Mario en Prison

  • : Marionnettes en Prison
  • Marionnettes en Prison
  • : La "Cie Les Mille et une Vies" a été créé à Lille (59) en 1998. En 2006, autour des interventions qu'elle menait dans 2 Maisons d'Arrêt, la Cie a ouvert ce journal de bord. Avec le temps ce blog s'est ouvert à l'ensemble des activités de la Cie et est devenu le journal (presque intime) du Théâtre de Marionnettes Itinérant. Dans ce lieu nous pouvons vous raconter nos spectacles et ateliers, les joies et les déboires d'une Cie Contemporaine et des ses artistes permanents.
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blogs, dont les auteurs sont

convaincus que :

- le changement climatique

est un problème majeur,

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- s’attaquer sérieusement à ce

problème implique une remise

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et, particulièrement, de la notion

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l’indique, chacun pense, écrit

ce qu’il veut sur son blog. ..


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Cie Les Mille et une Vies

Prendre le temps, il faudrait que je prenne le temps d'écrire ! Mais par quoi commencer ? A cette étape, saisi par les tourments les plus divers, je tourne la page et me disant que j'y reviendrais, que plus tard la pensée sera plus claire, je remets à l'incertain ce que je devrais faire dans l'instant. Comprenez-moi, que dire ici qui sans être flou explique ?
Dans ma vie, les vents de la tempête font que l'intensité des instants est difficile à saisir par l'écrits. Sans limite professionnelle, tous les instants, même s'ils savent être inquiètants, demandent concentration sans cesse renouvellée.
La Cie Les Mille et une Vies grandit. Accueillant de nouveaux salariés, équipe et projet d'entreprise semblent avancer vers l'avenir avec un sol de plus en plus assuré sous leurs pas. Les rencontres se multiplient et si parfois je me demande comment nous pourrons continuer d'être aussi présents sur les territoires, les jours au travail huilé, sans réflexion, résolvent les incertitudes les unes après les autres.
Au quotidien je me vois dans l'impossibilité de dresser liste des choses à faire ou faites mais malgré tout, le temps et la concentration veillent à organiser les tâches. Si il me reste de ci de là, le temps de m'interroger sur l'organisation dyu temps, quand je regarde le temps passé depuis le dernier"écrit du hasard", je suis, étonné de voir comment sans organisation prépensée,  la vie devient évidente.

Annonce de dernière minute de représentation dans une école voisine
Les Aventures de Germain Lenain jeudi 19 février à 1HH45 et 14H00
La chambre (de Zette) vendredi 20 février 18H00 et samedi 21 février à 15H00
Ecole Wagner, 33 rue Richard Wagner à LILLE
Tarif Unique 2€

RENS-RES : 03 20 88 44 78



Scène extraite du texte en cours d'écriture, hors contexte "Le dernier spectacle des Grizbatoruc - par le Théâtre de marionnettes moderne de Karloviestlav - une famille de marionnettes (titre long et provisoire)"


Une fille Ania et le technicien Ian

Ian le technicien (ton mielleux, tout bas) : Ania, ma jolie Ania, embrasse moi...

Ania une fille : Ian, laisse moi, tu sais bien que je ne peux pas !

Ian Le technicien (doux mais plus ferme) : Ania ma douce Ania, je te dis embrasse moi !

Ania une fille : Iany mon petit Iany moi je te dis que je ne peux pas

Ian Le technicien : Ania ma chère Ania, dis moi pourquoi tu ne peux pas ? Ania ma vilaine Ania dis plutôt que tu ne veux pas...

Ania une fille : Non, si je te dis que je ne peux pas, c'est parce que je ne peux pas !

Ian Le technicien : Allons Ania, ne fais pas la farouche, embrasse moi (il s'approche tout près, l'enlace..) Tu me repousses ? Tu me rejettes ? Ce n'est pas cette Ania que je connais ?

Ania une fille : Ian, Arrête tout de suite, il va nous voir !

Ian Le technicien : Qu'il nous voie et qu'il nous laisse en paix !

Ania une fille : Tu veux qu'il nous tue ?

