Mario en Prison

  • : Marionnettes en Prison
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  • : La "Cie Les Mille et une Vies" a été créé à Lille (59) en 1998. En 2006, autour des interventions qu'elle menait dans 2 Maisons d'Arrêt, la Cie a ouvert ce journal de bord. Avec le temps ce blog s'est ouvert à l'ensemble des activités de la Cie et est devenu le journal (presque intime) du Théâtre de Marionnettes Itinérant. Dans ce lieu nous pouvons vous raconter nos spectacles et ateliers, les joies et les déboires d'une Cie Contemporaine et des ses artistes permanents.
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undefined Mots sombres, il faudrait que ça change ?  Mots sombres, on peut se dire il faudrait que ça s'éclaircisse... Je n'y arrive pas ; je cherche des couleurs mais, dans la fin d'hiver, n'y parviens pas, n'arrive pas à dépasser les constats "crasses". Ca changera peut-être demain.  Une phrase piochée ici, redite là, transformée demain, mots sombres encore qui envahissent le quotidien de l'écrit...  Les doutes, les questions prennent le terrain intérieur, ne laissent pas serein. Il y a pourtant de quoi rire, ou tout le moins de quoi sourire ; de la radio, une voix me parvient, ses mots je les écris ici in extenso " le moral n'est pas au beau fixe... " de quoi parle-t-elle cette voix ? Je ne sais pas, juste saisissant  la phrase je la répète et ne sais rien d'elle ; ni d'où elle vient, ni où elle va...
Je m'essaie au changement  de registre, le regard fuit l'écran et  regarde la table... Effaré un instant par la masse de papiers qui l'encombre, entre lettre Circulaire Acoss et Guide Lefebvre j'en viens à sourire de ce quotidien la, de ces semaines surréalistes la. Demain nous serons à Douai puis à Wingles et mercredi à Maulde et Avesnes-Le-Sec pour nos ateliers hebdomadaire et aujourd'hui je traite déclarations, plan de trésorerie, tableau récapitulatif, charges et autres tâches administratives. A côté, bureau jouxtant le mien Dorothée pose des mots-bilan sur l'année passée. Elle ne dit rien, les mots font des phrases, le clavier chante et par intermittence, sa réflexion s'épanouit dans le silence. Derrière, la voix de la radio continue de parler, elle a été rejointe par d'autres qui complètent son discours : "crèmerie, blog, expertise, mais quand même on n'est pas dans une dictature...crise...".
De quoi parlent-ils ? Ce mélange des genres participe aux mots sombres, au sentiment noir...
J'interroge mes souvenirs et leur demande à quel moment le virage a été pris ? A quel moment ai-je décidé que l'atelier du marionnettiste devait être complété par ce travail de fourmi de bureau dans lequel je m'arrache parfois les cheveux tant le cadre complexe et étriqué est inadapté à notre réalité polyvalente ; un cadre que nous le faisons voler en éclat dans notre polyvalence. La polyvalence ce n'est pas ce qui est complexe, c'est plutôt que nous marchons sur des territoires ou peu se sont aventurés. Dans le monde des entreprises culturelles, les artistes sont souvent intermittents et les administratifs permanents. Et si certains artistes assurent la gestion de leurs projets c'est plus par défaut que par choix... Nous avons, artistes, décidés de gérer notre structure. Nos projets et notre permanence passent par notre polyvalence. Oui, nous n'avons que peu de trace ou mettre nos pieds... 
Les voix de la radio continuent leur musique, les mots je les ai compris, les journalistes sont trop nombreux, les journalistes disparaissent... J'ai compris que je n'ai pas compris. Je décide de continuer d'écouter la musique des mots et des voix sans vouloir comprendre le sens. Tout cela n'a pas d'importance, peut-être demain ne serons nous plus... Envolés, hommes,
marionnettes et poupées et, sans aile,  comme l'oiseau tombé du nid, nous ne serons plus. Mais aujourd'hui je suis encore et les quelques heures de travail qui restent doivent être consacrées au déclarations et autres tableaux récapitulatifs qui ne voudront pas patienter après le 31. Quand sera validée la déclaration, je passerai à autre chose mais, pour l'heure je continue... rai demain.

