Mardi 31 juillet 2007
Il y a
des moments, des moments comme ça... Je sens que ça monte, un drôle de sentiment, une aversion, des pensées multiples et contradictoires, une ralerie intime alors, faut que ça sorte... Je sais, je
devrais pas. Je devrais tenir ma langue, l'attacher, la couper, coller mes lèvres, me taire ne pas l'ouvrir et, pourtant ça sort, ou, plutôt, faut que ça sorte...Finies pour l'instant "les aventures de Germain Lenain", c'est dans "la chambre (de zette)" que nous nous retrouvons. Oui, nous avons commencé, première représentation donnée à Wingles (62) la semaine dernière, nous serons à Calonnes-Ricourt (62) mercredi 1er août.
A deux on fait tout, on donne nos spectacles, on monte nos dossiers, on assume la technique et des fois ça bout, ça dérape, ça a besoin de gueuler. Dedans, ça tient un moment. Et puis voilà que ça sort que ça doit sortir sinon ça explose. Lisant ici et là l'actualité culturelle je me demande qui nous sommes, nous de la Cie Les Mille et une Vies, nous et notre Théâtre de Marionnettes Itinérant perdus dans ces villes près du public, loin des festivals. La France est ainsi faite, l'homme aussi, l'humanité se rapproche avant de se taper dessus, j'ai toujours detesté les regroupements, même les familiaux alors imaginez, ceux d'une corporation, ceux d'une élite....
Depuis le démarrage de la Cie Les Mille et une Vies, après chaque représentation nous savons que nous avons touché un peu plus de public. Ce public de l'au plus près, ces visages éclairés, ces regards... un public, mais un public qui ne compte pas. Lorsque j'écris, lorsque je construis, je ne lui donne pas de visage à ce public, je ne me dis pas que M. Machin qui dirige telle grande structure est mon public privilégié...
Avec le temps, retranchés dans les villes du plus près nous nous éloignons d'une réalité culturelle qui devient transparente ; je ne sais ce qu'auraient fait ceux qui m'ont précédés mais je pense que ce n'est pas dans ces grandes messes festivalières que leur art était le plus juste, ou alors il fallait qu'ils en soient les (ré)inventeurs constants, qu'ils soient constructeurs de sens... mais là...
Je le disais en commençant, faut que ça sorte, faut que j'expulse les mots avant qu'ils me pètent à la gueule. Mais lesquels, il y en a tellement en ce moment...
Sans tri ça deviendrait illisible, sale brouillon qu'on ne donne pas à lire tant il est plein du meilleur et du pire aussi, mais là, pas le temps alors tant pis faut que ça sorte sans tri. J'aime pas ce monde dans lequel, chacun pour soi, on avance, à chaque pas vérifiant par qui on est talonné, plutôt que de petits cailloux blancs, jetant des pièges sur le chemin parcouru pour ralentir les suivants... J'aime pas cette peur qui nous habite et de laquelle on ne se défausse pas, j'aime pas ce qui advient. Pour lutter contre cela, contre ce monde égoïste, j'ai choisi de rester au plus près, de changer au plus près mais chaque fois le monde veut me rappeler la petitesse de mes actions. Je sais que c'est sa façon, de me faire changer d'objectifs , que c'est sa façon de me détourner d'une réalité qu'on transforme, me montrant le gateau éloigné et me poussant à le convoiter, il essaie de me faire oublier que j'ai des graines dans ma main et un champ sous mes pieds... Oui, nous avons tous des graines dans nos mains et des champs sous nos pieds et nous continuons, force de l'image, force de l'époque, force des pouvoirs communicants, de fréquenter les supermarchés... Et ceux de la culture, comme les autres s'appauvrissent-appauvrissent là où ils devraient enrichir, questionner, remettre en question, chambouler l'ordre établi, ne pas se reposer, recommencer, toujours recommencer....
Vaines controverses, visibilité réduites, si nous voulons tous être vus par les mêmes, il faudra que nous nous résignions à ne pas être vus. Je n'aime pas le monde qu'on nous prépare, que nous préparons. Je n'aime pas cette idée que la reconnaissance moderne ne peut être donnée que par quelques experts nationaux. La reconnaissance moderne, nous devons la changer, et pour cela, si chacun de nous, dans sa ville son village, sa région, construit un nouveau centre, celui qu'on nous impose disparaîtra et nous pourrons... Mais non !!! Ce n'est pas là que mes mots doivent mener, c'est trop lumineux, il faut que ce soit noir et sale, sans espoir, c'est là que ça doit aller, au mur avec le monde, pas dans l'espoir, le déséspoir je vous dis...
