôt bon signe... On s'est amusé à faire des petites adaptations au spectacle... Les indications que Fabrice m'avaient donné étaient : développe la participation du public (façon Germain) et improvise autour du texte... Je suis donc partie sur ce chemin et on a trouvé de nouvelles choses... Fabrice a une façon de travailler vraiment très différente de ce que j'ai connu en théâtre. Quelques soient les projets et équipes avec lesquelles j'ai travaillées il y avait toujours deux temps : le temps de la répétition où on essaie de réaliser ce que le metteur en scène nous demande et le temps de la représentation  où on réalise le mieux possible devant les autres. Avec Fabrice, il n'y a qu'un temps, c'est celui de la recherche... En laboratoire de création ou face au public, on cherche, on adapte, on modifie, on dynamise... Bref, hier donc, nous avons retrouvé dans le public des enfants "habitués de la Cie" qui ont suivi différents stages et ateliers menés cette année à Wingles; d'autres qui ne nous connaissaient pas encore mais avaient entendu parler de nous par leur camarades ou voisins ! ! Tous ont semble-t-il passé un agréable moment.
"Le spectacle ? C'était trop court mais trop cool !"
pour reprendre les mots de Quentin, 7ans.
Une jeune spectatrice de 12 ans a vécu, grâce à Zette, "un rêve d'évasion" ...
Pour son petit frère de 4 ans, Zette ne rêve pas, "elle se perd pour de vrai et heureusement que la sorcière (?!) l'aide à retrouver son chemin sinon elle serait perdue pour toujours" !
Un autre petit garçon me demande: "si je cherche bien dans le jardin de ma mamie, est-ce que je trouverais des criquets-fourmies comme celui-là, qui parle en takaté ?" !!..

par Dorothée Saint-Maxent publié dans : La Marionnette près d'chez Vous
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Lundi 23 juillet 2007
compoAtelier0007.jpgMots étranges et temps brouillons, nous n'avons pu monter à l'extérieur le théâtre de marionnettes itinérant cet été. Le temps se dérègle, ici l'été là l'hiver. Montages et perspectives, mes yeux se posent sur le clavier l'esprit est blanc. Promenades intérieures et peurs. Que serons nous demain ? Promenades intérieures et joies. Que de rires et remerciements déjà. Trois jours, encore trois jours et nous basculons...
Le vent nous emporte. Le soleil s'est absenté...
Il me faudra revenir à l'écriture quotidienne. La fatigue m'en avait empêché mais continuer serait laisser s'engourdir l'esprit... Il me faudra revenir. Prendre le temps de l'éloignement dedans aussi. Il me faudra arrêter de tenir cette chronique.
Je le disais au début, mots étranges et temps brouillons l'été n'a pas commencé. Depuis le début de l'année et avant encore nous courrons, sans reprendre notre souffle ce qui peut-être explique, mots étranges et temps brouillons...
Je ferme les yeux, derrière les paupières closes  un enfant et son regard illuminé ;  j'ouvre les yeux, la  route file devant... Ici un jour, là un autre, la mémoire enregistre mal les lieux, les sites et situations....je  finis, il est temps de partir, mots étranges, temps brouillons, je me répète...
par Fabrice levy-hadida publié dans : Autre inclassable
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Samedi 21 juillet 2007
FannyValenc.jpgLa semaine thématique que nous avons organisé avec La Porte du Hainaut et avec le soutien de l'Etat et du Conseil Régional, dans le cadre de Nos Quartiers d'été, s'est  cloturée hier. 
Environ 70 enfants venant de 6 Villes de l'agglomération se sont retrouvés sur le site Minier de Wallers Arremberg. En tout, une centaine de personnes, serrées sur nos bancs étaient là. Dans une grande salle (poussiéreuse) nous avons monté le castelet.  Le site minier est un lieu magique et impressionnant, mémoire noire et tragique de la Mine. Des fantômes de vies laborieuses pleines de joies et de douleurs traînent partout.
Dans le castelet, Les groupes d''enfants se sont succédés pour  montrer aux autres leurs trames.  Ils étaient tendus, avaient peur, éprouvaient le  "trac" de "l'avant-représentation", ressentaient le vide de "l'après-représentation"...
Pour nous qui les entourions, nous tentions de courrir de part et d'autres pour tenir le  rythme  ;  montage au pas de course,  tirage au sort de l'ordre de passage, successions de groupes, vaines tentatives d'amplification...
Depuis hier, après deux jours difficiles qui me donnaient l'impression que je ne finirais pas la tournée, je sens le deuxième souffle arriver, ce sentriment que la fatigue est dépassée, que les muscles et le cerveau pourront encore continuer d'être sollicités pour avancer, avancer, avancer...
Cette semaine, mercredi, nous finirons la tournée de "Les aventures de Germain Lenain". Vendredi nous embrayons à Wingles sur la première représentation de "La chambre (de Zette)".
Quand je regarde en arrière, la résidence de création et les avants premières à Marles-les-Mines, me semblent lointaines pourtant, elle sont à moins de trente jours... de notre présent.
2007, année pendant laquelle le temps s'est accéléré...
Depuis le début de 2007, après chaque étape, n'ayant pas le temps de me consacrer à un bilan intermédiaire, je passe à une nouvelle sans prendre de distance ; oui, depuis le début de l'année, les actions s'enchaînent sans que je donne corps à la distance.
Hier à Wallers, en fin de séance de restitution, j'ai du présenter notre action à des journalistes ; c'était une étape d'un voyage de presse organisé par Nos Quartiers d'été.  Ma mémoire et ma réactivité me font défaut ; je savais qu'ils passeraient, et pourtant je n'avais aucun dossier de presse à leur donner. Et même si je leur ai demandé de se présenter, ma mémoire n'en a rien conservé...
Dernière nouvelle d'une semaine étrange, après une semaine pleine de soleil et de chaleur, hier alors que nous devions remonter le castelet, le temps s'est gâté....
Le Théâtre de marionnettes itinérant attirerait-t-il la pluie ?
par Fabrice Levy-Hadida publié dans : Cie Les Mille et une Vies
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Dimanche 15 juillet 2007
gaspard.jpgTellement simple, tellement fragile... Le théâtre de marionnettes itinérant que nous pratiquons est contemporain et ancien à la fois. J'ai le sentiment qu'il est un fil tendu entre ceux qui regardent et ceux qui font, fil d'émotion, fil du funambule, fragile. 
Combien de temps ? 
A chaque représentation je me demande aussi, malgré l'intensité, dans l'intensité du moment, combien de temps avant que ces moments simples soient mis au rebus, par  manque de volonté, d'argent, combien de temps ?
Le plaisir reste entier ; dans la salle, dans les jardins (pas pour l'instant), dans les salles du plus près, du castelet aux plaisirs ressentis, les moments ne font pas oublier la fragilité de notre construction.  La question revient, attaque de front, la fatigue du corps, fait ressurgir la difficulté de trouver des acteurs qui avec nous, continuent, veulent continuer, dans des conditions qui si elles nous semblent si justes restent si austères. Dans la salle, rires et émotions, remerciements après le spectacle, moments tellement simples, tellement évidents mais aussi, qui pourraient paraître si peu brillants... Si peu brillantes ces représentations, que ceux qui décident, ne se rendent peut-être pas compte de leur réalité. Si peu brillantes mais pour nous, pour ceux qu'elles touchent , tellement nécessaires ; là où nous sommes nous ne sommes pas à des kilomètres de la réalité, mais au contraire mains et corps entièrement plongés dedans.

