Mario en Prison

  • : Marionnettes en Prison
  • Marionnettes en Prison
  • : La "Cie Les Mille et une Vies" a été créé à Lille (59) en 1998. En 2006, autour des interventions qu'elle menait dans 2 Maisons d'Arrêt, la Cie a ouvert ce journal de bord. Avec le temps ce blog s'est ouvert à l'ensemble des activités de la Cie et est devenu le journal (presque intime) du Théâtre de Marionnettes Itinérant. Dans ce lieu nous pouvons vous raconter nos spectacles et ateliers, les joies et les déboires d'une Cie Contemporaine et des ses artistes permanents.
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- s’attaquer sérieusement à ce

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Point de vue

PIC-0079.JPG Le blog, journal de bord, c'est plus comme avant. Quand aujourd'hui, il m'arrive de le relire, je le découvre décousu et je me dis, je constate que c'est plus tout à fait pareil. Plus le temps d'assurer l'exercice d'une écriture régulière. A chaque forme ses défauts ; dans la régularité, certaines fois se découvraient les répétitions mais aussi,  c'est dans la régularité que je savais  la mémoire se construire. Outil de mémoire il me permet aussi de dire, crier, sussurrer des ressentis.
Si le blog, ces derniers mois n'a pu être tenu à jour... pour autant les ressentis n'ont pas été absents. Ici et là des histoires ont vu le jour, ont été raconté ou pas ; d'autres se sont cassées... Des rencontres, des sourires, des difficultés, des émotions que je n'ai pas pris le temps de (d)écrire. De Lille à Béthune, de Douai à Marles-les-Mines, de Bruay-la Bussière à Maulde , d'Arpajon à Roeulx, à Wingles combien de visages croisés, combien d'histoires vécues. C'est sûr, si j'avais pris le temps de toutes les conter peut-être n'aurais je pu toutes les vivre. Je sais, rien n'est perdu, tout est mal rangé.
Il y a une dizaine de jours (combien de jour ?), nous sommes revenus de Marles-les-Mines, et de cette longue résidence, avons rangé vite (jeté ?) dans les locaux de la rue de l'arbrisseau une partie de notre matériel et avons entamé une série de 26 représentations. En parallèle les actions artistiques et autres ateliers ont continué de dérouler leur fil, rencontres et explorations marionnettiques se confondant parfois. L'esprit fatigué n'a pas de distance. Passant d'un lieu à un autre, d'une identité à l'autre, je perds parfois le calme. Tracée hors régularité l'histoire contée...ne prend pas le même sens, ne constitue qu'une mémoire fragmentée, décousue donc. Cette absence de régularité descriptive vient aussi du fait que de jour en jour nous avons trouvé un rythme de l'émotion et que d'une certaine manière, ne pas nous raconter, nous arrange. En effet, comment dire ce qui est ressenti  quand "Aurélie", arrivant de l'IMA dans la classe du collège, les mardis à Douai, nous sert longuement dans ses bras  répétant à l'oreille  "contente" ? Que dire de ces instants passés avec les collégiens, et ceux de l'IMA ? Que dire de nos interrogations d'adultes ? Que dire du regard de Quentin ? Que dire ? Alors, oui, peut-être que le silence arrange.
PIC-0059.JPG Oui, quand les mots ne s'organisent pas, que le temps fait défaut, le silence prend le pas.
A côté de l'émotion, la fatigue empêchait la parole. Lorsque le soir rentré, tard, difficile de plonger dans l'écran, les mains sur le claviers et de (dé)saisir les ressentis. De travail ou de course, de ciel et de terre, kilomètre après kilomètre construisant aussi les routes que nous parcourions, une fois rentré il  ne me semblait pas possible de trouver les mots. Alors j'abandonnais au silence difficultés et joies, peurs et vides qui constituaient  l'aventure... Mais le temps du silence ne doit pas durer plus longtemps. Je veux reprendre le fil de cette mémoire là, de ce blog là, de ce journal là. 
Que dire de ces après-représentations, vidé ? Que dire du corps cassé, de la tête ailleurs, le regard perdu sur la ligne d'horizon ? Que dire des sourires après les représentations faciles ? Que dire de l'émotion après les représentations difficiles, après lesquelles on sent que ce qu'on voulait offrir n'a pas été reçu ? Que dire de ce fouillis ? C'est dans l'écriture que le sens paraît, pas dans le silence. Le silence permet le fouillis.
Page après page, mot après mot, le mot-sens devra revoir le jour, la page.
De ces impressions nous tirerons les lignes de notre histoire. Les belles pages et les mauvaises heures, j'essaierai à nouveau de les raconter. Les peurs et les doutes, les joies et les réussites dans les mots prendront leurs sens.
PIC-0207.JPG Je ferme les yeux (expression souvent ici utilisée pour dire je me souviens) et je me revois descendant du métro, il y a quelques semaines en arrière. C'était un jour de bureau à Lille-Sud. Pas pressé rendez-vous qui se profilent et se succèdent. Arrivant en bas des escaliers un policier  interrompt ma course et me demande mes papiers. Le contrôle a duré. Et pendant que l'inspection se déroulait je me demandais ; pourquoi dans ces quartiers les contrôles sont-ils si réguliers ?  Pourquoi dans ces quartiers le respect du au citoyen n'est-il pas tout à fait le même ? Je n'ai pas du tout aimé qu'on fouille dans mes poches. Je n'ai pas du tout aimé qu'on inspecte ma mallette ; je n'ai pas du tout aimé ce doute et ces questions. Aujourd'hui je peux le dire, depuis ce contrôle, j'ai eu plus de mal à écrire. Que dire de ces policiers nombreux sur les routes ? Dans les métros ? Dans les villes, les campagnes et les rues ? Que dire de cette société du verrou et de la peur ? De la publicité et la télévision qui prennent le pas sur la communication humaine verbale et non verbale ?
J'ouvre les yeux, je reprends le dessus, la course continue ; folle, elle est folle.  A quand l'accident ? Les émotions se télescopent. Les visages s'entremêlent, ils n'ont pas d'identité précise. Je sais juste que j'essaierai de reprendre le dessus. La régularité fait sens. Alors oui, j'essaierai d'écrire plus souvent, acceptant de me répéter, fatigué, heureux ou malheureux, avec ou sans mot, j'essaierai d'écrire plus souvent pour que le silence ne m'envahisse pas et que cet outil de mémoire reste rangé !

