MARIONNETTES EN PRISON un blog
Cie Les Mille et une Vies - Théâtre de Marionnettes Itinérant
Mario en Prison
:
Marionnettes en Prison
:
La "Cie Les Mille et une Vies" a été créé à Lille (59) en 1998. En 2006, autour des interventions qu'elle menait dans 2 Maisons d'Arrêt, la Cie
a ouvert ce journal de bord. Avec le temps ce blog s'est ouvert à l'ensemble des activités de la Cie et est devenu le journal (presque intime) du Théâtre de Marionnettes Itinérant. Dans ce lieu nous pouvons vous raconter nos spectacles et ateliers, les joies et les déboires d'une Cie Contemporaine et des ses artistes permanents.
Nous avons vu tellement de jardins, nous avons parcouru tellement de
kilomètres et mon cerveau ne sait plus délier le vrai du faux. Demain, très vite, le 3 juin, nous nous installerons à Calonne Ricouart. Dans mon atelier (qui est aussi une salle de réunion, qui est
encore un bureau), les marionnettes se construisent. Les Grizbatoruc, fils après père, voient le jour. Ce n'est pas comme nous ! Mille et une Vies, hommes et femmes, tous enfermés dans un ancien
commissariat. Travaillant aujourd'hui, tous volets baissés ; dans le noir même quand il fait beau. Oui, ce n'est pas comme nous... Nous sommes cinq, bientôt six et je ne sais toujours pas si en
cette sombre période, je fais bien de suivre mon plan de développement. Nous sommes cinq, bientôt six, et je ne sais dire si mon angoisse est raisonnable. Nous avons marché dans les jardins des
villes et villages; il faisait beau. En repérage pour l'été, nous avons croisé de nombreux cortèges, mariages ou communion, c'était hier. La tournée d'été s'annonce belle. Du 3 juillet au 16
août, 18 villes, 3 spectacles et des invités surprises. 22 mai, je vois l'été arriver, la tournée s'annonce belle.... Premier paysages en panoramique, les suivants arrivent ; imaginez public et
Théâtre de Marionnettes Itinérant.. Imaginez l'été...
Fabrice Levy-Hadida - Cie Les Mille et une Vies - Théâtre de Marionnettes Itinérant Panoramique Auchy-les-Mines - La famille Grizbatoruc en
construction - Photos et Montage- Cie Les Mille et une Vies - FLH
Ca se ferait comme ça, de plus en plus au
rabais, sans moyen, presque en cachette ! On institutionnaliserait ça ; cette façon de créer la ! En réduisant toujours un peu plus les moyens dédiés à la création, on ne s'en rendrait pas compte
et puis un jour, comme pour certains autres arts, l'artiste ne serait plus au coeur !Tout le monde serait artiste et à chacun de prouver son talent ! Les
producteurs feront leur marché, décidant ce qui doit être et ce qui n'a pas lieu d'être financé. C'est déjà un peu le cas, ça le sera plus encore demain ! Tentant de travailler à la création de
notre nouveau spectacle, continuant jusque au dernier instant de réunir les moyens de sa production, je me trouve confronté à une réalité bien triste ! Entre ceux qui se cachent et utilisent les
moyens que leurs donnent l'intermittence, entre ceux qui se disent que créer n'est pas bien difficile, qu'une idée suffit, entre ceux qui aspirent de gros budgets pour faire vivre leurs murs, entre
ceux qui disparaissent, l'époque n'est pas à la joie pour la création.. Qu'y puis-je ? Me battre et respecter ceux avec qui je travaille ! Les traiter dignement et payer les répétitions, cela me
semble un minimum et si je n'arrive pas à réunir ce minimum, alors je ne fais pas. Mais dans le milieu de la création contemporaine, du spectacle vivant, tous ne procèdent pas ainsi ! Mais dans ce
milieu certains ont des projets tellement géniaux que cela leur semble normal que la solidarité les finance ! Mais comment les politiques culturelles ont-elles laissé se construire un foutoir si
peu créatif ? Pourquoi les politiques culturelles, de notre état, de nos régions, départements et villes, n'ont-elles pas tenté d'organiser cela ? Sommes-nous les premiers fautifs, équipes
artistiques qui n'avons pas su donner à nos partenaires institutionnels les outils de l'organisation ? 14 mai 2009, nous entrons en résidence de création dans quelques jours, je n'ai pas fini de
constituer mon équipe. 14 mai 2009, je constate que dans l'ensemble de nos activités de Théâtre de Marionnettes Itinérant, c'est bel et bien la création qui est peu (pour ne pas
dire "pas") financée.