Ian Le technicien : Qu'il essaie, tiens, qu'il essaie ! (un temps puis il reprend) embrasse moi !

Ania une fille (commençant de s'énerver) : Je suis maquillée et je ne veux pas repasser en loge alors Iany maintenant laisse moi finir de me préparer !

Ian Le technicien : Je te laisse ma douce Ania si tu me promets que ce soir nous partons loin de ce théâtre

Ania une fille : Tu veux que nous partions ce soir mon chère Iany

Ian Le technicien : Oui ma chère Ania, je n'en peux plus de me cacher toujours me cacher.

Ania une fille : Réponds moi mon chère Iany tu veux que nous partions ce soir ?

Ian Le technicien : Je veux me promener main dans la main, je veux te serrer sans que tu aies peur, je veux du soir au matin pouvoir te contempler sans redouter que quelqu'un transperce mon regard ou ma pensée ; je veux être loin de ce théâtre, je veux être près de toi, tout près de toi ma belle Ania

Ania une fille : Que tes mots sont doux mon beau Iany, je veux être à toi, partir avec toi, t'embrasser quand tu le veux, embrasse moi mon beau Iany ! Iany, mon beau Iany, embrasse moi...

Ian Le technicien : Ania, laisse moi, tu sais bien que je ne peux pas !

Ania une fille : Iany mon doux Iany, je te dis embrasse moi !

Ian Le technicien : Ania ma petite Ania, moi je te dis que je ne peux pas

Ania une fille: Iany mon chèr Iany, dis moi pourquoi tu ne peux pas ? Iany mon vilain Iany dis plutôt que tu ne veux pas...

Ian Le technicien Non, si je te dis que je ne peux pas, c'est parce que je ne peux pas ! Ania ma belle Ania, tu es toute maquillée, tu le sais bien que je ne peux pas t'embrasser !

Ania un fille : Dis plutôt que tu ne veux pas ? Tu ne m'aimes plus ?

Ian le technicien : Ne dis pas de bêtise, ton père verrait ma bouche barbouillée et mon cœur au bord des yeux

Ania une fille : Ta bouche barbouillée, qu'est-ce là Iany mon tendre Iany ? Tu as peur de lui ?

Ian le technicien : Je ne dis pas ça !

Ania une fille : Tu ne dis pas ça mais tu le pense !

Ian le technicien : Tu veux que je t'embrasse ?

Ania une fille : Je veux que tu m'embrasse

Ian le technicien : Alors viens ici que je t'embrasse ! (elle s'approche) plus près, viens plus près (elle s'approche encore, il va pour l'embrasser mais au dernier moment sursaute et fait trois pas en arrière)



Entre M. Grizbatoruc . Il regarde Ian et Ania puis se lance dans son monologue comme si de rien n'était, il entreprend le public, joue des exclamations, cabotin, il sur joue les mots pendant qu'il commence à parler Ian sort à cour et Ania veut sortir à jardin quand son père l'arrête...



M. Grizbatoruc : Ma fille, ah ma fille Ania. Première demoiselle du Théâtre Moderne de Karloviestlav, Ania ma chère Ania as-tu salué notre public ?

Ania une fille : Heu, à vrai dire Dady, je viens juste d'arriver et de plus...

M. Grizbatoruc (il la coupe vraisemblablement gêné par sa réponse) : Ania ma chère Ania ne t'ai je pas appris la politesse (puis tout bas à sa fille) Maudite tu sais bien que notre politesse et notre gentillesse sont nos seules sources de richesse !

Ania la fille : Mais Dady, je venais d'arriver et je te jure...

