Mario en Prison

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  • : La "Cie Les Mille et une Vies" a été créé à Lille (59) en 1998. En 2006, autour des interventions qu'elle menait dans 2 Maisons d'Arrêt, la Cie a ouvert ce journal de bord. Avec le temps ce blog s'est ouvert à l'ensemble des activités de la Cie et est devenu le journal (presque intime) du Théâtre de Marionnettes Itinérant. Dans ce lieu nous pouvons vous raconter nos spectacles et ateliers, les joies et les déboires d'une Cie Contemporaine et des ses artistes permanents.
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Demain est arrivé ; la Compagnie Les Mille et une Vies aura dix ans en novembre prochain. Avec l'âge arrivent les questions, les remises en question, les envies de transformation ou de remise à plat...  Ce qui nous semble évident, les mots qui nous habitent et nous disent "Il faut continuer", ces mots donc sont suivis d'autres mots "pouvons nous continuer ? " et tout de suite, de questions complémentaires comme "que devons nous changer?". En somme, nous nous demandons comment être, comment grandir dans cette époque qui ne cesse de dire que la culture et l'art ne sont rien ?
Un temps.
Dans le noir, un semblant de réponse paraît, "nous devons évoluer ou lentement disparaître".
Un temps, je cesse de penser à l'ensemble et me concentre sur le particulier. Je reviendrais à l'ensemble plus tard, mais pour l'heure tentant de me concentrer je regarde ce que cet espace, ce blog, Marionnettes en Prison représente.
Un autre temps donc pendant lequel, repensant à cet espace, lieu de parole dans lequel mot après mot nous adressons notre quotidien, nos expériences, nos rires et peines...
Un temps encore.
J'imagine, le blog comme un devoir, j'aurais 8-9 ans et on me dirait, mets en application ceci, mets en application cela, exerce toi....
Un temps, toujours et encore, un temps.
Puis, non, je me dis que je ne continue pas par devoir mais par choix et nécessité. Espace de parole, ce journal en ligne permet de mettre à jour mes pensées, les vérifier, certaines fois les regardant embrouillées, je les fait évoluer. Mais pourquoi mettre en ligne, donner à lire et entendre ? Quel étrange jeu, que celui là, le "je" de la compagnie, un temps mis à nu ?
Je reviens à l'ensemble et repense, la Compagnie Les 1001 Vies aura dix ans... Ce lieu en aura deux bientôt. Deux ans, ne sont rien mais brouillons, nous nous interrogeons sur le devenir de cet espace. Devons-nous continuer de l'alimenter ? Un journal ?
Il me faut revoir comment l'espace s'est construit. Comment s'est-t-il animé ? Ce blog a été ouvert en 2006 pour servir de lieu d'échange avec les familles de ceux qui, en Maisons d'arrêt suivaient nos ateliers. Mais  lieu d'échange, en fait, le blog ne le devint jamais ; les lecteurs silencieux, y venaient puis repartaient... Une fois que les actions en Maison d'Arrêt se sont arrêtées, nous avions pris l'habitude d'écrire ici, et nous avons continué... Aujourd'hui, deux ans plus tard, qu'est-ce donc que ce lieu ? Qu'est donc devenu cet espace ? Avec le temps,  cette maison virtuelle a grandi et a abrité les belles et les sales choses ; sans réflexion, tête baissée, continuant d'avancer, habitués que nous étions de nous plier à l'exercice que nous imposait le lieu,  nous l'avons laissé aller. Et Marionnettes en Prison est devenue maison iconoclaste dans laquelle se croisent enfants des ateliers venant récupérer nos mots et leurs photos et promeneurs du hasard et des mots-clés. Nous mettons en ligne nos photos, nos doutes, nos projets...Cela permet à ceux que nous connaissons, les enfants suivant les ateliers, à Wingles ou Maulde, à Avesne-le-Sec, à Douai, leurs familles, se promenant dans cet espace de découvrir notre univers, de mieux nous connaître, ça fait partie du jeu qu'on a décidé de jouer.