14 mai 2009, le 30 mai notre équipe permanente sera composée de 5 personnes.
14 mai 2009, le 3 juin l'équipe permanente sera rejointe par 2 interprèteset 2 techniciensintermittents.
14 mai 2009, le 3 juin nous occuperons la salle multi accueil mise à disposition par la Ville de Calonne-Ricouart.
14 mai 2009, après une série d'avant première, du 3 juillet au 15 août, nous serons en tournée d'été.
14 mai 2009, cette année "La marionnette près de chez vous édition 2009" passera par 18 villes dans lesquelles nous jouerons "Les Aventures de Germain Lenain",
"La chambre (de Zette)" et "Le dernier spectacle des Grizbatoruc".
14 mai 2009, vous l'imaginez, je sens l'angoisse grimper !
Fabrice Levy-Hadida - Cie Les Mille et une Vies - Théâtre de Marionnettes Itinérant
2009, année folle, époque difficile, le temps est en crise ! Et nous, Cie Les Mille et une Vies , Théâtre de Marionnettes Itinérant tentons d'avancer dans notre
plan de développement. Parce qu’en 2008, arrivant à dix ans d’existence, nous appuyant sur l'expérience que nous a donnée le temps, nous avions prévu d'entrer dans une phase de développement
jusqu’en 2012 (les moyens, l'équipe, les partenariats). Aujourd'hui, avec nos partenaires territoriaux (Artois Comm., SIRA), nous continuons d'avancer sur cette
voie mais parfois l'angoisse me saisit. Nous travaillons avec des partenaires institutionnels, qui pour certains sembllent saisis de cécité ; la DRAC (Direction Régionale des
Affaires Culturelles), pour ne nommer qu'elle, alors que nous travaillons professionnellement, que nous développons une équipe permanente, que nous diffusons nos créations, que nous touchons
des publics éloignés des équipements, la DRAC a donc décidé de ne pas aider notre projet de création. Ils voudraient nous mettre en difficulté qu'ils ne procéderaient pas
autrement. Malheureusement, cette administration ne veut pas être transparente et lorsqu'elle rejette notre dossier nous n'avons aucun recours... Si nous l'ouvrons, si nous râlons, nous risquons
de condamner le financement de nos projets futurs...
Le Ministère de la Culture a participé à construire des équipements, finance les équipes de
permanents de ces lieux (administratif, communication et technique) et pour l’œuvre qui doit toucher les publics et occuper ces lieux, il ne reste plus grand-chose, les miettes de son
budget….
Mais il n'y a pas que le Ministère de la Culture et ses DRAC ; avec d'autres administrations
c'est la même chose ; elles râlent sur le secteur culturel et plus particulièrement sur les acteurs de création qu’elles considèrent peu ou pas assez structurés à leur goût ! Mais certaine de ces
administrations restent rigides dans leur fonctionnements et opaques dans leurs procédures. La plupart du temps, elles refusent que nous (acteurs) les rejoignons pour ensemble réfléchir à
construire des critères d'attribution et d'évaluation objectifs... C'est vrai, juger la qualité artistique est souvent un jugement subjectif mais d'autres critères peuvent permettre une étude
plus juste des projets. Territoires touchés et publics, durée de la structure, du projet, professionnalisme de son équipe, des outils et des moyens dont elle dispose... Cette liste n'est pas
exhaustive mais jusqu'à présent, pour les équipes de création indépendantes il a été difficile (pour ne pas écrire impossible) d'intervenir dans les modalités d'attribution et de faire entendre
leurs voix aux tutelles et institutions qui travaillent dans leur coin. Au final on peut avoir le sentiment que les tutelles utilisent les moyens collectifs comme un portefeuille personnel. Et
voila comme une politique culturelle se transforme en politique d'aménagement territorial. On construit des équipements sans se soucier des contenus qui l'occuperont. On demande à tel équipement
d'assumer la production déléguée de telle création, on réduit la poilitique culturelle d'un territoire à la construction d'une programmation...