M. Grizbatoruc : Ne jure pas ma fille (puis se tournant vers les spectateurs) Monsieur Madame, je vous présente Ania, dis bonjour Ania

Ania une fille : bonjour

(un temps, M. Grizbatoruc attend mais ne voyant rien venir, il reprend)

M. Grizbatoruc (d'abord à lui même): Ah les imbéciles, à les dégénérés ! Suis-je leur père ? Qu'ai-je donc fait ? Ai-je mérité une famille telle celle la (puis il se reprend et s'adressant au public il continue) Monsieur, Madame, enfants et spectateurs, regardez cette fille belle et fluette, c'est une grande parmi les grandes (pour lui même) maudite, ma langue brule (puis au public) élevée au lait d'une grande famille de marionnettiste, pour ne pas dire la plus grande, elle a très tôt montré ses talents et depuis avançant dans son art elle conquiert les sommets. Aujourd'hui les anciens l'envient. Aujourd'hui Monsieur Madame vous allez découvrir les numéro exceptionnels d'Ania. (se tournant vers sa fille) Dis bonjour Ania !

Ania une fille (gênée) : Bonjour (un temps., elle cherche ses mots) Bonjour (un temps pendant lequel elle se tord les mimines puis reprend) bonjour

M. Grizbatoruc (il la coupe) : Monsieur Madame, Enfants et animaux, regardez la, elle est petite mais elle est grande. Madame, Monsieur, écoutez la, elle ne sait pas parler mais elle invente une nouvelle poésie du geste. C'est en 1942, au camp de Terrezin, dans une campagne désolé, qu'un jour noir et sombre nous surprîmes Ania jouant avec des serpents. Elle les manipulait, oui, Ania enfant de 7 ans manipulait les serpents comme nous, faiseurs de rêves manipulons le bois. Depuis ce jour, Ania est la plus grande manipulatrice d'objets animaux que la terre ait vue, Monsieur Madame, Madame, Monsieur, je vous demande d'accueillir Ania dans son numéro le charme des serpents. (il se tourne vers sa fille et tout bas) que fais-tu là maudite, pourquoi n'as-tu pas déjà mis en place tes boites et objets ? (elle ne répond pas, reste là, interloquée, vraisemblablement apeurée) Allez, vas maintenant, le spectacle n'attend pas! (elle sort, il continue pour lui même) Et tu verras ce soir de que bois est fait ton père (il se souvient de la présence du public, se tourne vers lui, se tord les mains et reprend) Le numéro prend quelque retard suite à un problème technique, mais, monsieur, madame, ne vous inquiétez pas, vous allez en avoir pour votre argent, foi de Grizbatoruc (il se tourne vers la coulisse cour et crie) On enchaîne, musique, musique des serpents c'est l'heur d'Ania qui commence ! (un air de flûte enfantin sort des hauts parleurs, M. Grizbatoruc recule pas à pas vers la coulisse, fait une dernière révérence et sort).

Le rideau du castelet s'ouvre laissant apparaitre Ania. Elle semble très lointaine, elle tient un sac de toile dans la main droite. Fermé par une corde épaisse, le sac est presque aussi gros que la jeune fille. De sa main gauche elle ouvre le sac puis fait un pas en arrière, elle articule un mot inaudible avec ses lèvres. Aucun son ne sort de sa bouche. Du sac entrouvert sort un serpent qui grimpant vers …./ à développer, à trouver... Le numéro se fini par Ania mordu ? L'ambulance et les ambulanciers ? Le technicien mordu ? On verra ça plus tard... Le rideau du castelet se ferme.