PS communication spectaculaire :  La chambre (de Zette) 
prochaines représentation dans le cadre du 10 Villes 10 dates avec l'Agglomération de la Porte du Hainaut
29 novembre  à Bruille Saint-Amand 15H (scolaires) et 18H (tous publics)
30 novembre à Wasnes-au-Bac 15H (scolaires) et 18H (tous publics)
Renseignements et Réservations Porte du Hainaut service Culture 03 27 09 92 27

leCorpsStore0008.JPG Trois mots, quatre phrases et puis rien. Textes courts  ou feuille blanche ?  Ces derniers jours, j’ai fait le choix de textes courts, me disant après on verra bien... Chaque fois,  mot après mot construisant la phrase, le sens paraît.... Malgré la brièveté, l'esprit qui rappelle : pas trop longtemps penché sur la feuille, faire vite sinon l'esprit sermonne, t’as pas autre chose à faire. Le temps, toujours le temps. Pourtant je pourrais le raisonner en lui demandant , qui derrière moi crie ? Personne, moi peut-être... Vous imaginez ? Vous le voyez, le marionnettiste, tête à tête s'engueulant... Oui, imaginez, un homme se criant dessus, de lui à lui...
Mais non, même pas comme ça que ça se passe. J’arrête simplement, je fais court pour ne pas trop grignoter sur le reste, contrats, devis, conventions, et autres préparations....Et le reste ça commence à prendre beaucoup de temps, le volume du reste…De telle manière que préparant nos calendriers, nous jonglons d’un lieu à l’autre, d’un temps à un autre, d’une tâche à une autre en nous demandant quand nous pourrons nous poser ? Il faudrait peut-être formuler ça autrement. C'est pas qu'il aime pas, mais la, le volume de ces préparations, de ce faire la, devient critique...
Hier matin longue conversation téléphonique avec Christian Chabaud. Ca fait du bien. Paroles échangées, informations et nouvelles... Christian Chabaud avec Philippe, Nicole et Nicolas et d'autres encore c'est la Cie Daru. La Cie Daru, c'est le Pôle de la Marionnette en Essonne. Daru c'est des défricheurs... et ça me fait toujours du bien d'avoir de leurs nouvelles, de savoir que d'autres ailleurs continuent  d’inventer encore les cases dans lesquelles ils interviennent ; ne sont pas seulement les pions de joueurs anonymes... Daru c'est aussi  Les Champs de la marionnette, le temps fort du Pôle...Daru nous les avons rencontré en 2005 quand ils nous ont accueilli en résidence puis dans les Champs. Depuis, même si on ne se voit pas, ils sont proches. Même si la distance nous sépare, nos chemins sont proches... J'en ai déjà parlé ici, j'en reparlerais et si vous voulez en savoir plus, suivez les liens...
Regard sur le monde, le pays la région, la ville et au final, je m'aperçois que le quartier, « le plus près » m'intéresse plus que tout. Parce que « le plus près » rejoint « le plus loin » aussi...
Mais dans le plus près, même si nous entretenons des liens avec certaines structures culturelles dont la philosophie est proche de la notre, nous restons déconnectés d'un réseau culture-marionnette-traditionnel. Ce n’est pas que nous ne voulons pas participer, c’est encore une fois une histoire de temps et aussi de philosophie..
Oui, j’ai essayé, le groupe, le forum, le collectif. Mais ça n'a jamais marché... Jeune, c'est le milieu improbable duquel je venais qui me faisait ne pas me sentir "chez moi" dans les groupes... Plus tard, travail et volonté aidant, chemin faisant je ne peux penser que c'est les mêmes raisons qui m'empêchent encore de trouver ma place dans ces réseaux.  Peut-être suis-je trop égoïste, trop "auto-centré" ? Certainement, mais aussi, me connaissant je peux le dire aujourd'hui, je suis plein d'une rigidité qui m'empêche d'accepter les petites compromissions de ces milieux. Je n'ai plus vingt ans, je ne renonce pas à mon collectif idéal dans lequel les individualités travaillent ensemble pour améliorer le bien commun, bien qui échappe à ses membres et nourrit le plus grand nombre...
Oui, je ne supporte pas les groupes qui se constituent, disant représenter une majorité mais ne défendant au final que l’intérêt de leurs membres les mieux placés… A chaque fois que nous nous essayons d’intégrer des collectifs et autres rapprochements de structures c’est cela que nous constatons, la défense d’intérêts individuels derrière une façade de collectif….
C’est peut-être le propre de notre époque dans laquelle la majorité pense que les guerres sont terminées, qu’il ne s’agit plus maintenant que de petites batailles de pouvoir et de partage de l’acquis…. En regardant au plus près, je reste convaincu que non, les guerres ne sont pas terminées, que oui, il reste beaucoup d’endroits ou la culture n’arrive pas encore et nous avons encore beaucoup à inventer…
Le temps est dépassé, je suis hors-limite, comprenne qui pourra, qui voudra..