Ca y est, on marche sur la tête, certains élus, utilisent leur temps de parole au Conseil Municipal pour
donner les chiffres de fréquentation et annoncer les prochains évènements ; ils ne se rendent pas compte de l’aberration ; oui, l’époque est folle, on confond politique culturelle et
programmation culturelle.
Demain chaque village aura son lieu… et tout le monde sera artiste (amateur)…
Mais Monsieur, que voulez-vous ? Vous pourrez vous donner à voir, et ne plus danser sur la table comme vous
le faisiez jusqu’à présent ! Vous voudriez qu'on vous paye ? ET bien tendez le chapeau !
Ils ont construit et continuent de construire des équipements, ils ont salariés des équipes de permanents
(administration, production, communication et technique) et pour l’œuvre qui doit occuper ces lieux, il ne reste plus grand-chose….Pauvre démocratisation culturelle !
Entrée en matière rude ? Je voulais ici dresser le contexte avant d'aborder la suite :
Quoiqu’il en soit, aujourd’hui 25 avril alors que la Cie Les Mille et une Vies est entrée
dans la phase active de son développement (création, mise en oeuvre des actions...), que de nombreux dossiers ont été déposés, nous démarrons nos actions sans avoir les réponses de nos partenaires institutionnels ; et si après-demain, comme la DRAC,
Région, départements et autres partenaires de nos projets rejettent nos demandes nous pourrons mettre la clé sous la porte et licencier l’ensemble de notre personnel (celui déjà présent (4
personnes aujourd'hui) et celui que demain nous prévoyons d’employer (4 à 5 personnes demain) ) . Si un lecteur sait analyser la logique de nos administrations en ces temps de crise, qu'il ait la
gentilesse d'éclairer ma sombre lanterne...)...
Si vous voulez prendre ce risque, si notre projet et sa précarité vous tente, si votre précarité actuelle est
plus grande que celle que nous vous proposons,
en suivant les liens vous pourrez découvrir les postes que nous ouvrons et qui viendrons compléter l’équipe
actuelle
ici, un poste en Contrat d'Accompagnement à l'Emploi - CDD AGENT de Médiation
Attention, les candidatures sont à envoyer au pôle emploi (avec la référence de l'offre en objet) qui me les
transmet ensuite...
Par ailleurs, ces postes seront en priorité pourvus par des gens résidant en Région Nord/pas-de-Calais ; en
effet, les postes ouverts (durée, CDD, salaire...) ne me permettent pas d'envisager sereinement un déplacement de compétence d'une région éloignée...
Fabrice Levy-Hadida - Directeur - Cie Les Mille et une Vies - Théâtre de
Marionnettes Itinérant
Faut que ça sorte... Crache ta bile ! Des fois, des jours on se réveille avec le
ventre serré et tant que c'est pas dit, pas crié, rien à faire, ça reste là à ennuyer les boyaux, à torturer la cervelle... Alors on se dit qu'il faudrait mettre des mots, et puis, et puis on se
rend compte de l'impasse ; des mots, oui, mais lesquels ? La langue tourne dans la bouche et tout le fatras qu'on a à l'intérieur n'arrive pas à s'organiser. On ferme les yeux, on se dit que ça
va venir... Mais rien, non rien qui soit clair ne vient. Alors on dort dessus et le matin venu, on se rend compte que c'est pareil. Et quand c'est pas pareil, on se rend compte que c'est pire
encore, pire que la veille ; que les mots ne se sont pas organisés, que la pensée est trouble, que rien à dire, rien à faire, il faudra encore dormir dessus. Mais de jour en semaine, rien ne
s'arrange. On a pas réussi à construire l'ossature du texte, les mots luttent contre la réalité qui nous tracasse.
