Mario en Prison

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  • : La "Cie Les Mille et une Vies" (Lille, 59) est intervenue dans des Maisons d'Arrêt (en 2006); avec le temps le journal de bord des ces actions est devenu le journal de notre Théâtre de Marionnettes Itinérant dans lequel nous pouvions vous raconter nos spectacles et ateliers, les joies et les déboires d'une Cie Contemporaine et des ses artistes permanents. Cie Les 1001 Vies Théâtre de Marionnette Itinérant. nous contacter : lesmilleetunevies@wanadoo.fr
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Dimanche 29 avril 2007

De nos jours les apparences trompent, non de leur propre initiative mais plutôt parce que l'homme aime à s'arrêter à la forme et juger par son oeil ce qui reste visible seulement par le coeur. Juger est un défaut que l'homme cultive depuis la nuit des temps. L'homme ouvre les yeux, et après avoir regardé on lui apprend à poser sa sentence ; ceci est beau, ceci est bien, ceci est juste et blablabli et blablablo…. De nos  jours l'homme regarde l'autre avec des yeux qui ne veulent en aucune manière être étonnés et cherchent quelque chose de reconnaissable. Refusant toujours et encore de se laisser emmener par la différence et la considérant négative avant même d'avoir tenté d'en découvrir les subtilités ; l'homme ne comprend que ce qu'il veut bien comprendre. Il serait en son pouvoir d'agir autrement mais, face à la terre inconnue qu'est l'autre il ne veut se comporter que comme conquérant. Avec l'homme, le monde n'ira pas bien loin.

par Fabrice Levy-Hadida publié dans : Autre inclassable
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Samedi 28 avril 2007
Cela fera un an bientôt, que cet espace s'est ouvert. Il y a un an  je voyais pour la première fois, de mes yeux ce lieux d'exclusion et ses quartiers intérieurs, la prison, dans laquelle je retrouvais, ceux des quartiers extérieurs, les enfants délurés et écervelés mis un temps en cage. Les murs hauts, corridors et miradors, ce  n'était pas un film. Les murs sales et délabrés à Loos. A Loos où il valait mieux ne pas regarder la toiture, l'installation électrique et ses fils courrant le long des coursives. A Loos... Cela fait plus d'un an que je mettais les pieds à Sequedin, prison neuve et nouvelle, fini le Panopticon, la nouvelle conception de l'enfermement prenant le pas, l'exclusion presque hospitalière, plutôt désinfectant qu'ordure, mais là les hommes peuvent devenir fous lorsqu'ils ne le sont pas en y entrant... Cela fait un an et les images sont encore fraîches, les sentiments, l'impression que nous pourrions faire autrement, que nous devrions faire autrement, nous communauté des hommes que nous devrions travailler à n'exclure que rarement que lorsque toutes le voies, toutes les autres voies ont été épuisées. Cela fait près d'un an.
Dans les quartiers cela fait maintenant longtemps que j'y interviens. Dans les quartiers éloignés, comme dans les villes, les enfants ont une tête, deux bras et deux jambes. Leurs parents ont moins d'argent qu'ailleurs. Dans ces quartiers là, les services publiques y sont moins présent qu'ailleurs (hormis la police qui y intervient avec régularité et souvent sans ménagement) ; dans ces quartiers il y a moins de commerces, de cinémas, de théatres ; de toute façon, les gens qui habitent ces quartiers
sont pauvres ; ils ne pourraient pas se payer les services qu'on leur propose. Dans ces quartiers les habitants ont des télévisions, ils se nourrissent de feuilleton entrecoupés de publicité et ils voient ce qu'ils n'ont pas.
Les gens des quartiers quand on les met en prison c'est pas toujours parcequ'ils tuent, pillent, se comportent comme des barbares. Pour ceux des quartiers, le délit, absence de permis de conduire, acool au volant, souvent se transforme en peine de prison ferme ; mais l'éducation ne serait-elle pas plus efficace ? Ne vaudrait-il pas mieux éduquer plutôt que de construire de nouvelle places, de nouveaux drames, de nouveaux espaces d'exclusion ? Tout irait bien parce que les gens des quartiers, quand ils arrivent en prison, ils retrouvent la télévision, (s'ils peuvent la "cantiner")...
Oui, ils veulent en construire plus, des prisons, des murs qui protègent ou éloignent selon qu'on soit d'un côté ou de l'autre. Non, je ne veux pas en construire plus, je ne veux pas de cette société là, j'ai le choix, je peux voter.
Lisez "Ruptures" de Serge Portelli et le 6 mai, votez . lire en ligne.
par Fabrice Levy-Hadida publié dans : Point de vue
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Mardi 24 avril 2007
Après Wingles, depuis lundi, tous les jours la route de Marles-les-mines. Depuis plus de dix jours maintenant, le temps se réduit et je délaisse cet espace. Le soir, lorsque de retour, la fatigue m'empêche. Le matin les quelques instants encore disponibles sont dans l'empressement consacrés à régler les problèmes et autres affaires courantes... Presque dix jours, que ça a commencé et je sais que ce rythme, ce mouvement permanent ne s'arrêtera plus avant le 19 août. Parce qu'après le temps donné à la création viendra la tournée d'été.
Voilà, la création s'installe et l'esprit vagabonde entre lectures et construction de marionnettes, rendez-vous de travail avec François Lestrade sur la scénographie. Nos journées filent et nous font découvrir que cette création est pleine de paris étonnants. Pour La chambre (de Zette), au moment de l'écriture j'ai imaginé une scénographie mouvante ; tout au long du spectacle Zette voyage, de rêve en rêve. Au moment de l'écriture, je connaissais le castelet, son espace réduit et cela ne m'a pas empêché. Aujourd'hui, dans le temps de la réalisation, nous travaillons à faire tenir dans le Théâtre de marionnettes itinérant l'ensemble des scènes et accessoires. Et tous les jours nous constatons qu'il va nous falloir inventer de nouvelles dimensions. François, à chaque rendez-vous s'en rend compte un peu plus. Et chaque fois je grignote des centimètres. Mais je sais que les modalités de création pour le Castelet et ses impératifs ne sont pas les mêmes que pour un plateau de Théâtre. Oui, depuis plus de dix jours, le temps que nous vivons est plein, plein de magnifiques moments mais en même temps, depuis dimanche, mon regard sur l'autour se remplit d'inquiétude. Déjà dimanche 22 avril le vote utile, de l'esprit à l'urne avait fait son chemin. Mais voilà, dimanche la France a montré un visage fracturé. 30% et plus, je n'en reviens pas...si  toutes les droites s'ajoutaient, je suis KO (excusez le mauvais jeu de maux...)  Pour le 6 mai les choses se corsent. Je n'ai jamais pensé que  la peur puisse être un projet juste alors, pour le 6 mai je sais ce que je ferais, j'espère que vous aussi...
par Cie Les Mille et Une Vies publié dans : Cie Les Mille et une Vies
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Jeudi 19 avril 2007
Voici quelques photographies des premières recherches scénographiques de François Lestrade, notre scénographe  pour La chambre (de Zette)... J'ai eu du mal à photographier les maquettes mais voilà...