DSCF4695.JPG Plus possible donc de regarder le plafond du métro, le ciel, sans croiser une boule ou autre caméra derrière laquelle un autre, peut-être, observe.  Les jeux sont faits, rien ne peut être changé ?  Et de plus en plus, les matins, je me rends compte, dans les nouvelles rames de ces métros qu'un malaise  me saisit ; une envie de vomir à la pensée que l'on investit  toujours plus dans la sécurité et les nouveaux outils de contrôle. Je n'aime pas cette idée, cette pensée, cette façon de voir l'humanité...
Il n'y a donc rien à attendre ? 
Bloc de mousse trainant, je ferme les yeux et j'imagine que je sculpte. Je reprends la DADS 2007 sur une question à laquelle je ne trouve auqune réponse dans les rubriques d'aide en ligne. Alors, je compose le numéro de la CRAM et un agent me répond. Sans avoir composé d'identifiant, de numéro d'adhérent, mon numéro de téléphone a permis à la machine de présenter à l'agent de m'identifier. Oui caméras et espions partout... Je raccroche après avoir obtenu mes réponses...
Qu'est-ce que je vais pouvoir dire à mon fils ? Quand il me demandera ce que j'ai fait pour empêcher cela ?
Les nuits sont mauvaises, les mots sont sombres, et les matins, il me faudra plus marcher pour éviter de croiser les lieux où foisonnent ces automates qui nous poursuivent ... Les jeux sont faits, rien ne peut être changé ? 
DSCF4698.JPG Pas de silence mais des phrases courtes et des mots sombres. Mots sans sens, toujours mis bout à bout en constituent un qui échappe. Le jeu des marionnettes humaine continue. Manipulateurs  tirant les ficelles sans se soucier de la douleur de l'objet ; l'objet n'est pas, l'objet ne ressent rien, l'objet ni ne souffre ni ne rit.... Condition humaine baffouée, caméras partout ; dans le  métro,  dans la rue, épiés toujours plus... Dehors déjà, bientôt dedans ; mais qui sait peut-être déjà ? Oui,  les mots insensés prennent le dessus et les pires cauchemars deviennent réalité. Gavés par les leurres démocratiques  nous avançons vers l'abbatoir têtes baissées. Epoque sombre ou vision déformante ? Je ne recommence pas. Pas encore. Pas tout à fait.
DSCF5025.JPG Le sens déserte. Les mots portent la forme. Tableau récapitulatif après DADS, mes yeux voient trouble à force d'écran. Vieillisement,  bientôt mes os constitueront de nouvelles marionnettes. Une chanson résonne dans ma caboche, entendez la voix de Régiani et les mots de Vian "quand j'aurais du vent dans mon crâne, quand j'aurais du vert sur mes os ; peut-être qu'on croiera que je ricane mais ça s'ra une impression fausse...". Fatigue de début d'année peut-être ? Je recommence, ne bougez pas, je reviens tout de suite, ne restez pas figés face à l'écran, brisez téleviseur et autres modernes somnifères, les os craquent, les doigts cherchent la lettre du mot absent... Je suis flou et vide. 
DSCF4696.JPG Imaginez, une marionnette se promenant de spectacle en pensée, de représentation en castelet, délaissant les théâtres pour trouver le public et qui, petit à petit, sans se rebeller, sans même s'en rendre compte perdrait ses forces et qui peut-être, au bout du compte, arrêterait de bouger...
Vous la voyez, vous l'imaginez, objet de bois et vis, sans parole s'éteignant ?
L'esprit est plein ; il me faudrait faire du tri et choisir un angle d'attaque, d'approche, de parole...Pourquoi pas ? Je recommence.
Je reprends ici les mots de Yann Stenven  et publiés sur le Blog Marionnettes au Collège...

Mercredi 9 janvier 2008
 
 
            Un instant de noir, un glissement de tringle et la lumière nous dessine une chambre d’enfant.Sur l’étagère, un petit chien ondule la tête, anodin cabot à priori, mais fidèle ami de Zette, cette petite fille qui franchit la porte de sa chambre pourchassée par sa mère impitoyable pourfendeur de devoirs non faits.
            J’aime ce chien qui dodeline de la tête, non que Zette ne soit pas séduisante, de ses grands yeux bleus, ses cheveux aériens quelque peu en guidon pour foncer dans l’aventure ou en « cornes de buffle» sans être pour autant la dupée de l’histoire car de ses pérégrinations Zette sort, non pas grandit mais plus sûr de sa réalité, de sa vérité d’enfant, de son Amour.
            Petit chien qui m’aveugle ou plutôt me rends sourd de ma mémoire, j’en ai oublié son nom pourtant prononcé tant de fois par Zette mais que l’on m’excuse, ce que j’ai dans l’oreille et qui me chatouille le pavillon c’est la ritournelle de Zette – « Hum !hum ! HumHUmHUm ! HUM ! hum ! » Chant d’enfant qui me semble moins présent dans cette version que la première car le renifleur a pris sa place. Car, si je ne m’abuse, le toutou de l’étagère est devenu au fil des tableaux  la présence rassurante, le lien à la chambre et ainsi Zette chante moins pour se rassurer, elle cherche son petit chien : Graal d’une quête de soi qui mènera jusqu’aux marches, non du palais mais de soi, pour entrouvrir son existence au monde et en prendre conscience.
            Un chien qui pourrait se nommer MacGuffin*, objet déclencheur de l’histoire, de l’aventure, après tout, n’est-ce pas lui qui précipite le départ de Zette pour le train, ne la devance-t-il pas ? Lui que l’on retrouve assis dodelinant de la tête sur le banc du train face à l’Ombre et que l’on retrouve enfin, bien en place sur son étagère, toujours agitant la tête quand Zette recouvre la chaleur de sa chambre et l’assurance de l’amour maternel.
             Oui, un compagnon à quatre pattes qui me parle, m’emmène dans le monde de Zette, métaphore du mouvement, de la vie. Premier objet perçu sur le meuble et qui vit comme on le connaît, en  bougeant de la tête, dans un mouvement doux et lancinant.