illusseul-s-1.jpg Il y a des moments, des moments comme ça... Je sens que ça monte, un drôle de sentiment, une aversion, des pensées multiples et contradictoires, une ralerie intime alors, faut que ça sorte... Je sais, je devrais pas. Je devrais tenir ma langue, l'attacher, la couper, coller mes lèvres, me taire ne pas l'ouvrir et, pourtant ça sort, ou, plutôt,  faut que ça sorte...
Finies  pour l'instant "les  aventures de Germain Lenain", c'est dans "la  chambre (de zette)" que nous nous retrouvons. Oui, nous avons commencé, première représentation donnée  à Wingles (62) la semaine dernière, nous serons à Calonnes-Ricourt (62) mercredi 1er août.
A deux on fait tout, on donne nos spectacles, on monte nos dossiers, on assume la technique et des fois ça bout, ça dérape, ça a besoin de gueuler. Dedans, ça tient un moment. Et puis voilà que ça sort que ça doit sortir sinon ça explose. Lisant ici et là l'actualité culturelle je me demande qui nous sommes, nous de la Cie Les Mille et une Vies, nous et  notre Théâtre de Marionnettes Itinérant perdus dans ces villes près du public, loin des festivals. La France est ainsi faite, l'homme aussi, l'humanité se rapproche avant de se taper dessus, j'ai toujours detesté les regroupements, même les familiaux alors imaginez, ceux d'une corporation, ceux d'une élite....
Depuis le démarrage de la Cie Les Mille et une Vies, après chaque représentation nous savons que nous avons touché un peu plus de public. Ce public de l'au plus près, ces visages éclairés, ces regards... un public, mais un public qui ne compte pas.  Lorsque j'écris, lorsque je construis, je ne lui donne pas de visage à ce public, je ne me dis pas que M. Machin qui dirige telle grande structure est mon public privilégié...
Avec le temps, retranchés dans les villes du plus près nous nous éloignons d'une réalité culturelle qui devient transparente ; je ne sais ce qu'auraient fait ceux qui m'ont précédés mais je pense que ce n'est pas dans ces grandes messes festivalières que leur art était le plus juste, ou alors il fallait qu'ils en soient les (ré)inventeurs constants, qu'ils soient constructeurs de sens... mais là...
Je le disais en commençant, faut que ça sorte, faut que j'expulse les mots avant qu'ils me pètent à la gueule. Mais lesquels, il y en a tellement en ce moment... 
Sans tri ça deviendrait illisible, sale brouillon qu'on ne donne pas à lire tant il est plein du meilleur et du pire aussi, mais là, pas le temps alors tant pis faut que ça sorte sans tri. J'aime pas ce monde dans lequel, chacun pour soi, on avance,  à chaque pas vérifiant par qui on est talonné, plutôt que de petits cailloux blancs, jetant des pièges sur le chemin parcouru pour ralentir les suivants... J'aime pas cette peur qui nous habite et de laquelle on ne se défausse pas, j'aime pas ce qui advient. Pour lutter contre cela, contre ce monde égoïste, j'ai choisi de  rester au plus près, de changer au plus près mais chaque fois le monde veut me rappeler la petitesse de mes actions. Je sais que c'est sa façon, de me faire changer d'objectifs , que c'est sa façon de me détourner d'une réalité qu'on transforme, me montrant le gateau éloigné et me poussant à le convoiter, il