La chambre,















Le Wagon du train des Zombres,





















La gare, et




l'escalier
....




Je mettrais  la suite plus tard...  La plaine aux hautes herbes, la chambre au reflet, les couloirs...
Les jours passent, la fatigue gagne, je cherche le second souffle... François de son côté semble entrer dans l'univers du texte. Son audition est difficile, il semble tendu...
Le prochain rendez-vous prévu mardi à Marles nous permettra d'aller plus loin et de commencer à choisir des techniques de réalisation...
L'angoisse monte, la joie avec...
La chambre (de Zette) paraît...
par Fabrice Levy-Hadida publié dans : Cie Les Mille et une Vies
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Mardi 17 avril 2007

Le temps de la création a démarré donc. Les jours passent,et hier,  nous avons trouvé un chemin rapide pour aller et venir sur les routes du Pas-de-Calais. Amener vite les marionnettes, faire danser la Cie Les Mille et une Vies ici et là, le Théâtre de marionnettes itinérant.

Mais ce n'est pas cela qui me fait écrire ces mots ; les mots sur le travail en cours je les écrirai plus tard. Je voulais juste vous raconter une histoire, une histoire vraie, arrivée hier à ma boîte aux lettres...Non, ne riez pas...

Ce matin passant par le bureau, à Lille-sud, pour récupérer le courrier, nous trouvons la porte de notre boite aux lettres déformée, défoncée. On prend la route, vers Wingles, je me dis que la boite à lettres a du vivre une amusante bataille ; mais je me dis aussi qu'il faudra que nous la remplacions, parce que l'idée de savoir les courriers importants passant par une maison ouverte aux quatre vents, ne me convient pas. La journée passe, nous revenons de wingles plus tôt que prévu. Le stage du soir est annulé. On repasse par le bureau, je discute avec des jeunes installés au soleil dans l'epace vert en face, ils me racontent que la veille, pendant un contrôle policier, un agent a forcé notre boîte pour vérifier que rien n'y avait été caché....