Je suis perdu, isolé, fatigué. Mes mains, la gauche plus particulièrement est pleine de courbatures, j'ai peur. Perdre une main gauche pour un marionnettiste serait la fin du monde. Texte fourre-tout, mots perdus, esprit errant. Faut que ça sorte...Je le disais, je recommencerais parce que là,; c'est pas fini, c'est à peine commencé, faut que ça sorte et ça sortira !
PS : illustration, une recherche de Frédéric Levy-Hadida (mon frère) pour Seul(s) notre création 2004-2005
par Fabrice Levy-Hadida
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Point de vue
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Le 27 juillet , on reprenait la route, direction Wingles, pour la première estivale de La Chambre (de Zette). Je dois vous avouer que j'étais un peu
angoissée ! Cette première nous a permis de tester différentes choses pour la suite de la tournée... Nous avons donc vérifié que la forme de jardin rentre dans le petit castelet et
c'est le cas ! Chouette ! Nous avons pu ainsi évaluer un temps de montage à 5 heures environ sur lequel il n'est pas impossible de gagner encore une heure... Le spectacle a duré 45mn et les
spectateurs en voulaient plus, c'est plutôt bon signe... On s'est amusé à faire des petites adaptations au spectacle... Les indications que Fabrice m'avaient donné étaient : développe la
participation du public (façon Germain) et improvise autour du texte... Je suis donc partie sur ce chemin et on a trouvé de nouvelles choses... Fabrice a une façon de travailler vraiment très
différente de ce que j'ai connu en théâtre. Quelques soient les projets et équipes avec lesquelles j'ai travaillées il y avait toujours deux temps : le temps de la répétition où on essaie de
réaliser ce que le metteur en scène nous demande et le temps de la représentation où on réalise le mieux possible devant les autres. Avec Fabrice, il n'y a qu'un temps, c'est celui de la
recherche... En laboratoire de création ou face au public, on cherche, on adapte, on modifie, on dynamise... Bref, hier donc, nous avons retrouvé dans le public des enfants
"habitués de la Cie" qui ont suivi différents stages et ateliers menés cette année à Wingles; d'autres qui ne nous connaissaient pas encore mais avaient entendu parler de nous par leur
camarades ou voisins ! ! Tous ont semble-t-il passé un agréable moment.
Mots étranges et temps brouillons, nous n'avons pu monter à l'extérieur le théâtre de marionnettes itinérant cet été. Le temps se dérègle, ici l'été là l'hiver. Montages et perspectives, mes
yeux se posent sur le clavier l'esprit est blanc. Promenades intérieures et peurs. Que serons nous demain ? Promenades intérieures et joies. Que de rires et remerciements déjà. Trois jours, encore
trois jours et nous basculons...
La semaine
thématique que nous avons organisé avec La Porte du Hainaut et avec le soutien de l'Etat et du Conseil
Régional, dans le cadre de Nos Quartiers d'été, s'est cloturée hier.
Tellement simple, tellement
fragile... Le théâtre de marionnettes itinérant que nous pratiquons est contemporain et ancien à la fois. J'ai le sentiment qu'il est un fil tendu entre ceux qui regardent et ceux qui
font, fil d'émotion, fil du funambule, fragile.
Un autre risque guette,celui de la
fatigue, de notre fatigue et de la difficulté que nous avons de trouver, dans les conditions dans lesquelles nous exercons notre métier des bras, des hommes de culture impliqués qui, se détournant
des dorures du temple exerce simplement leurs métiers. Beaucoup de ceux que nous croisons ne veulent pas abandonner la recherche de reconnaissance ; celle de ceux du cénacle. Beaucoup de ceux
que nous croisons ne veulent pas vivre une vie à 140, qui pas après pas les éloignent des places reconnues de la culture. Ah, la culture, la culture dans des lieux de culture. Volontairement, notre
art s'exerce là où sont les hommes. Parce que nous l'avons voulu, parce que depuis longtemps nous considérons que ce ne sont pas les murs des musées qui font la qualité des toiles, parce que créant
des oeuvre "tous publics", nous ne voulions pas les déstiner exclusivement à ceux qui fréquentent les établissements culturels et, jour après jour, représentation après représentation, nous
vérifions nos choix mais aussi nous savons que nos choix, sont fragiles ; ils ne tiennent que grâce au croisement de notre volonté et de celles d'hommes politiques ou techniciens ; il
suffirait de peu pour que ce rêve s'interrompe. Nous n'avons construit aucun mur ou toit qui nous protégent...et la fatigue, le corps travaillé s'insinue parfois dans la joie et rappelle que notre
réalité est aussi fragile que nous même...