L'année se termine, l'année recommence. Mes mots se sont faits rares, mais ne me reprochez pas mon silence vous qui lisez en silence. Je sais, ce lieu est anonyme, on y vient, on y lit, on en repart doigt sur la bouche, tout doucement. Parfois je regrette votre silence. Parfois je voudrais converser avec ceux qui lisent et qui se taisent mais, en aurais-je le temps, pourrais-je assumer cette présence virtuelle ? ? ?
L'année se termine et, marionnettes et bureaux rangés, nous avons posé une semaine de congé. Rangé les dernières paperasses, rangés les aciers, rangés les velours, rangés  les bancs et les lumières, rangés... Fermée la porte du bureau, éloignant mes pas de la rue de l'arbrisseau, nous reprenons le 5 janvier et les premières semaines s'annoncent "au pas de course". Rendez-vous et chantiers de création, ateliers et constructions de tournée d'été, animations de rencontres et de formations diverses, nous n'aurons pas une minute pour nous poser.
Je l'ai peut-être déjà écrit mais s'approche le moment de vérité, le moment clé, "ça passe ou ça casse". L'année 2009 s'annonce corsée !
Sur la base des expériences menées depuis 1998 (10 ans !!) , j'ai écrit un plan de développement sur 4 ans, déposé des dossiers et maintenant, jusque février, nous allons attendre les réponses des partenaires de ce développement.
En somme dans un an, à la fin de l'année 2009 nous saurons qui nous sommes et avec qui nous le devenons. Vacances, pour l'heure il s'agit de se reposer, et si je n'arrive pas à me déconnecter, je sais que le changement d'air fait du bien (la méditerranée...).
Mais en cette fin d'année, nous ne devons pas oublier !! Si l'époque est sombre, il nous faut chercher la lumière au plus près ; si l'époque est sombre nous devons être la flamme et la chandelle. Si l'époque est sombre, nous ne devons pas abandonner.
Fabrice Levy-Hadida - Cie Les Mille et Une Vies - Théâtre de Marionnettes Itinérant
Madame, Monsieur, lecteur,
La Cie Les Mille et une Vies
recherche un secretariat de production (poste temps partiel CAE)...
Ci dessous vous trouverez copie de l'annonce ANPE
Dans le cadre de ce poste en CAE nous souhaitons utiliser la formation continue pour  tenter d'intégrer durablement...
Pour info : Nos bureaux sont dans un quartier difficile (âme sensible s'abstenir)
Fabrice Levy-Hadida
Cie Les Mille et une Vies
BP 70342
59020 LILLE CEDEX



OFFRE NO : 578754U
(CAE) CONTRAT ACCOMPAGN. EMPLOI
ETABLISSEM ENT DE 1 OU 2 SALARIES      SECTEUR:AUTRE CREATION ARTISTIQUE    
RECHERCHE POUR UN CONTRAT A DUREE DETERMINEE     DE 06 MOIS
HORAIRES: 20H00 HEBDO
LIEU DE TRAVAIL :  59 LILLE
SECRETAIRE DE PRODUCTION (SPECTACLES) H/F
PRODUCTION/DIFFUSION SPECTACLES DE MARIONNETTES CONTEMPORAINS. ASSURE
SECRETARIAT, STANDARD, COURRIER, ORGANISATION ADMINISTRATIVE ET COMPTABILITE (ACHATS, RELATIONS FOURNISSEURS, ETAT DES RECETTES, APPELS A COTISATIONS, PAIEMENTS...) CONNAISSANCE ENVIRONNEMENT SOCIAL SPECTACLE
FORMATION : NIV. 5 (CAP, BEP)  S. A. COMPTA  SOUHAITE
CONNAISSANCES: PRATIQ. TRAIT.TEXTES EXIGE
PRATIQUE COMPTABLE   SOUHAITE
EXPERIENCE SOUHAITEE DE 02 ANS ADMINISTRATIVE, COMPTABLE, SOCIALE  
SALAIRE MENSUEL  DE      755 E            SELON GRILLE SYNDEAC (TAM) INDICATIF                                
ENVOYER VOTRE CV PAR MAIL  ET LETTRE DE MOTIVATION            
 
ASSOCIATION LES MILLE ET UNE VIES                            
 MAIL: lesmilleetunevies@wanadoo.fr

La Cie Les Mille et une Vies prépare sa carte de voeux
que pensez vous de la pré-illustration de Fredéric Levy-Hadida (tiens, ce nom me dit quelque chose)...




