Si le blog, ces derniers mois n'a pu être tenu à jour... pour autant les ressentis n'ont pas été absents. Ici et là des histoires ont vu le jour, ont été raconté ou pas ; d'autres se sont cassées... Des rencontres, des sourires, des difficultés, des émotions que je n'ai pas pris le temps de (d)écrire. De Lille à Béthune, de Douai à Marles-les-Mines, de Bruay-la Bussière à Maulde , d'Arpajon à Roeulx, à Wingles combien de visages croisés, combien d'histoires vécues. C'est sûr, si j'avais pris le temps de toutes les conter peut-être n'aurais je pu toutes les vivre. Je sais, rien n'est perdu, tout est mal rangé.
Il y a une dizaine de jours (combien de jour ?), nous sommes revenus de Marles-les-Mines, et de cette longue résidence, avons rangé vite (jeté ?) dans les locaux de la rue de l'arbrisseau une partie de notre matériel et avons entamé une série de 26 représentations. En parallèle les actions artistiques et autres ateliers ont continué de dérouler leur fil, rencontres et explorations marionnettiques se confondant parfois. L'esprit fatigué n'a pas de distance. Passant d'un lieu à un autre, d'une identité à l'autre, je perds parfois le calme. Tracée hors régularité l'histoire contée...ne prend pas le même sens, ne constitue qu'une mémoire fragmentée, décousue donc. Cette absence de régularité descriptive vient aussi du fait que de jour en jour nous avons trouvé un rythme de l'émotion et que d'une certaine manière, ne pas nous raconter, nous arrange. En effet, comment dire ce qui est ressenti quand "Aurélie", arrivant de l'IMA dans la classe du collège, les mardis à Douai, nous sert longuement dans ses bras répétant à l'oreille "contente" ? Que dire de ces instants passés avec les collégiens, et ceux de l'IMA ? Que dire de nos interrogations d'adultes ? Que dire du regard de Quentin ? Que dire ? Alors, oui, peut-être que le silence arrange.
A côté de l'émotion, la fatigue empêchait la parole. Lorsque le soir rentré, tard, difficile de plonger dans l'écran, les mains sur le claviers et de (dé)saisir les ressentis. De travail ou de course, de ciel et de terre, kilomètre après kilomètre construisant aussi les routes que nous parcourions, une fois rentré il ne me semblait pas possible de trouver les mots. Alors j'abandonnais au silence difficultés et joies, peurs et vides qui constituaient l'aventure... Mais le temps du silence ne doit pas durer plus longtemps. Je veux reprendre le fil de cette mémoire là, de ce blog là, de ce journal là.
Que dire de ces après-représentations, vidé ? Que dire du corps cassé, de la tête ailleurs, le regard perdu sur la ligne d'horizon ? Que dire des sourires après les représentations faciles ? Que dire de l'émotion après les représentations difficiles, après lesquelles on sent que ce qu'on voulait offrir n'a pas été reçu ? Que dire de ce fouillis ? C'est dans l'écriture que le sens paraît, pas dans le silence. Le silence permet le fouillis.
Page après page, mot après mot, le mot-sens devra revoir le jour, la page.
De ces impressions nous tirerons les lignes de notre histoire. Les belles pages et les mauvaises heures, j'essaierai à nouveau de les raconter. Les peurs et les doutes, les joies et les réussites dans les mots prendront leurs sens.
J'ouvre les yeux, je reprends le dessus, la course continue ; folle, elle est folle. A quand l'accident ? Les émotions se télescopent. Les visages s'entremêlent, ils n'ont pas d'identité précise. Je sais juste que j'essaierai de reprendre le dessus. La régularité fait sens. Alors oui, j'essaierai d'écrire plus souvent, acceptant de me répéter, fatigué, heureux ou malheureux, avec ou sans mot, j'essaierai d'écrire plus souvent pour que le silence ne m'envahisse pas et que cet outil de mémoire reste rangé !