Pauvre boite, elle était déjà mal en point, mais après ce qui lui est arrivé hier, paix à son âme, elle est finie... La fin d'après-midi passe et rencontrant des voisins du quartier, ils me confirment ce qui m'a été dit ; aucun acte malveillant d'enfant mal éducqués mais bien, le geste suspicieux d'un agent de la force de l'ordre...contrôlant la boite pour savoir si elle n'avait pas servi de cache...

Ce quartier et les gens qui y résident n'ont pas de chance....

Structure installée dans un quartier pauvre et basané, nous n'avons pas de chance...

Bien sûr j'écrirais un courrier à Madame le Maire, Monsieur le Président du Conseil de Quartier, Monsieur le Président de l'Office HLM mais je sais que cela ne changera rien.

Je savais que rue de l'Arbrisseau, les taxis ne se déplacent pas. J'ai vu que quand les forces de l'ordres s'y déplacent le rapport avec la population peut être violent. Cela se serait-il produit de la même manière dans un quartier dit "tranquille" ? A Neuilly ? Imaginez ce qui nous attend...

Imaginez ces dialogues pas si suréalistes qui nous attendent dans une société du doute et de la peur, entre un un homme en bleu et un jeune à casquette, les deux protagonistes d'un drame en construction ; est-ce ce que nous voulons  ?

L'homme en bleu (ton dur): T'as caché quelquechose !

Le jeune à casquette (accoudé contre une voiture) : non m'sieur, j'vous jure...

L'homme en bleu (ton dur): Me mens pas, je sais que t'as caché quelquechose !

Le jeune à casquette (accoudé contre une voiture) : non m'sieur, j'vous jure...j'vous jure...

L'homme en bleu (sortant d'une de ses poches bleue sa matraque): dis moi ou ça va faire mal !

Le jeune à casquette (un peu appeuré) : j'vous jure j'ai rien fait, j'vous jure...

L'homme en bleu (prenant le jeune par le bras et le faisant pivoter): J'suis sur que t'as caché quelque chose

L?homme en bleu prend son élan et fracasse la vitre de la voiture sur laquelle le jeune était accoudé. Le jeune se recule, d'un pas hésitant et s'appuie contre la porte d'une maison

L'homme en bleu : Tu l'as caché dans la voiture ? C'est ça, tu l'as glissé par la vitre... ( il se penche et à travers la vitre et inspecte l'habitacle du véhicule)

Le jeune à la casquette (bredouillant) : Mais m'sieur j'vous dit que j'ai rien caché... En plus cette voiture elle est pas à moi, j'vous jure

L'homme en bleu (attrapant  à nouveau le jeune par le bras et le faisant pivoter pour lui dire dans les yeux) : Me mens pas, je sais que tu me mens, allez, dis moi ou tu l'as caché, sinon...(il sort de sous sa veste bleue une hache)

Le jeune à la casquette (de plus en plus bredouillant) : mais monsieur j'vous jure, j'ai rien fait, j'étais là je prenais l'soleil...

L'homme en bleu (faisant tomber le jeune à terre par un tacle derrière le pied gauche, il lève sa hache puis se tourne vers la porte et la défonce...il est de plus en plus énervé) : je sais que tu as caché quelque chose et je te jure je trouverais (une fois la porte défoncé, il entre dans la maison on entend le bruit de meuble, de vaisselle qu'on fait tomber et à travers la porte on entend sa voix continuant la ritournelle) je vais trouver et toi tu vas payer, ou c'est que tu l'as caché, je sais que tu l'as caché... je vais trouver et toi tu vas payer, ou c'est que tu l'as caché, je sais que tu l'as caché...

Le jeune à la casquette reste à terre, il semble pétrifié...

Au bout d'un moment L'homme en bleu ressort de la maison avec dans les mains sa hache.. Il va vers le jeune et se penche pour le regarder dans les yeux...

Le jeune à la casquette (visblement appeuré, au bord des larmes, implorant la cléménce et l'humanité) : Vous avez rien trouvé, hein, j'vous l'avais dit que j'avais rien, que j'avais rien caché... en plus la maison là elle est pas à moi m'sieur...

L'homme en bleu : Te moques pas de moi, je sais que tu l'as caché et je vais le trouver?

Penché au dessus du jeune, il lève sa hache et... (IMAGINEZ)

Pauvre boîte aux lettres, j'taimais bien tu sais, mais j'te l'ai pas dit, tu sais, tu es partie trop vite, ma boîte aux lettres, tu sais, tu me manqueras...

par Fabrice Levy-Hadida publié dans : Point de vue
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