Papier écrit il y a quelques jours, je ne l'ai pas mis en ligne, doutant de sa capacité à faire sentir les gris entre noir et blanc. Aujourd'hui j'essaie et demain, peut-être reviendrais-je sur mon avis et le mettrais-je à la corbeille. Photos retravaillées pour illustrer. Pas de voitures brulées , j'en ai assez. Quelques nouvelles du silence, avant que décembre déroule son fil. A ce moment, pris dans les affaires courantes, entre écriture et gestion, je délaisserai peut-être cette chronique. Vous vous souvenez, je l'ai déjà écrit ici, notre équipe a posé bureaux, atelier et stockage dans un quartier dit «difficile». Je vous ai souvent raconté les déboires de la boite aux lettres ; battues et rebattues, porte régulièrement défoncée ; dernièrement n'en pouvant plus, inquiet du chemin de moins en moins sécurisé que parcouraient lettres et autres courriers j'ai ouvert une boite postale. Il y a quelques jours, arrivant au bureau nous trouvâmes le mur nu de notre vieille boite aux lettres. En acier, soigneusement arrachée, la boite telle un œuvre pliée, était délicatement posée devant notre porte. Début novembre nous avons intégré un nouveau salarié. Nouvelle salariée pour être plus exact, et par ses yeux, je redécouvre le quartier dans lequel nous sommes installés depuis plus de 3 ans. Ancien commissariat de quartier, nos locaux comportent une partie bureau et une autre atelier. Ces locaux petits mesurent environ 60M2 ; avec le temps nous les avons rendu confortables. Petits, il seront bientôt trop petits, et notre équipe, quand nous voudrons l'agrandir, sera à l'étroit. En 2009 nous espérons pouvoir intégrer deux nouvelles personnes, mais pour l'instant le loyer modéré, m'empêche d'envisager sereinement le déménagement.

Pourtant, installés en 2005, dans des locaux abandonnés quelques mois plus tôt par les policiers, nous n'avons jamais eu de problème avec le quartier ni ses habitants. C'est plutôt avec bienveillance que nous avons été accueillis. Quand nous avons sorti le castelet, quand nous avons occupé le square de l'épi de Soil ou la plaine de l'arbrisseau, quand nous avons ouvert nos portes, c'est avec chaleur qu'on nous a remercié. Quand nous avons éloignés nos activités, c'est avec régularité que les enfants sont venus nous demander si nous recommencions, quand nous recommencions ? Pour nous, dans ce quartier «difficile» la vie a été somme toute « facile ».

Entourés de barres hautes, nos locaux font partie de la cité de la briqueterie, et les jours et les nuits n'y sont pas faciles à vivre. Les habitants que nous croisons sont devenus nos voisins. Souvent ils nous reconnaissent et avec certains nous échangeons quelques phrases. Beaucoup de nos voisins travaillent et ont des vies de famille mais d'autres, nombreux apparemment semblent malheureusement exclus de la vie active. Dans ce quartier, les travailleurs de l'ombre sont apparus. Mon regard avec le temps s'est habitué à glisser et à ne plus voir certaines choses. C'est parce que nous intégrons une collaboratrice que ma conscience en vient à ré interroger mon regard. Salariée intégrée le 3 novembre, mi novembre, elle nous avoue qu'elle a du mal à envisager travailler seule dans ce quartier, dans notre bureau où elle se sent trop peu sécurisée. L'aventure s'arrête là pour elle, nous cherchons un nouveau missionnaire. Dans quel monde vivons nous ? Un monde qui ne voit pas qu'en son sein, repose une misère dont il faut bien reconnaître qu'elle est inadmissible. Un pays riche en faillite qui abandonne ses habitants les plus pauvres, voilà le sentiment qui m' habite quand je vois certains de ces enfants délaissés, ces ballets nocturnes, cette misère.

Travaillant dans ce sous-quartier , le Sud du Sud (Lille-Sud), nous nous sommes contre toute raison habitués aux vies brisées que nous croisons au quotidien. La misère sociale, en hiver est plus frappante, et si tous les habitants ne s'y livrent pas, l'économie parallèle et la débrouille (pour finir des mois difficiles dès le 1er du mois) semblent faire nids douillets de ces conditions de vie. La nuit tombée, une fois les familles enfermées dans leurs appartements commencent alors ballets de voitures et de silhouettes qui encombrent les 500 mètres de la rue. La nuit la rue donne le sentiment d'être abandonnée de tous et il n'est pas rare après une représentation, déchargeant le camion, que nos phares éclairent les frêles silhouettes encapuchonnées qui assument la vente à la dérobée de produits interdits et stupéfiants.

