Des mots, toujours des mots. Des mots d'un lointain quotidien ; de mots en phrases, de phrases en textes ; des mots qui nous donnent à voir.
En ce siècle, en cette époque comment construire une histoire de Théâtre et de vies ? Comment ne pas devenir de simples fabricants de rêves aux ordres de machines à diffuser ? En cette
société comment, entre repli territorial et visibilité, construire une histoire qui ne soit pas vaine, pas déjà dite, pas déjà vue, pas… Quelles histoires raconter, comment les choisir, comment
raconter. Où raconter ce que nous sommes, ce que nous devenons, comment nous grandissons, comment nous vieillissons, comment nous disparaissons..
Aujourd'hui, alors que notre site doit être reconfiguré, le blog devient le miroir virtuel qui nous donne à voir. Vision parcellaire qui reflète une réalité souvent changeante.
Quand nous avons ouvert cet espace, c’était pour donner à lire les actions que nous menions en les Maisons d’Arrêt de Loos et de Sequedin. Et quand les actions se sont interrompues ce blog à continué de nous raconter. Bon an mal an, il a participé à construire l’image que nous donnions à voir à la communauté humaine. Mais nous avons douté. Nous avions peur de nous répéter ; nous avions peur que les articles donnés à lire ne soient que « redite ». Même s’ils relataient des actions différentes, des lieux étonnants, de la proximité de notre itinérance, ils ne faisaient qu’utiliser nos mots, à l’envie, toujours et encore… Alors, pendant un temps, on a réduit la voilure, on a écrit un peu moins, on s’est un peu moins exposé, on a moins raconté ce que nous faisions au plus près….
Aujourd’hui quand je jette un œil sur le rétroviseur, le nombre d’articles, le nombre de pages vues, les accès direct, par moteur de recherche, tout
cela est impressionnant. En accès direct ou par le biais de pages liées, paper blog ou flux rss, ces nouveaux outils deviennent de nouvelles scènes où donner à entendre nos projets. Mémoire qui
perpétue un geste… Et si les visages de nos lecteurs nous restent inconnus, je dois avouer que tous les spectateurs que nous avons croisé, nous ne les connaissons pas non plus. . Cet été nous
avons revu des visages que nous savions avoir déjà vus. Mais nous ne savions où. Il nous a fallu demander… Comment se souvenir de tous les visages de spectateurs, des conditions de chacune des
représentations que nous avons données depuis dix ans. Comment se souvenir de tous ces moments si particuliers ?
Le blog devient outil de mémoire. Le blog nous sert ici et là de mémoire, il extirpe l’essence de certains instants et la jette aux vents des réseaux. Quand en 1998, nous avons décidé de créer La Cie Les Mille et une Vies, Théâtre de Marionnettes Itinérant, je le savais, notre projet nous amènerait en partie à sortir des réseaux de diffusion. Il s’agissait avec cette Cie de travailler en cercles excentrique. Un Théâtre itinérant ancré sur un territoire, qui recrée la scène là où il se trouve sans avoir besoin de l’infrastructure d’une structure de diffusion culturelle. Un Théâtre Itinérant qui serait en tournée 4 mois par an. Alors que les scènes fermaient les portes pour leurs congés, que d’autres partaient à la conquête des festivals et autres diffusions, nous partions à la rencontre des publics dans les quartiers et les villages. Un Théâtre itinérant très ancien et très contemporain à la fois qui, depuis 1998, de tournée d’été en tournée d’hiver, a donné plus de 600 représentations et dont ce blog donne à lire une part de ses histoires….
Fabrice Levy-Hadida - Cie Les Mille et une Vies - Théâtre de Marionnettes Itinérant
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Pendant cette tournée nous avons été accompagnés par des musiciens
extraordinaires et dimanches presque tous seront là avec nous pour clôturer l'aventure. Matilde (est revenue), William Schotte, et Bastien (sans Emilie malheureusement...) du Duo Les désuets
seront là et accompagneront cette dernière sortie. Cette année nous avons fait le choix de proposer un programme musical récurent et je ne le regrette pas. Cette année nous avons choisis des
humanités et je ne le regrette pas. Merci à eux pour leur répertoire et leurs propositions singulières.
Alors pour essayer de rattraper cette difficile mise en abime, on va essayer de reprendre le fil de notre
journal de bord. De raconter quand même. Avec les limites de nos mots, d'une langue et du temps qui nous manque, on va essayer de tenir journal, de construire mémoire...
Entre interventions dans les établissements scolaires, rencontres en résidences et moments de création,
la Cie Les Mille et une Vies avance à pas de géant vers sa tournée d’été 2010, deuxième volet de l’opération La Marionnette près d’chez Vous.

Entre travail de proximité (en 2009, nous sommes passé dans 40 villes, avons touchés plus de 6000 spectateurs, et
près d'un millier de personnes ont participé à nos actions artistiques et de sensibilisation) et militantisme, le temps s'est dérobé sous nos pieds.





La Marionnette Près d'chez Vous Acte2
Vous trouverez
Se raconter, raconter des histoires. C'est comme ça,
s'écoutant, qu'on en arrive à fermer les yeux et, imaginant qu'on serait autre, qu'on serait fort, qu'on serait grand, qu'on aurait pas peur, qu'on avance et construit. Mais un jour on ouvre les
yeux ; mais un jour on se réveille ; mais un jour on en arrive à ne plus vouloir s'écouter alors, on regarde autour de soi et c'est le désert. Les villes et leurs places arborées, les âmes, tout,
tout à disparu. Alors on se dit que c'est comme ça doit être, mais on ne se le dit pas tout de suite. Parfois ouvrant les yeux, on se rend compte que le monde qu'on voudrait pour nos enfants,
celui qui entre idéal et réalité résiste, celui là, il n'est que rêve. Alors de l'oeil une larme s'échappe. Mais, il ne faudrait pas que ça soit trop triste. Peut-être pour cela, il ne faudrait pas
se raconter, raconter des histoires... Il faudrait juste avancer, sans idéal, sans croyance ; il faudrait arrêter de raconter des histoires qui mènent aux rêves, il faudrait arrêter, j'arrête de.
Rentrer dans le rang, rejoindre la troupe, se terrer, fermer les yeux et ne rien voir, ne rien imaginer, ne rien penser, ne pas être. Construire une vie sur ça ; sur le néant, l'absence de rêve et
d'idéal devenant la vie idéale. Le matin un geste qu'on saurait être reproductible, la journée et le soir émaillés de gestes qu'on saurait reproductibles. J'éteins le réveil,
Corps meurtri, pensées qui s'entrechoquent, je manque de
temps et je continue de tenir cette chronique. Je n'ai pas abandonné ; le temps se dilate, les articles se font rares, mais je continue d'écrire ces petites nouvelles d'un quotidien
ordinaire.