Et puis un jour, rentrant d'une journée fatigante on se jette sur le clavier et on charge les doigts d'organiser les choses, la pensée. Je sais, l'image ne dit rien mais, c'est bien ainsi que les
doigts la ressentent. Sans pensée, ils se mettent au travail ; dur labeur que celui d'organiser une pensée inexistante. Alors, ils cherchent le commencement ; il se disent que dire cela, dire
l'embarras serait une bonne chose, que ça ou autre chose de toute façon... Et puis ils se disent (les doigts) que lorsque plus tard viendra le temps du lecteur, que ça se
corsera…
Je recommence, ce n'est pas bon !
43 ans aujourd’hui, bientôt 44 et plus de vingt ans que je pratique un métier fascinant dans lequel chaque
jour est un jour . Métier étonnant qui fait rêver les enfants et amène les adultes à m'interroger :
- Et pour vivre tu fais quoi ?
- Marionnettiste ? On peut en vivre ?
Ce métier on le choisit et avec le temps dans sa pratique on s'affermit. Je n'ai pas fait d'école, si ce n'est celle du temps. Aujourd'hui je me rends compte
que j'ai construit ma vie autour de cet art dont je n'avais qu'une connaissance floue lorsque j'ai commencé. Avec passion et patience j'ai fait de ce que je ressentais un métier. J'ai eu besoin
de temps. Du temps et du travail. De la sueur et de l'acharnement. J'ai eu besoin de choisir une vie difficile ! J'ai refusé de travailler pour autre chose que cet art. Je me suis imposé un autre
travail, geste quotidien, une gymnastique aride. Il m'a fallu avoir faim. Aujourd'hui, regardant mon passé, je constate le vide dans les assiettes. Je me demande de quoi j'ai vécu ? S'il me
fallait juger la qualité du temps passé, en comptant mes points de retraite tranquille, j’aurais passé de sales jours. A l’âge de la retraite, il me faudra travailler ! De cela, même si j'en
ai bien peur, j’en suis sûr aujourd’hui ! Mais ce temps passé a été nécessaire pour sentir que mon geste artistique se professionnalisait. Dans cette construction professionnelle et
pratique, le temps a été à la fois l'allié et l'ennemi. Le temps nous fait douter, le temps nous conforte, le temps légitime le geste, le temps qui nous reste n'est pas une éternité, le temps est
compté. Encore aujourd'hui, le temps est compté !
Fabrice Levy-Hadida -
Cie Les Mille et une Vies - Théâtre de Marionnettes Itinérant
Les images qui illustrent les mots sont issues du projet scénographique de François Lestrade pour notre
nouvelle création Le dernier spectacle des Grizbatoruc. Projet de structure en forme d'aréne, nouveau castelet et Théâtre d'images de 7 M d'ouverture, de 4M de Hauteur et 4M de
profondeur...