Ils sont de plus en plus jeunes, ceux qui prenant le chemin de l'école buissonnière, semblent rejoindre le terrain de l'inactivité ou les rangs des armées de l'ombre ; guetteurs et souris, jouant avec le chat policier qui ne pointe que rarement ses moustaches et qui, se comportant comme dans les ghettos, opère en rafle tant il est décrié, mal aimé et même visé avec des projectiles de fortune. Si comme le disait un Ministre de l' Intérieur, la tâche de la Police n'est pas de jouer en rugby avec les jeunes, pour autant je n'arrive pas à être convaincu qu'on réussira à se défaire de la misère sociale en transformant le policier en bras armé mettant en état d' hors jeu tous les enfants que la médiocrité des moyens accordés aux quartiers, laissent sur le côté. Même en enfer, un enfant n'est qu'un enfant.


L'enfer est chaud, l'enfer est feu et dans cette rue, dans ce quartier, le matin venu, il est fréquent que les camions d'enlèvements d'épaves fassent leur travail. Pas une semaine sans que nous les croisions, ces camions chargés d'enlever voitures abandonnées et autres carcasses brulées et à ce moment, je ne peux m'empêcher de penser que dans les statistiques ce quartier doit tenir le haut du pavé.

Le Sud du quartier de Lille-Sud est promis, à une transformation et à une réorganisation et déjà architectes et paysagistes sous l'autorité des élus ont tiré les premiers plans de ces modifications. Ces dernières semaines, j'ai assisté à des réunions, organisées par la Ville de Lille qui définissent les contours de ces transformations. Assis dans les salles, écoutant les projets, je me suis demandé comment le projet réussira à transformer le quartier ; comment la paix sociale remplacera la misère ; comment le projet composera avec certains des occupants du quartier ?

Mais lorsque je croise et j'entends ce que me disent instituteurs, professeurs et quelques rares survivants des services publics, j'ai l'impression que délaissés, ils se sentent maintenant aussi pauvres que ceux auprès desquels ils doivent travailler. Si au centre du quartier, les locaux sont rénovés que les moyens parviennent à réduire la fracture, pour les écoles situées au Sud du Sud, le sentiment général est l'abandon et que les moyens octroyés ne sont pas à la hauteur de la tâche et des besoins. L'école ne peut tout et, la vie sociale dans ses quartiers manque de lieux et d'acteurs. Des entreprises installées angle rue de l'arbrisseau et rue de Cannes, dans une sorte de petite zone industrielle avait un parking ouvert sur les deux rues, il y a quelques semaines, empruntant le parking par la rue de Cannes, je me trouvais en arrivant coté rue de l'Arbrisseau face à une grille cadenassée. Les structures installées là ont du en avoir assez des difficultés quotidiennes, alors elles ont fermées l'accès.

Vendredi en 15, alors que je travaillais à mes dossiers, un appel téléphoniques me tira de mes constructions prévisionnelles et me ramena à ce sud du sud. Un enseignante de l'école Wagner, située à deux pas de nos locaux me demandait si nous pouvions nous voir, pour imaginer un projet. Après lui avoir débité mon laïus sur nos rapports avec la Ville de Lille et, le choix que nous avons fait lorsque nous sommes aperçus qu'elle nous entretenait dans la misère d'en éloigner nos actions, nous échangeâmes, plus humainement nos points de vue. Enseignante et artiste, tous deux plongés dans une misère que nous ne comprenons pas, que nous voulons combattre. Alors, oui pour l'instant installés dans ce quartier, nous allons essayer avec d'autres acteurs de proposer, à la hauteur de nos moyens des actions qui réduisent la fracture. Mais nous n'irons pas très loin et cela ne suffira pas de plus, un jour viendra ou il nous faudra partir et cela sera un acteur de moins sur le quartier et, quelques soient les explications que peuvent me donner élus ou techniciens, je ne comprends pas que certaines partie de la Ville (Lille ville décrétée de la solidarité) ,  de la France et que certaines de ses populations soient laissées dans un tel état d'abandon et de misère. La France n'est-elle pas un pays développé ?