Un temps encore.
Puis reprenant, utilisant peu les cadres traditionnels, nous en avons inventé d'autres mais nous nous retrouvons face à des limites...aux limites de notre réactivité...
Mais ces mots, ce journal nous prennent du temps, il nous permettent de mieux nous connaître et, imaginant le lecteur, toi, nous imposent de travailler la langue en direct. Sans trop de corrections, avec des fautes, de grammaire, d'orthographe et peut-être parfois même de goût. Mais cela est connu, les goûts et les couleurs ne se discutent pas. Je ne te demande pas les tiens, tu ne me demandes pas les miens. Je te donne à lire et j'avance ainsi ; mot après mot la phrase paraît.
Un temps.
Ce lieu, Marionnettes en Prison, aujourd'hui nous nous demandons si il ne devient pas trop fouillis et, si nous ne devrions pas le faire évoluer... Plus que les catégories, qui nous permettent de classer nos articles nous nous posons la question d'imaginer un site ou nos points de vue ne s'entrechoquent pas autant qu'ici... Dans ces choix, rien, aucune carte ou repère pour nous guider.. Alors, on en reparlera, mais ça devrait se transformer ; à notre rythme, pas trop vite, mais ça devrait changer ou fermer...
Que reste-t-il ? Je tourne sur moi-même, tourne, tourne et perdant l'équilibre, me retrouve au sol. Le temps, un temps passe jusqu'à ce qu'ouvrant les yeux, je me décide à remonter et recommencer. Oui, me dis-je, remonter et recommencer. Mais avant, dans cette perte momentanée de repère, je savais qu'il est bon de ne pas être ! Et puis je reviens. Mes voyages intérieurs, mes découvertes, mes lectures reviennent.
Esprit qui revient sur ces chiffres vus, revus sur prison.org ; l'Observatoire de Droits Fondamentaux fait savoir que 14 personnes sont mortes en prison ; 14 suicides et morts suspectes connues depuis le début de l'année 2008. La peine de mort abolie, revient le temps de la souffrance. Pendant que résonne le mot "disparus", je tourne et tourne encore sur moi-même jusqu'à ce qu'enfin, esprit ballant, mon corps s'affale. Quatorze hommes. Quatorze êtres humain. Quatorze secondes. Je ne garderais pas longtemps l'oubli  alors, je le réchauffe entre mes mains, pour qu'il dure encore un instant, juste un instant. La mémoire, quand on veut la perdre, elle s'accroche.
Mes yeux ouverts, les mots tombent. Confusion de jour en jour grandissant, la peur devient habituelle. Non, je ne rêve pas, les outils de répulsion et de rejet de l'autre se précisent ; du pistolet à électricité aux boites à ultra son permettant d'éloigner les jeunes,
l'arsenal de la peur se confirme . Les interdits grandissent, jour après loi, on te donne le choix, " te taire" ou "on te fait taire". Voix silencieuses, les morts ne se lèvent pas.
Comment faire ? Je perds mon métier. Epoque étrange, pendant qu'elle avance je sens, qu'elle m'éloigne de mon métier.. Le sens de mon métier, grandissant dans la croyance et la solidarité, la confiance en l'humanité, le sens de mon métier donc, je perds lentement. Mes phrases, mes échanges avec le monde, se désorganisent. Se concentrer, ils ne doivent pas gagner, ne pas être empêché, continuer.... Demain, continuer...