essaie de me faire oublier que j'ai des graines dans ma main et un champ sous mes pieds... Oui, nous avons tous des graines dans nos mains et des champs sous nos pieds et nous continuons, force de l'image, force de l'époque, force des pouvoirs communicants, de fréquenter les supermarchés... Et ceux de la culture, comme les autres s'appauvrissent-appauvrissent là où ils devraient enrichir, questionner, remettre en question, chambouler l'ordre  établi, ne pas se reposer, recommencer, toujours recommencer....
Vaines controverses, visibilité réduites, si nous voulons tous être vus par les mêmes, il faudra que nous nous résignions à ne pas être vus. Je n'aime pas le monde qu'on nous prépare, que nous préparons. Je n'aime pas cette idée que la reconnaissance moderne ne peut être donnée que par quelques experts nationaux. La reconnaissance moderne, nous devons la changer, et pour cela, si chacun de nous, dans sa ville son village, sa région, construit un nouveau centre, celui qu'on nous impose disparaîtra et nous pourrons... Mais non !!!  Ce n'est pas là que mes mots doivent mener, c'est trop lumineux, il faut que ce soit noir et sale, sans espoir, c'est là que ça doit aller, au mur avec le monde, pas dans l'espoir, le déséspoir je vous dis...
Je suis perdu, isolé, fatigué. Mes mains, la gauche plus particulièrement est pleine de courbatures, j'ai peur. Perdre une main gauche pour un marionnettiste serait la fin du monde. Texte fourre-tout, mots perdus, esprit errant. Faut que ça sorte...Je le disais, je recommencerais parce que là,; c'est pas fini, c'est à peine commencé, faut que ça sorte et ça sortira !
PS : illustration, une recherche de Frédéric Levy-Hadida  (mon frère) pour Seul(s) notre création 2004-2005
gaspard.jpg Tellement simple, tellement fragile... Le théâtre de marionnettes itinérant que nous pratiquons est contemporain et ancien à la fois. J'ai le sentiment qu'il est un fil tendu entre ceux qui regardent et ceux qui font, fil d'émotion, fil du funambule, fragile. 
Combien de temps ? 
A chaque représentation je me demande aussi, malgré l'intensité, dans l'intensité du moment, combien de temps avant que ces moments simples soient mis au rebus, par  manque de volonté, d'argent, combien de temps ?
Le plaisir reste entier ; dans la salle, dans les jardins (pas pour l'instant), dans les salles du plus près, du castelet aux plaisirs ressentis, les moments ne font pas oublier la fragilité de notre construction.  La question revient, attaque de front, la fatigue du corps, fait ressurgir la difficulté de trouver des acteurs qui avec nous, continuent, veulent continuer, dans des conditions qui si elles nous semblent si justes restent si austères. Dans la salle, rires et émotions, remerciements après le spectacle, moments tellement simples, tellement évidents mais aussi, qui pourraient paraître si peu brillants... Si peu brillantes ces représentations, que ceux qui décident, ne se rendent peut-être pas compte de leur réalité. Si peu brillantes mais pour nous, pour ceux qu'elles touchent , tellement nécessaires ; là où nous sommes nous ne sommes pas à des kilomètres de la réalité, mais au contraire mains et corps entièrement plongés dedans.