Double sentiment, double questionnement donc.


Toujours en face du plaisir la question, pour combien de temps encore pouvons nous espérer faire vivre ces moments  exceptionnels. Eloignés des autoroutes culturelles nous vérifions jour après jour  la pertinence de cette présence du plus près mais  aussi, je sais combien nous risquons de nous faire balayer par une haute vague  destructrice.

danse.jpgUn autre risque guette,celui de la fatigue, de notre fatigue et de la difficulté que nous avons de trouver, dans les conditions dans lesquelles nous exercons notre métier des bras, des hommes de culture impliqués qui, se détournant des dorures du temple exerce simplement leurs métiers. Beaucoup de ceux que nous croisons ne veulent pas abandonner la recherche de reconnaissance ; celle de ceux du cénacle. Beaucoup de ceux que nous croisons ne veulent pas vivre une vie à 140, qui pas après pas les éloignent des places reconnues de la culture. Ah, la culture, la culture dans des lieux de culture. Volontairement, notre art s'exerce là où sont les hommes. Parce que nous l'avons voulu, parce que depuis longtemps nous considérons que ce ne sont pas les murs des musées qui font la qualité des toiles, parce que créant des oeuvre "tous publics", nous ne voulions pas les déstiner exclusivement à ceux qui fréquentent les établissements culturels et, jour après jour, représentation après représentation, nous vérifions nos choix mais aussi nous savons que nos choix, sont fragiles ; ils ne tiennent que grâce au croisement de notre volonté et de celles d'hommes politiques ou techniciens ;  il suffirait de peu pour que ce rêve s'interrompe. Nous n'avons construit aucun mur ou toit qui nous protégent...et la fatigue, le corps travaillé s'insinue parfois dans la joie et rappelle que notre réalité est aussi fragile que nous même...

Dans une société experte en consommation, en divertissement, en rentabilité immédiate, oui, du jour au lendemain, ce que nous construisons pourrait  être remis en question ; qui se soucie des 65 spectateurs d'un village qui en comporte 650....qui se soucie d'une entreprise comme la nôtre ?
par Fabrice Levy-Hadida publié dans : Point de vue
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