Recommencer, il me faudrait recommencer. Plus rapidement que ce que j'aurais pu imaginer, j'ai perdu l'habitude de raconter, de tenir chronique. Ah ! Notre quotidien ça s'est passé simplement, s'est transformé ; un jour j'étais perdu dans les multiples histoires à raconter, sans savoir sur quel fil tirer, j'ai tourné le dos et je m'en suis allé, j'ai avancé, me fiant à mon instinct (d'autres diraient mon nez), j'ai erré sur d'autres chemins. J'aurais pu, ici ou là revenir mais, petit à petit ce désengagement a permis d'autres engagements. Qui m'ont pris du temps. Engagements, sur lesquels j'ai concentré mon attention. Recruter, construire, écrire, produire... et j'en oublie.

Espace de blog, intimes pensées données à lire je ne voulais pas t'oublier.

Jour après jour, voir la boite aux lettres à la porte défoncée et le dire.

Instant après instant se poser la question de ce que nous sommes et l'écrire.

Heure après heure se battre pour exister et le crier.

Mois après mois, construisant notre histoire, nous assurons notre avenir.

Année après année, le temps passe plus vite que ce qu'on voudrait.

Mon projet artistique, avec le temps est devenu un projet d'entreprise. Un projet d'entreprise qui permet à d'autres que moi de vivre, de grandir, de prendre plaisir. Presque fini d'écrire mon Business plan, plan de développement 2009-2012, 2012-2020. Jamais avant ... Penser que cela arriverait !

Je vois les jours, je pense les nuits, cet espace n'est pas silencieux. Pas toujours. Pas aujourd'hui. Alors, quelques mots, une photographie, l'engagement de revenir vite et vite, retourner au silence dans un monde où chacun tente désespérément d'attraper le micro. Si dehors j'organise les pensées, quand j'arrive ici, c'est plein de fatigue et de rancune, de fiel et de miel. C'est cela que j'aime ici, alors, ne m'en voulez pas pour le silence... Vous le lisez, mot après mot je présente mes contradictions, je lance mes coups de cœur. Journal ou chronique, le blog c'est pas demain que ça ferme. Même si le rythme d'écriture est moins soutenu qu'en d'autres temps, ce lieu continue son aventure. Je reviens, chut...


Fabrice Levy-Hadida
Cie Les Mille et une Vies
Théâtre de Marionnettes itinérant
Photo : premières image des Grizbatoruc, une famille de marionnettes
Jours passés à courir après le temps, ici dans le nord entre froid le matin et soleil qui arrive plus tard. Je découpe mes journées de travail en tranches pas toujours égales ; tranche d'écriture, tranche de production ou d'administration, tranche de recherches dessinées ou en volume... Il m'arrive de me perdre entre deux tranches et de partir à la recherche d'un de mes visages ; heureusement que nos locaux ne sont pas très grands. C'est plus difficile, lorsque sur la route d'un atelier ou d'un rendez-vous...
Pour notre nouvelle création (Le dernier spectacle des Grizbatoruc Par le Théâtre de marionnettes Moderne de Karlovieztlav / Une famille de Marionnettes (Titre provisoire long )), nous voulons encore une fois créer une forme itinérante et autonome qui parte, dès l'été 2009 dans les jardins, salles de fêtes et autres refectoires, à la rencontre du public. Mais à la différence des spectacles précédents, nous voudrions que cette "forme itinérante" soit le ferment d'une "forme salle" qui (ré)occupe l'espace scénique. Une "forme salle" sans castelet que nous produirions en 2010. Si depuis le démarrage de la Cie Les Mille et une Vies, j'ai fait le choix de l'autonomie et du Théâtre de marionnettes Itinérant, ce choix m'impose des contraintes ; contraintes que
j'accepte, défends et que j'aime parce qu'elles sont autant d'espaces de libertés. Mais je voudrais dans un deuxième temps de cette nouvelle création, me coller à d'autres contraintes, d'autres choix, celles de la scène et travailler dans des conditions d'implantation technique idéales.
Pour la production de la première étape je suis assez optimiste. En effet, nous avons avec le temps solidifié nos relations avec les partenaires institutionnels et avec les réseaux de proximité. Je pense donc que nous réussirons, entre financements publics et diffusion (en nous appuyant sur nos tournées) à produire notre projet.
Mais, pour le retour aux scènes « traditionnelles », il nous faudra trouver des partenaires, dans les réseaux culturels. Face à eux, je sais que nous risquons aujourd'hui de rencontrer les mêmes difficultés que celles que nous avons rencontrées hier. Faire entendre que le travail que nous réalisons dans la proximité induit des contraintes que nous acceptons et avec lesquelles nous travaillons... mais qui ne sont pas les mêmes que celles que nous subirions dans un lieu destiné à la création ou à la diffusion de spectacle vivant. Depuis quelques semaines, nous avons commencé de travailler à la production de notre nouveau spectacle et à la recherche de partenariat. Dès la production de la première étape, nous avons voulu essayer de rencontrer les partenaires culturels avec lesquels nous aimerions travailler demain. Et dans ces premiers jours de rappel téléphonique après envoi de dossier, je sens qu'encore une fois, il va falloir que nous nous battions, que nous poussions les murs et que nous inventions notre territoire.