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            Un chien à l’idée de voyage comme ceux que l’on voit parfois sur les plages arrière des voitures, un chien qui ouvre la voie à Zette sur des chemins de l’imaginaire dans une mise en abîme de la réalité, de la représentation d’un monde. Un objet d’enfant métaphore du réel, gage que ce que l’on va voir, entendre est vrai. Une balise de vie dont la marionnette de Zette va se saisir dans la respiration que lui donne la voix, le mouvement que lui donne la main, l’espace que lui offre le décor.
            Décor, non ! de vrais espaces, des lieux que parcourt notre œil, qu’écoute notre oreille et ressent notre émotion : on entend le train, on vibre de ses secousses, on perçoit le bruissement des herbes dans le jardin, on sursaute à l’insecte boustifailleur qui s’étire dans la végétation qui capte notre regard pour qu’explose ensuite en complémentaire les couleurs de l’oiseau et après avoir oser gravir le grand escalier, l’on prend possession de la chambre de Zette comme de la nôtre, enfant, quand elle était aussi notre refuge, notre antre de sérénité en échappatoire au monde, aux – «  Zette ! Zette ! As-tu fais tes devoirs ».

Texte en regard du spectacle « La Chambre de Zette » Compagnies des Mille et une vies. Merci à Dorothée et Fabrice pour m’avoir mené chez eux.

* Le MacGuffin est un concept original dans le cinéma d'Alfred Hitchcock. Ce terme est utilisé par le cinéaste pour désigner l'objet qui sert de prétexte pour déclencher l'intrigue, par exemple les formules secrètes des 39 marches, l'uranium dans les bouteilles de vin dans Les Enchaînés, la somme d'argent volée dans Psychose .
 

 

par yann stenven publié dans : Point de vue enseignant
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undefined Ca y est, passée l'année 2007, une nouvelle commence...
En 2008 nous reprenons là où nous nous sommes arrêtés.
Les mots aussi vont reprendre.
Lentement je retrouverai le fil.
Mais en attendant,
ce lundi retrouvant bureau et toutes les déclarations de début d'année
(ou de fin, selon qu'on les regarde de là ou d'ici), 
je veux ici essayer de déposer les premiers mots...
Pour les mots habituels de début d'année, mots dits mots-voeux, je me demande comment les formuler dans le monde qui nous entoure ?-
Peut-être me faudrait-il oublier le présent et me lancer dans un laius sur le travail la santé et l'amour ?
Lecteur d'un jour ou habitué, que te dire, quelle phrase qui, n'oubliant pas dit ? Je dois t'avouer que cette pensée me tarraude depuis quelques jours, sept peut-être...
Encore remettre à demain ? Pas pour aujourd'hui ? Non, pas aujourd'hui que je les écrirai ces voeux, ces mots la ; pas aujourd'hui que j'organiserai mes pensées et que j'en...
Aujourd'hui est un mauvais jour. Mauvaise nuit, voiture en panne, téléphone portable en rade depuis une semaine, arrivé au bureau j'ai découvert la chaudière crachant ses eaux. Sol trempé avec tout ce qui s'y trouve. Locaux mal rangés, tout ce qui le dernier jour a été déposé à la va vite, dernier déchargement harrassé, doit être rangé.
Oui, mauvais jour pour les mots-voeux ; mauvais jour, d'abord éponger. Puis jeter, jeter et encore jeter. Marionnettes trempées, cartons trempés...Bon jour pour jeter.
Pas de gros dégats mais toute la matinée, s'est déroulée autrement que ce que j'avais imaginé...
Dix sacs poubelles de 50 litres plus loin...
Esprit perdu, divague et dit non aux mots voeux et en même temps imagine qu'il faut en finir pour qu'après ça passe à autre chose.
Je me lance :
Je vous souhaite une année fleur et humaine,
Je vous souhaite des sourires,
Je vous souhaite de la joie et de l'enfance,
Je vous souhaite de trouver au bout du chemin ce que vous y êtes venu chercher
Je vous souhaite
de la décroissance heureuse...
Et pour nous, marionnettes, objets, ombres (et c'est reparti pour une liste longue et non exhaustive...), manipulateurs, castelet, itinérants, homme et femme des Mille et une vies, nous donc, vous souhaitons (et après, promis ça parle d'autre chose),  une année pleine d'humanité...
Voilà, nous y somme, c'est fait, après est arrivé, les mots sont posés, mais pour les mots de l'après c'est pas pour aujourd'hui.

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