La Cie Les Mille et une Vies, ses salariés, ses objets, ses marionnettes, son Théâtre de Marionnettes Itinérant,  tous, sont en vacances.... Semaine posée, nous avons décidé, depuis lundi 7 et jusque lundi prochain de prendre quelques jours de vacances avant de continuer, de nous y remettre ; et je constate que je n'ai pu m'empêcher d'aller au bureau, de travailler, de m'avancer dans quelques tâches, de faire montages et autre calculs. Dorothée a fait de même, avançant dans un fichier d'envois et dans diverses réparations et préparations d'ateliers. Lundi et mardi j'y étais ; avant-hier mercredi, c'est Dorothée qu'y s'y collait ; nous n'arrivons pas à nous décoller de notre réalité. Cet espace, le blog, Marionnette(s) en Prison, je devrais l'oublier, l'abandonner, ne pas en être pendant des vacances mais, voila, ça n'est pas moi, cet espace j'y viens quand je veux, et, quand je peux, je l'alimente....
Pendant ces jours de "simili vacances" la réalité est soudain plus frappante, les yeux regardent autour de moi et semblent découvrir la transformation tranquille mais inéluctable de notre société.  Quand je vais au bureau, et que je regarde  y allant, au delà de notre territoire, de nos locaux, ce qui me parvient de ce quartier de Lille, me fait découvrir une réalité triste, un quartier abîmé.  Et au delà, dans la ville, la région, le pays, le même sentiment m'assaille... Humainement, il y a tout a construire mais, le monde avance détruisant systématiquement les constructions humaines. Les rebellions sont vite écrasées... Serait-on en guerre et nous la cacherait-on qu'on ne s'y prendrait pas autrement...Les bruits de bottes reviennent ? Bruits accompagnés par le doux son des tiroirs caisse... La Guerre, facteur de croissance...  Vite se taire, vite retourner aux abris. La peur s'installe, elle est lisible sur les visages. J'étais étonné lundi soir, rentrant du bureau, lorsque sortant du métro, je vis la ville désertée ; devant moi une jeune fille semblait se diriger vers son intérieur, presque courant, écouteurs bien enfoncés dans les oreilles ; tentant d'éloigner sa peur, monde de peur, elle courrait presque pour échapper à ce monde... Les rues étaient vides !
Il ne faut pas se laisser faire, il nous faut reconstruire la confiance, il nous faut rétablir les lignes mais, les caméras se multiplient ; mais, "le journal de référence confond "jeune à capuche" et "racaille" ; mais, les hommes en bleu semblent moins hésiter à requérir à la force, à la matraque ; mais, des hommes meurent en tentant d'échapper aux forces de l'ordre ; mais, le taux d'occupation de certaines prisons a dépassé les 178% ; mais, Jéremy, 19 ans est retrouvé mort dans sa cellule ; mais les tribunaux ne s'occupent pas de certaines "affaires"... N'oublie pas, si tu ouvres la bouche, je cogne alors, n'ouvre pas la bouche si tu ne veux pas que je te cogne.
Je me dis qu'il n'y a pas a désespérer, que la jeunesses avancera et que nous, quarante ans dans nos poches, nous suivrons. ... J'ai fermé les yeux et j'ai pensé à autres choses, je me suis mis en vacances...
Avant de nous mettre en simili vacances j'ai animé un stage au Collège Châtelet pour les 6 collégiens participant à l'Exploration Marionnettique. J'avais décidé de faire monter la pression pour les faire avancer plus vite. Le temps était compté, j'avais trois jours, trois séances de 4 heures, pour amener les collégiens à créer un objet marionnettique filmique ou spectaculaire. C'est ainsi qu'ils ont écrit TEMOIGNAGE(s), racontant leur histoire, utilisant ce qu'ils avaient compris de l'art de la marionnette pour que ce film soit le leur... animé... Malgré la pression, avec les collégiens, Andréa, Antoine, Nazhia, Nabil, Margaux et Simon, pendant ces trois jours, nous avons passé des moments sensiblement agréables  ; mais à aucun moment malgré les réductions de poste dans l'éducation nationale, malgré l'actualité de certaines grèves étudiantes vite réprimées, à aucun moment disais-je, je n'ai senti dans ces jeunes collégiens, un "vent de révolte en oeuvre" ; pour ceux là, j'ai eu le sentiment d'une (dé)connexion du réel et, si il naît un jour -le vent de révolte- il faudra l'aider et le faire sortir au forceps... Mais peut-être était-ce seulement le temps qui nous manquait et qui nous empêchait d'aborder des sujets plus sensibles....
Article plus ou moins Corrigé  et Mis à jour le 11 avril 19h37...
TEMOIGNAGE(s), une vidéo réalisée avec des collégiens du Collège Chatelet à Douai
au cours du dernier stage (12heures)... Ce film pas tout a fait terminé, m'amuse beaucoup surtout,
le personnage de Yann Farys, artiste encadrant...