Pour La Cie Les Mille et une Vies - Fabrice Levy-Hadida - journal d'une création

PS : Attention le yeux, changement de fond, je n'en pouvais plus du noir....
Plongé dans l'écriture du nouveau spectacle, Le dernier spectacle des grizbatoruc par le Théâtre de Marionnettes Moderne de Karlovieztlav / Une famille de Marionnettes (Titre provisoire), je n'ai pas dérogé à certaines de mes règles intérieures. Il me fallait d'abord imaginer le lieu. Ce n'est qu'une fois posé ce premier morceau de cadre , la page grisée, que les premiers mots sont venus. La dispute est apparue comme un point de départ idéal. Y repensant, ce n'est pas différent de ce que j'ai fait précédemment. Oui, la dispute pour commencer l'histoire, cela pourrait être une autre de mes règles. La dispute, dans  Les Aventures de Germain Lenain, né dans l'oralité c'est ainsi que ça commence aussi. Dispute encore, dans Seul(s), de la même manière, la voix du fantôme ne cessait de reprendre l'être. Dispute, plus dernièrement, écrivant La chambre (de Zette), c'est entre mère et fille que je l'avais fait naître. Oui, le conflit est à la base de mon petit monde de poupées. Humaines, tellement humaines qu'elles savent se battre avant tout autre chose.
Dans me règles, il est aussi écrit que le bureau doit être propre ; malgré cela, cette règle là, je n'ai pas su l'appliquer et j'ai du accepter les cendres et autres saletés que mon humeur m'imposait.
Mot après mot, le combat a vu le jour. Entre deux frères, comme celui biblique qui opposa Abel et Caïn, mes deux personnages, Viteï et Youri Grizbatoruc se chamaillent. et quand ils en arrivent aux mains, c'est loin des yeux du spectateur. Si l'oeil ne voit pas, l'oreille saisit ; de la coulisse tout s'entend. ...mais comme ils étaient dans les champs, Caïn se jeta sur son frère Abel, et le tua...
Vendredi soir, quittant le bureau, nous avons croisés sur la route un matelas de mousse abandonné. Cette matière première inestimable était trop grande pour le coffre de la voiture ;  je m'empressai de sortir un couteau pour réduire le bloc aux dimensions qui me convenaient. Pendant cette opération, à plusieurs reprises, mon regard à croisé celui de conducteurs, hommes et femmes dans lesquels j'ai cru lire des mots attachés en phrase il y en a des dingues... Mais, c'était en moi que la phrase fleurissait.
Queue de Pie et chapeau haut de forme, mes personnages, montreurs de marionnettes et autres objets sont violents et démodés. Ce qui m'amène à me demander si je ne le suis pas autant qu'eux... Oui, je dois être comme mes personnages de mousse.
Mousse sculptée, quel mot pour te dire ?  Marionnette...
Pour La Cie Les Mille et une Vies, Journal d'une création, Fabrice Levy-Hadida
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