Double sentiment, double questionnement donc.


Toujours en face du plaisir la question, pour combien de temps encore pouvons nous espérer faire vivre ces moments  exceptionnels. Eloignés des autoroutes culturelles nous vérifions jour après jour  la pertinence de cette présence du plus près mais  aussi, je sais combien nous risquons de nous faire balayer par une haute vague  destructrice.

danse.jpg Un autre risque guette,celui de la fatigue, de notre fatigue et de la difficulté que nous avons de trouver, dans les conditions dans lesquelles nous exercons notre métier des bras, des hommes de culture impliqués qui, se détournant des dorures du temple exerce simplement leurs métiers. Beaucoup de ceux que nous croisons ne veulent pas abandonner la recherche de reconnaissance ; celle de ceux du cénacle. Beaucoup de ceux que nous croisons ne veulent pas vivre une vie à 140, qui pas après pas les éloignent des places reconnues de la culture. Ah, la culture, la culture dans des lieux de culture. Volontairement, notre art s'exerce là où sont les hommes. Parce que nous l'avons voulu, parce que depuis longtemps nous considérons que ce ne sont pas les murs des musées qui font la qualité des toiles, parce que créant des oeuvre "tous publics", nous ne voulions pas les déstiner exclusivement à ceux qui fréquentent les établissements culturels et, jour après jour, représentation après représentation, nous vérifions nos choix mais aussi nous savons que nos choix, sont fragiles ; ils ne tiennent que grâce au croisement de notre volonté et de celles d'hommes politiques ou techniciens ;  il suffirait de peu pour que ce rêve s'interrompe. Nous n'avons construit aucun mur ou toit qui nous protégent...et la fatigue, le corps travaillé s'insinue parfois dans la joie et rappelle que notre réalité est aussi fragile que nous même...

Dans une société experte en consommation, en divertissement, en rentabilité immédiate, oui, du jour au lendemain, ce que nous construisons pourrait  être remis en question ; qui se soucie des 65 spectateurs d'un village qui en comporte 650....qui se soucie d'une entreprise comme la nôtre ?
casernparis0010.jpg Ces derniers jours sans que je sache vraiment pourquoi, sont remontées des images-sensations de la prison. 

Sensations entières, rien n'est oublié,  les douleurs ressurgissent.  Corps brisés,  odeur,  et bien que je ne veuille pas de cela pour l'humanité qui m'entoure, exclure toujours un peu plus, j'ai du, contre mon gré utiliser l'oubli pour exclure cette réalité.  Rester en vie...

C'est ça, c'est cela, va au trou et ne t'en relève pas.

Travailler la mémoire, ne pas se laisser aller à l'oubli. Même lorsque c'est douloureux. Coursives, regards éclairés ou sombres, plus souvent sombres qu'éclairés. Attente, attente à n'en pas comprendre le sens. Grilles et barreaux, lumière qui filtre, tous les jours porter le poids du matériel, rien ne reste. Les oreilles qui débordent de résonnances et de cris lointains. Paroles, un instant la prison s'est envolé. C'est dans le champ que ça se passe. De l'autre côté de la Maison d'arrêt, des bureaux du Service d'Insertion, on voit deux tentes posées sur une langue verte bordant l'autoroute. Devant les tentes, deux chaises pliantes, du linge séche sur les arbres, ici et là. A en croire que les détenus sont privilégiés, mais non...