 

Depuis début janvier nous avons entamé la construction de marionnettes avec les enfants inscrits aux ateliers de La Porte du Hainaut à Maulde et Avesnes-le-Sec…  Je me souviens que, sur les premières séances, quelques enfants trouvaient l’exercice un peu difficile et avaient peur de ne pas y arriver ! Nous, leur avons proposé de construire 2 marionnettes chacun. Avec la première, les enfants ont pu découvrir et appréhender les différentes étapes de construction ; cette première expérience leur a permis de se lancer dans la construction de la seconde marionnette avec déjà une petite maîtrise des outils et étapes ce qui leur permettait davantage de liberté et de précision dans leurs réalisations…  Du premier morceau de mousse enlevé au dernier passage de l’aiguille, les enfants se sont laissés surprendre par leurs propres capacités de créateurs en herbes face aux personnages naissant des différentes étapes de construction ! C’est avec un regard émerveillé qu’ils ont vu se préciser, courant mars, l’esthétique de leurs marionnettes.  C’est avec un regard amusé qu’ils ont vu apparaître les personnages ! Le mercredi 02 avril, les marionnettes étaient là et le doute des premières séances étaient bien loin !…

 

A Alison, Amandine, Ambre, Clara, Estelle, Florian, Léa, Nicolas, Océane…

et à Alexandra, Alexia, Chloé, Sandrine et Thomas…

je dis bravo ! Vos marionnettes sont très réussies !

Aux parents (surtout les mamans !) et grands-parents (surtout les mamies !), je dis merci d’avoir apporté toutes sortes de tissus qui ont permis de compléter mon apport et d’offrir plus de choix aux enfants pour habiller leurs personnages !

Les dernières photos sont visibles (toujours au même endroit), n’hésitez pas à laisser vos commentaires… Enfants de Maulde, dites nous ce que vous pensez des marionnettes construites à Avesnes ; Enfants d’Avesnes , dites nous ce que vous pensez des marionnettes construites à Maulde !…

Bonne vacances à vous, on se retrouve à partir du 23 avril pour mettre en vie vos drôles de poupées !.. Dorothée

 

 

Scène 1 improvisation écrite , comment Les Aventures de Germain Lenain commence, recommence...

Le manipulant et le public (Entretenant complice, à force d'oeillades et autres grimaces, une relation avec certains des spectateurs)

Le manipulant : Il entre, regarde le public puis sort. Il entre à nouveau une tonalité lointaine, voix faible excusez moi, mais... je veux vous dire, (bafouille, silence,) le spectacle est annulé,( silence, il sourit, fait volte face et reprend, un peu plus fort), ah non ce n'est pas ça, ce n'est pas bon, je recommence, (il fait mine de sortir, puis très vite revient, voix différente) le spectacle de marionnette est annulé (imaginez le silence, le manipulant baisse la tête, silence, lève la tête regarde le public) en général...vous savez, la réaction c'est autrement, je veux dire ce n'est pas bon, je recommence, ce n ‘est pas bon, (il fait mine de sortir, revient regarde les spectateurs, voix enjouée, voix différente) le spectacle de marionnette est annulé (réaction du public), ah, c'est mieux mais ce n'est pas encore tout à fait ça, je recommence (et tant que la réaction n'atteint pas un certain paroxysme, le manipulant continue faisant mine de sortir, revenant et changeant de voix, mimant la joie, la déception, de voix différente en voix différente il continue) le spectacle de marionnettes est annulé, ce n'est pas bon je recommence... (il continue, manipulant, jusqu'à ce que le public lui donne des OH et des AH à sa guise. Puis une fois satisfait, il reprendra, voix de normalité fatigué) non vous comprenez j'suis fatigué , tellement fatigué que je meurs, je suis fatigué à en mourrir, vous comprenez (il mime une chute -vous entendez le rire des enfants ?- alors, se relevant il dit) ça c'est l'humanité, moi je vous dis que je suis fatigué, que je suis même tout prêt de mourir et vous vous riez (d'autres rires fusent) et puis j ‘ai pas envie, non, vraiement pas envie...