Le dernier spectacle des
Grizbatroruc, Par le Théâtre de Marionnettes Moderne de Karloviestlav - Une famille de marionnettes (Titre long et provisoire) est en cours de construction. La production continue, nous
attendons de nombreuses réponses de financeurs et nous devons malgré tout avancer sur la réalisation. Constituer l'équipe, donner au projet les moyens de s'épanouir. De plus, si nous voulons
tenir nos plannings, nous ne devons pas nous laisser arrêter. Dès cet été devrait sortir la première étape de cette création, et après une série d'avant-premières elle devrait occuper jardins et
espaces publics de petites villes. Cette année, la Tournée d'Eté du Théâtre de Marionnettes Itinérant passera dans plus de vingt villes de La Région Nord/ Pas-de-Calais.Vous imaginez la construction ? Aujourd'hui je cours après le temps ! Les marionnettes se
construisent très lentement, j'avance sur des prototype, le texte est à l'arrêt et si M. Grizbatoruc père de cette famille déjantée commence à paraître dans sa petite forme
(1M de haut) il devrait aussi être décliné à une taille avoisinant les 3M de haut... Voici son premier visage, sale tête, sale bête... François Lestrade notre décorateur, commence de travailler sur l'espace scénographique. Pour cette création je veux que nous sortions du castelet et que nous commencions de
construire de nouveaux rapports entre objet et espace public. Je cours après le temps, je vous le répète, il nous faut construire dans la proximité avec des partenaires qui ne saisissent pas
toujours nos enjeux. Nous créons ce spectacle dans le cadre d'un partenariat avec l'Agglomération Artois Comm. avec laquelle nous avons commencé de travailler en 2007 autour de la
création de "La Chambre (de zette)". Et si tous les jours nous avançons et solidifions nos rapports au territoire, il nous faut aussi faire entendre la spécificité de notre
fonctionnement à nos partenaires institutionnels et, je vous l'avoue ici, ce n'est pas tous les jours faciles. Nous attendons la réponse de nombreux partenaires mais déjà, le comité
d'expert de la DRAC a eu un avis réservé sur notre création et la conseillère (nouvellement nommée) a décidé de suivre son avis ; notre dossier d'aide à la Production Dramatique a donc
été rejeté. Bien que nous payons les gens avec lesquels nous travaillons, bien que nous organisions notre travail d'actions artistiques en lien avec nos créations (et parfois avec les moyens de la
DRAC), bien que nous touchions des publics éloignés des équipements culturels, bien que notre spectacle ait devant lui une vie de diffusion fort remplie le comité d'expert a un avis
réservé... Mais sur quoi fonde-t-il son avis ? Quand nous avons sollicité des rencontres, ils sont restés muets... et moi je reste coi... mais j'y reviendrai plus tard.. pour l'heure il me faut
retourner à d'autres tâches... Fabrice Levy-Hadida - Cie Les Mille et une Vies - Théâtre de Marionnettes Itinérant
Les
yeux ne savent plus où donner de la tête. Les Mille et une Vies avancent chaque jour un peu plus vers leur (sombre) épanouissement. Je n'ai malheureusement pas réussi à réduire la
vitesse que l'établissement prend. Ici et là, j'ai l'impression que cela s'emballe dans mon bocal. Essayant néanmoins de prendre quelque distance, je me rend compte que je ne suis peut-être pas
outillé pour cela (que mes freins n'aient pas été livrés à la naissance ou alors, acheté à moindre à moindre coût par mes géniteurs, qu'ils n'aient jamais osé m'avouer toutes les options manquant
à ma réalisation)... Malgré tout, jour après jour, nous avançons vers une longue période de résidence de création. Une histoire est en train de se construire autour de la nouvelle création
"Le dernier spectacle des Grizbatoruc..." et c'est une belle histoire ! Une histoire que nous construisons avec Artois Comm.. Une belle agglomération, un
territoire qui devient le nôtre... Mais entre préparations administratives et de terrains, développement d'équipe, actions artistiques et sensibilisation diverses, j'ai le sentiment de ne plus
avoir une minute creuse. Pourtant un troisième larron, Camille a rejoint l'équipe en mars. Pourtant, on devrait recevoir le renfort d'une quatrième personne en avril ! Pourtant l'équipe
de création, devrait pour la première fois intégrer des artistes complémentaires.. Mais pour l'heure, le temps reste trop court et chaque fois que je choisis de réaliser une tâche urgente, c'est
en abandonnant deux ou trois autres tâches urgentes.