Mémoire qui prend le dessus, reviennent des images, des mots. Des mots de ceux croisés pendant un été, l'été dernier, détenus et gardiens, ensemble, êtres humains par le centre rejetés. Georges, Saïd ou Nasser, Patrick ou Alex où en êtes vous ?

Fermant les yeux...

Ces derniers jours j'ai senti revenir en moi ce goût amer que toujours révéle mon incapacité à changer la mécanique de la violence (si bien huilée). Ces derniers jours j'ai senti combien nous n'étions pas loin de chuter, tous, et de ne plus nous relever.

Une main tendue, juste une main tendue. Un espoir ou une croyance isolée dans la  masse d'indifférence ? Un regard qui construit. Croire. Croire, mais pas en "quelque chose" ou "quelqu'un" qui du dessus nous permettrait d'agir mais en la force que peut avoir une volonté, notre volonté, ma volonté.

Articulations qui craquent, l'humlidité fait son sale travail sur le corps vieillisant.

Peut-être faudrait-il que nous (ré)apprenions à nous écouter, à nous (re)garder plutôt que d'écouter le téléviseur nous (ra)conter l'autre. Peut-être devrions nous nous séparer de cet écran, du 36 cm au Plasma, parce que nous ne savons pas l'apprivoiser. Peut-être devrions-nous le défenestrer.

Mais attention, si certains tentent l'aventure, lorsque vous ouvrez la fenêtre, vérifiez que personne ne passe dans la rue avant de jeter le téléviseur. Mais attention, sachez que la société vous en voudra. Peut-être qu'un coup de sonnette prolongé, interrompra votre sentiment de libération, vous avez sali la rue ; peut-être sera-ce (comme pour Romain au Pavé), la porte de la prison  que vous passerez et si vous  y allez c'est la télévision que vous (re)trouverez......

Je revois des hommes enragés et je crois que je comprends la rage. Chaleur et sueur que faire ? Tête sans cesse contre le mur butant. Pendant la marche, la main effleure le béton. Histoire de se sentir en vie. A la fin de la journée les doigts sont irrités. Taper du poing sur la table, vide dedans, vide dehors, les mots sont blancs.

Censures, emprisonnements intérieurs ou rééls. Les os craqueraient sous le poids du corps ; sirènes dehors, sirènes dedans (mais pas les mêmes !), le feu grandit, je perd le fil, le sens.

compoatelier0005.jpg L'autre jour, j'avais face à moi G. à qui je proposais un emploi pendant l'été. G., je l'ai rencontré au cours de la tournée des jardins Lillois, "Marionnettes en Jardins et La Caravane" en 2004. C'était justement le moment où il sortait de la Maison d'Arrêt. A l'époque, bénévolement il nous avait aidé. G. je le sais parcequ'il me l'a dit, a donc fait un passage court par la case "ZonZon". Après sa sortie il a été disculpé.... L'autre jour, alors que je lui présentais le poste que je voulais qu'il occupe j'observais ses réactions et j'ai vu que ce moment là de sa vie, la prison n'était pas oubliée-guérrie.  La prison a détruit une partie de ce qu'il était. Alors que je lui présentais le boulot qui serait le sien pendant l'été, je voyais aussi dans ses yeux ses interrogations face à ma confiance. Pourtant, jeudi je le retrouve pour lui donner le brouillon du contrat de travail...Son premier vrai contrat (pas un mi-temps aidé) depuis longtemps...

Penser autrement...Accepter de partager ; et pas seulement ce que possède l'autre mais ce que nous possédons aussi. Tendre la main, juste tendre la main. Serait-elle caleuse, vaut mieux une main caleuse que pas de main...