En plus,  je sais que ce que je vais vous montrer ne va pas vous plaire, et puis la vie est moche et mes marionnettes aussi, non, sérieusement vous voulez voir un spectacle de marionnettes (entendez dans vos inconscients le « oui » du chœur antique enfantins) c'est pour les petits les spectacles de marionnettes, vous ne préféreriez pas un spectacle de clown (entendez le « oui » des contestataires de la voie unique du chœur enfantin), vous préfèreriez un spectacle de clown, eh ben j'suis pas clown alors le spectacle de marionnettes est annulé (entendez dans le chœur la confusion naître, imaginez l'impatience).... Bon d'accord... vous y tenez ? (entendez les réactions) à voir un spectacle de marionnettes moches (entendez les réactions) alors j'vais vous en faire un de spectacle ! (entendez les réactions de soulagement) Je vais vous faire un spectacle avec un début un milieu et une fin, tout en pif-paf, le spectacle, ça va commencer le spectacle et avant même que vous vous en soyez rendu compte, vous tapez dans vos mains et on s'dit au revoir....ça vous va comme ça ? (entendez le public outragé)... Un peu plus long alors (entendez les refus) ...Long comme il doit être et on s'arrête (voyez le soulagement du public) ben alors j'vais y aller (il va pour sortir mais revient immédiatement)
Vous me croyiez, (imaginbez le regard perdu du public) et bien vous voyez, vous avez eu tort, (entendez les quelques rires) il ne faut jamais croire ce que vous disent les hommes, parce que je ne vais pas y aller, j'irais demain, ou peut-être que je n'irais pas du tout, à moins que j'y aille tout de suite, bon j'y vais et on s'retrouve tout à l'heure (il sort et passe derrière la fenêtre du Théâtre de marionnettes Itinérant;  on entend déjà la Voix de Germain Lenain, imaginez le soulagement, la joie, le coeur est prêt à régir)

Cette ouverture improvisée, dure entre trois et sept minutes, selon que le manipulant soit fatigué, que le public soit d'humeur à jouer... Cette ouverture improvisée permet au manipulant de donner au public les clés de réaction et du Théâttre interractif dès le démarrage de la représentation...

Scène 2- Germain, le public et le manipulant


Germain : (dès que le manipulant est sorti la voix de Germain commence alors m^me que la  fenêtre est vide ) A chaque fois c'est pareil, j'y vais, j'y vais pas, j'y vais, j'y vais pas, j'y vais, j'y vais pas, et tout ça pour quoi ? Pour la m^me chhose (entrant) y aller, parce que à chaque fois c'est pareil, à la fin il y va, et moi pendant ce temps, j'attends, et quand j'attends, j'm'impatiente, et quand je m'impatiente, je deviens violent et quand j'deviens violent, il faut que je cogne, et ça aussi à chaque fois c'est pareil, il devrait le savoir, à force, il devrait me connaître, il devrait faire autrement mais ça change rien, il recommence alors moi aussi, j'recommence de plus belle, comme aujourd'hui, vous allez voir, vous voulez bien que le spectacle commence (entendez la réaction du public), vous voulez bien que je le cogne parec qu'il faut que je vous dise une chose je ne peux cogner le manipulateur qu'avec l'accord du public , vous voulmez bien que je le tape (écoutez les voix des enfants). Vous allez compter jusqu'à trois et après vous entendrez le bruit que ça fait un marionnettiste qu'on tape,  il aurait pu l'éviter, il l'a cherché, il m'a impatienté, allez comptez avec moi, UN (le public compte avec G jusque deux et le manipulant apparaît dans la fenêtre du castelet )...

Manipulant : Quoi vous comptez avec lui ? Vous savez qu'il va me taper et vous vous comptez avec lui ?.

Germain: (le coupant) Ne l'écoutez pas, on reprend et UN....(entendez le public commencer de compter)

Manipulant : (coupant Germain à son tour) Mais, mais c'est pas juste, à moi vous dites fais des marionnettes, et à lui, vous dites tapes lui dessus, mais vous êtes vraiment des hommes alors, des petits hommes mais des hommes ; on peut pas vous faire confiance... Maman m'avait dit que l'humanité était pas jolie mais là, c'est pire que tout....( il disparaît)

Germain : Maintenant ça suffit, UN, vous entendrez le bruit que ça fait, DEUX le spectacle pourra commencer et TROIS (Germain disparaît derrière le rideau et on entend des bruits de coups sur une echelle...et les voix de Geramain et Manipulant, les rires du public...)