PS communication spectaculaire : La chambre (de Zette)
prochaines représentation dans le cadre du 10 Villes 10 dates avec l'Agglomération de la Porte du Hainaut
29 novembre à Bruille Saint-Amand 15H (scolaires) et 18H (tous publics)
30 novembre à Wasnes-au-Bac 15H (scolaires) et 18H (tous publics)
Renseignements et Réservations Porte du Hainaut service Culture 03 27 09 92 27



Il y a
des moments, des moments comme ça... Je sens que ça monte, un drôle de sentiment, une aversion, des pensées multiples et contradictoires, une ralerie intime alors, faut que ça sorte... Je sais, je
devrais pas. Je devrais tenir ma langue, l'attacher, la couper, coller mes lèvres, me taire ne pas l'ouvrir et, pourtant ça sort, ou, plutôt, faut que ça sorte...
Tellement simple, tellement
fragile... Le théâtre de marionnettes itinérant que nous pratiquons est contemporain et ancien à la fois. J'ai le sentiment qu'il est un fil tendu entre ceux qui regardent et ceux qui
font, fil d'émotion, fil du funambule, fragile.
Un autre risque guette,celui de la
fatigue, de notre fatigue et de la difficulté que nous avons de trouver, dans les conditions dans lesquelles nous exercons notre métier des bras, des hommes de culture impliqués qui, se détournant
des dorures du temple exerce simplement leurs métiers. Beaucoup de ceux que nous croisons ne veulent pas abandonner la recherche de reconnaissance ; celle de ceux du cénacle. Beaucoup de ceux
que nous croisons ne veulent pas vivre une vie à 140, qui pas après pas les éloignent des places reconnues de la culture. Ah, la culture, la culture dans des lieux de culture. Volontairement, notre
art s'exerce là où sont les hommes. Parce que nous l'avons voulu, parce que depuis longtemps nous considérons que ce ne sont pas les murs des musées qui font la qualité des toiles, parce que créant
des oeuvre "tous publics", nous ne voulions pas les déstiner exclusivement à ceux qui fréquentent les établissements culturels et, jour après jour, représentation après représentation, nous
vérifions nos choix mais aussi nous savons que nos choix, sont fragiles ; ils ne tiennent que grâce au croisement de notre volonté et de celles d'hommes politiques ou techniciens ; il
suffirait de peu pour que ce rêve s'interrompe. Nous n'avons construit aucun mur ou toit qui nous protégent...et la fatigue, le corps travaillé s'insinue parfois dans la joie et rappelle que notre
réalité est aussi fragile que nous même...
Ces derniers jours sans que je sache
vraiment pourquoi, sont remontées des images-sensations de la prison.
L'autre jour,
j'avais face à moi G. à qui je proposais un emploi pendant l'été. G., je l'ai rencontré au cours de la tournée des jardins Lillois, "Marionnettes en Jardins et La
Caravane" en 2004. C'était justement le moment où il sortait de la Maison d'Arrêt. A l'époque, bénévolement il nous avait aidé. G. je le sais parcequ'il me l'a dit, a donc fait un
passage court par la case "ZonZon". Après sa sortie il a été disculpé.... L'autre jour, alors que je lui présentais le poste que je voulais qu'il occupe j'observais ses réactions et j'ai
vu que ce moment là de sa vie, la prison n'était pas oubliée-guérrie. La prison a détruit une partie de ce qu'il était. Alors que je lui présentais le boulot qui serait le sien pendant l'été,
je voyais aussi dans ses yeux ses interrogations face à ma confiance. Pourtant, jeudi je le retrouve pour lui donner le brouillon du contrat de travail...Son premier vrai contrat (pas un mi-temps
aidé) depuis longtemps...
Je vais
reprendre. Je vais reprendre le fil. Je ne laisse pas tomber. Les maux seront soignés, les plaies seront pansées, la faim sera satisfaite, il faut que ça se construise...
Cela fera un an bientôt, que cet espace s'est ouvert. Il y a un an je voyais pour la première fois, de mes yeux ce lieux d'exclusion et ses quartiers intérieurs, la prison, dans laquelle je retrouvais, ceux des quartiers extérieurs, les enfants délurés et écervelés mis un temps en cage. Les murs hauts, corridors et miradors, ce n'était pas un film. Les murs sales et délabrés à Loos. A