Ce n'est pas par l'autre que tout commence mais par moi, ce n'est pas de l'autre que tout partira mais, de moi... et de main en main des villages se construiront... 
douaipublic6.jpg Je vais reprendre. Je vais reprendre le fil. Je ne laisse pas tomber. Les maux seront soignés, les plaies seront pansées, la faim sera satisfaite, il faut que ça se construise...
Je vais reprendre le fil et dans une couleur nouvelle, je vais reconstruire ma durée. Mot après mot, pas après pas, le chemin se fera.
Deux jours que nous restons à Lille;  deux jours que Marles-les-Mines, pour des impératifs administratifs, a été déserté. Demain nous y serons à nouveau. Demain je retrouverai les formes en construction et le temps qui se sera écoulé me permettra de regarder mieux, un peu éloigné, ces visages et corps en attente.
Dimanche je me disais que mon fils, ne serait pas, alors, lâche je fuierais. Oui, je pensais cela, mon fils ne serait pas, lâche je m'éloignerais de cette France qui ressemble à l'Allemagne des années 30. Mais dimanche, j'étais aussi plein d'une autre réalité : mon fils est.
Je ne peux pas partir... alors je vais continuer de tracer la route, le chemin. Je vais continuer de transformer la matière en marionnettes, le divertissement en fond, je vais continuer de participer avec mes moyens à la construction d'une culture commune.
Mon fils, pendant les vacances nous a accompagné, tous les jours, à Marles-les-Mines, et, du haut de ses huit ans il redécouvrait mon métier et se passionait pour Zette. Pour lui, et pour d'autres comme lui je vais me battre sans armes...
Je voulais l'écrire ici, je suis dans le bureau sis dans le quartier-ghetto de Lille-sud arbrisseau, le matin est calme attendant que le soir tombe pour que des affrontements reprennent et je me dis que je ne vais pas baisser les bras...
Cela fera un an bientôt, que cet espace s'est ouvert. Il y a un an  je voyais pour la première fois, de mes yeux ce lieux d'exclusion et ses quartiers intérieurs, la prison, dans laquelle je retrouvais, ceux des quartiers extérieurs, les enfants délurés et écervelés mis un temps en cage. Les murs hauts, corridors et miradors, ce  n'était pas un film. Les murs sales et délabrés à Loos. A Loos où il valait mieux ne pas regarder la toiture, l'installation électrique et ses fils courrant le long des coursives. A Loos... Cela fait plus d'un an que je mettais les pieds à Sequedin, prison neuve et nouvelle, fini le Panopticon, la nouvelle conception de l'enfermement prenant le pas, l'exclusion presque hospitalière, plutôt désinfectant qu'ordure, mais là les hommes peuvent devenir fous lorsqu'ils ne le sont pas en y entrant... Cela fait un an et les images sont encore fraîches, les sentiments, l'impression que nous pourrions faire autrement, que nous devrions faire autrement, nous communauté des hommes que nous devrions travailler à n'exclure que rarement que lorsque toutes le voies, toutes les autres voies ont été épuisées. Cela fait près d'un an.
Dans les quartiers cela fait maintenant longtemps que j'y interviens. Dans les quartiers éloignés, comme dans les villes, les enfants ont une tête, deux bras et deux jambes. Leurs parents ont moins d'argent qu'ailleurs. Dans ces quartiers là, les services publiques y sont moins présent qu'ailleurs (hormis la police qui y intervient avec régularité et souvent sans ménagement) ; dans ces quartiers il y a moins de commerces, de cinémas, de théatres ; de toute façon, les gens qui habitent ces quartiers
sont pauvres ; ils ne pourraient pas se payer les services qu'on leur propose. Dans ces quartiers les habitants ont des télévisions, ils se nourrissent de feuilleton entrecoupés de publicité et ils voient ce qu'ils n'ont pas.
Les gens des quartiers quand on les met en prison c'est pas toujours parcequ'ils tuent, pillent, se comportent comme des barbares. Pour ceux des quartiers, le délit, absence de permis de conduire, acool au volant, souvent se transforme en peine de prison ferme ; mais l'éducation ne serait-elle pas plus efficace ? Ne vaudrait-il pas mieux éduquer plutôt que de construire de nouvelle places, de nouveaux drames, de nouveaux espaces d'exclusion ? Tout irait bien parce que les gens des quartiers, quand ils arrivent en prison, ils retrouvent la télévision, (s'ils peuvent la "cantiner")...
Oui, ils veulent en construire plus, des prisons, des murs qui protègent ou éloignent selon qu'on soit d'un côté ou de l'autre. Non, je ne veux pas en construire plus, je ne veux pas de cette société là, j'ai le choix, je peux voter.
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