Manipulant : aie aie, ça fait mal, arrête !!

Germain : Tu feras attention la prochaine fois ?

Manipulant : Je ferais attention la prochaine fois !

Germain : (Revenant danbs la fenêtre) Tu ne feras pas attendre la prochaine fois en faisant ton cabotin ?

Manipulant (petite voix): Je ne te ferais pas attendre la prochaine fois en faisant mon cabotin !

Germain : Ca fait du bien, vous comprenez, c'est pas que je sois méchant mais cette fois je crois qu'il a compris

Voix de M : Dans tes rêves

( G disparaît derrière on entend les bruits sourds de coups .et Germain rappelant à Manipulant les règles du spectacle en cours et la nécessité de lui laisser l'affiche...)

Germain : (revenant) Voilà, ça fait du bien par où ça passe, c'est pas que je sois violent  de nature mais ça fait du bien...Et puis,  je dois aussi vous avouer qu'avec le temps et les représentations, ma patience s'est érodée et qu'envers l'humain j'ai de moins en moins....(la voix de Gaston interrompt son débit)

 

L'individu a pris le pas. A marche forcée et parfois contrainte, le collectif et tous les espoirs qu'il peut faire naître, on tente de mettre dehors ; dehors, ce qui nous réunit ; vive ce qui nous divise. Regardant autour de moi, j'ai le sentiment que les outils de construction collectifs sont systématiquement détruits par des intérêts individuels. Devons nous arrêter de signer appels et autres pétitions ou ré interroger les pratiques de "certaines têtes" de réseaux ? Le doute est un bon outil de division humaine. On crée le silence par le doute. La peur est le deuxième outil de la division. Celui qui a peur se tait plus facilement. Y sommes-nous irrémédiablement arrivés dans cette société où ne compte que notre  réussite propre ou, pouvons-nous encore changer le cours du temps ? Coureur effréné, je me dis que la question m'empêche de courir mais, lorsqu'il m'arrive de m'arrêter, ce doute et cette peur susmentionnés me saisissent.
Comment encore avancer ensemble ? Comment participer à faire avancer l'ensemble ? C'est le parcours de chacun qui construit une route immense.  "Je" n'est rien sans l'autre. ... Que disait-il ? L'autre ? L'enfer ? Je ne sais plus, je ne sais rien. A partir de nos villes et nos villages, dans nos maisons, nous devons, après nous être interrogés, commencer de nous donner, nous offrir, offrir nos avancées individuelles au regard de l'autre. Et même si, offrant, nous nous faisons charger par des hommes en bleu déterminés. Dans ces moments, nous ne devons pas oublier que derrière le bleu, se cache un homme (ce qui ne change rien...). Avez-vous donc vu ces images d'hommes, chargeant des enfants, des lycéens encore enfants, parce qu'ils occupaient (pacifiquement) l'entrée du lycée ? Serions- nous en guerre ? Entendez-vous le bruit des bottes ? Les sirènes de Police, de pompiers, d'ambulance, vous semblent-elles, comme moi, plus régulières depuis quelques mois ? Pourtant tout va bien, on nous l'assure, la réforme avance et, tout va bien...
Même si la peur et le doute sont là, que tout tend à confirmer que l'individu a pris le pas sur le collectif, n'oublions pas que, maître du jeu, l'homme peut participer à changer les choses. Face aux terrains sur lesquels nous intervenons, dans notre pratique quotidienne, il nous arrive de nous sentir isolés. Je l'ai déjà écrit ici. Alors nous avons pris la décision d'adhérer à certaines structures professionnelles. Sans présumer de l'état dans lequel nous trouverons ces structures collectives, sans savoir si nous y trouverons notre place, pour sortir de notre isolement, nous avons adhéré au SYNAVI. Je ne suis pas impatient, on verra bien si notre présence peut-être utile ( à l'autre, au syndicat, à nous) ou si comme en 2006 avec  THEMAA, ne parvenant pas à trouver notre place, nous interrogeant sur son fonctionnement, nous ne renouvellerons pas notre adhésion. Vieillissant, je suis plus tranquille dans mes impatiences ; mais le temps manque pour que j'accepte la transformation en mollusque...
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