Alors, certains jours la peur et l'angoisse me saisissent. Et si je n'y arrivais pas ? Et si je ne pouvais
pas ? Et quand les questions m'assaillent, pourquoi vouloir développer ce qui fonctionnait si bien à petite échelle ? Pourquoi vouloir développer une équipe et prendre le risque de mettre en
péril ce que nous avions, en petit comité, réussi à faire exister ? A ces questions je n'ai pas le premier élément de réponse ! Face à ces questions je reste sans voix !
C'est ainsi que nous avançons... Vite...Inquiets, heureux, pleins de doutes.. C'est ainsi que Les
Mille et une Vies s'accomplissent !
Pour
ne pas simplifier la tâche, le quartier dans lequel sont situé nos bureaux et petit atelier de construction (Lille-Sud, Arbrisseau) s'embrase. Tous les jours, incivilité et violences, hargnes et
misères... Tous les jours, voitures brûlées et réactions sombres... A voir cela tous les jours, je l'ai déjà écrit, je ne peux que me demander : serait-ce déjà trop tard ? Les enfants voient des
choses que jamais ils n'auraient du voir. Je l'ai déjà écrit, je l'écis encore, serait-ce trop tard ? Il est trop tard ! Les enfants deviennent les acteurs de ce noir quotidien et je n'arrive pas
à me convaincre que tout pourra aller mieux demain ! A cet endroit, dans ce quartier, il aurait fallu une volonté politique. Ici, il aurait fallu, plus qu'ailleurs, une présence forte de la
république. Education et moyens déployés pour enrayer la spirale de la misère et de la haine ! Oui, ici il aurait fallu un pouvoir conscient et aux yeux ouverts. Pas seulement un pouvoir à la
recherche d'un mandat électif. Ici, c'est un de ces quartiers, dans lesquels les uniformes (pompiers, policiers...) se font "caillasser" quand ils interviennent ! Tous les représentants de la
république ! Oui ici, les pouvoirs publics semblent avoir abandonné la partie. Certes, je pourrais déplacer mon regard, mon activité (accueillant de nouveaux salariés qui subissent de plein
fouet ces difficultés du quotidien, je m'en vois presque obligé, si je veux leur assurer un cadre de travail décent) mais pour autant, ces violences et incivilités, ces voitures brûlées et
cette sombre époque ne disparaîtront pas. Je ne les verrais plus mais elles seront la, dans ce quartier là et dans bien d'autres, mûrissant tranquillement (ce n'est qu'un mot) jusqu'à
l'explosion. Ne plus voir, fermer les yeux. Ne plus entendre, ne pas écouter, ne plus entendre, ne pas écouter, ne plus, ne pas, non !Trêve de mots creux, tout s'emballe et le temps qui fait défaut n'est pas pour me rassurer. Regardant autour de moi, les questions ne cessent de
m'envahir et, perdant le nord je ne cesse d'interroger les maigres croyances... Elles réduisent, réduisent à vue d'oeil. Non que je devienne cynique mais bien plutôt que le temps de la rage s'est
transformé...
Pour finir je voulais revenir sur Cassandre ! Cette belle revue a sortie un très beau numéro 76. L'avez vous
lu, l'avez-vous vu ? Vous le savez peut-être, Cassandre a besoin de lecteurs ; les lecteurs, pour une revue comme Cassandre c'est l'assurance d'un avenir alors,
Cassandre ne doit pas manquer de lecteurs. Alors vous, lecteurs de l'endroit, si vous n'êtes pas encore abonnés, faites le !
Et puis, si vous hésitez, allez visiter Micro Cassandre, blog-revue mis en ligne fin
janvier...cliquez ici
Vous n'êtes toujours pas abonnés ? Pas encore abonné ? Cassandre sort un numérto 77 (le
temps des alliances) dont les colonnes sont ouvertes à Gori et l'Appel des Appels... Vous n'êtes toujours pas abonnés ? Toujours pas abonné ? Mais que faites
vous là ? Pour vous punir, si je le pouvais, je vous empêcherai de lire ces lignes mais je ne le peux pas, non je ne le peux pas encore... Peut-être un jour le pourrais-je et ce jour
la...
Fabrice Levy-Hadida- Cie Les Mille et une Vies - Théâtre de Marionnettes Itinérant
Du 18 au 21 février dernier c'était une implantation étonnante. Comme en 2006, quand nous avons sorti notre castelet et que pendant l'été nous avons
proposé représentations et actions de sensibilisation, les habitants du quartier de Lille-Sud ont répondu présents. C'est grâce à la volonté d'une enseignante de l'école Wagner, que notre
présence a été rendu possible. Elle avait croisé notre chemin dans les réseaux plus traditionnels, et s'était dit que, voisins, nous devrions pouvoir rêver ensemble. Elle a eu raison.
Dans ce quartier, entrer dans l'école et changer le quotidien, répond plus qu'ailleurs à une attente. Mais depuis quelque temps, je me demande s'il n'est pas trop tard. Cette souffrance et cette
misère, qu'y pouvons-nous changer avec "notre culture". Depuis quelques temps, j'ai le sentiment que le quartier va mal ; je le vois allongé, criant son désespoir et c'est drôlement désagréable de
se sentir aussi impuissant, de ne voir personne se pencher sur le malade. Nous avions des voisins associatifs qui, à force de déconvenues et de misères quotidiennes sont partis... Quelques uns de
moins, et je nous sens nous rapprocher des derniers, nous ne serons pas les derniers, nous sommes les derniers...Chaque semaine des violences, des voitures brulées, des mots désagréables et des
maux, des maux...
Quand en 2005 nous avons imaginé notre installation dans ce quartier c’est principalement nos activités
administratives (secrétariat production diffusion…) qui trouvaient un toit. En effet, pour une Cie Indépendante dépassant l’age de l’émergence il s’agissait de trouver des locaux qui lui
permettent d’assumer la continuité de son projet. Au delà des actions menées sur le quartier, ces locaux remplissaient idéalement les fonctions susnommées…Avec le temps, des rapports plein
d’humanité ont pu naître dans le quartier. Connus, et reconnus nous avons échangés et grandis dans de bons termes de voisinage avec la majorité des habitants du quartier, avec les structures qui
y sont installées et aussi avec les commerçants de proximité qui continuent d’offrir aux habitants leurs services. A aucun moment, nos salariés ne se sont sentis en dangers et si ici et là,
nous avons pu sentir des tensions dans les échanges, les situations sociales dont nous avions connaissance pouvaient en partie l’expliquer…Directeur d’une association, dont l’objet est la
création de spectacle de marionnettes mon rôle n’est pas de me substituer aux lacunes des services publiques. Certes, je veux pouvoir croire qu’installant nos bureaux et une partie de nos
activités dans un quartier dit « sensible », je participerai à la reconstruction de lien social mais je ne peux être le seul maillon de la chaîne républicaine. Quand nous échangeons
avec nos voisins, habitants, commerçants le désarroi et l’impression d’abandon dominent. Vendredi, j'ai commencé les démarches; nous ne pourrons plus rester très longtemps. Comment pouvons-nous
continuer de travailler, dans un environnement hors règle, hors norme...ce n'est pas possible. Ce matin, un calme étrange régnait dans la rue. Plus de vingt car de CRS étaient là, déploiement et
puis plus rien... c'est trop tard, vraiment trop tard... Les enfants se sont habitués aux bruits de pneus qui crissent, aux échanges illégaux, à une autre économie, à la violence... Avant
les vacances scolaires, pendant notre présence dans l'école voisine, pour régler un différent avec un camarade, un enfant s'était armé d'une paire de ciseau...trop tard, c'est trop
tard.
Fabrice Levy-Hadida - Cie Les Mille et Une Vies - Théâtre de Marionnettes
Itinérant