Ecrire un commentaire - Voir les commentaires





xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx
Freemen est un réseau de
blogs, dont les auteurs sont
convaincus que :
- le changement climatique
est un problème majeur,
pas uniquement écologique,
mais aussi politique et économique
- s’attaquer sérieusement à ce
problème implique une remise
à plat de nos modèles économiques
et, particulièrement, de la notion
de «croissance».
Au delà, comme le nom “Freemen“
l’indique, chacun pense, écrit
ce qu’il veut sur son blog. ..







La Marionnette Près d'chez Vous Acte2
Vous trouverez ici la version web de notre programme "tournée d'été 2009".
Se raconter, raconter des histoires. C'est comme ça,
s'écoutant, qu'on en arrive à fermer les yeux et, imaginant qu'on serait autre, qu'on serait fort, qu'on serait grand, qu'on aurait pas peur, qu'on avance et construit. Mais un jour on ouvre les
yeux ; mais un jour on se réveille ; mais un jour on en arrive à ne plus vouloir s'écouter alors, on regarde autour de soi et c'est le désert. Les villes et leurs places arborées, les âmes, tout,
tout à disparu. Alors on se dit que c'est comme ça doit être, mais on ne se le dit pas tout de suite. Parfois ouvrant les yeux, on se rend compte que le monde qu'on voudrait pour nos enfants,
celui qui entre idéal et réalité résiste, celui là, il n'est que rêve. Alors de l'oeil une larme s'échappe. Mais, il ne faudrait pas que ça soit trop triste. Peut-être pour cela, il ne faudrait pas
se raconter, raconter des histoires... Il faudrait juste avancer, sans idéal, sans croyance ; il faudrait arrêter de raconter des histoires qui mènent aux rêves, il faudrait arrêter, j'arrête de.
Rentrer dans le rang, rejoindre la troupe, se terrer, fermer les yeux et ne rien voir, ne rien imaginer, ne rien penser, ne pas être. Construire une vie sur ça ; sur le néant, l'absence de rêve et
d'idéal devenant la vie idéale. Le matin un geste qu'on saurait être reproductible, la journée et le soir émaillés de gestes qu'on saurait reproductibles. J'éteins le réveil, j'allume une cigarette, appuie sur le bouton "on" de la cafetière de la bouilloire, je me lave, je
m'habille, je descends les marches, rejoins l'arrêt d'autobus, composte mon billet, les yeux dans le vague je lis les nouvelles, les mêmes que celles de la veille, les mêmes que celle du lendemain,
je ne le sais pas, je ne le remarque pas, je n'ai pas à appuyer sur le bouton pour descendre et rejoindre mon lieu de travail, je n'ai pas à m'émerveiller devant les fleurs qui poussent, les arbres
qui bourgeonnent, je n'ai pas non plus, à m'indigner de la pauvreté qui grandit et des ses signes qui se multiplient dans l'espace public, je ne pense pas lorsque je dis bonjour à mes
collaborateurs, je ne souffre pas, je ne suis pas. Le temps passerait, les jours avec, se reproduisant étrangement sans que je m'en apperçoive. Les gestes seraient les mêmes mais je ne le
verrai pas. Je serai heureux ! Le soir lorsque je fermerai les yeux, il n'y aurait rien derrière mes paupières closes. Ecoute, écoute, tu ne me crois pas ? Tu ne m'entends pas ? Ecoute, écoute, tu
ne vois pas ? Le vent a cessé de souffler ? Les oreilles ne savent plus distinguer sa douce chanson, j'ouvre les yeux et ne vois rien ! J'écoute et n'entends rien, je ne suis pas ! Un nouvel idéal,
un nouvel eden, celui de l'absence!
Corps meurtri, pensées qui s'entrechoquent, je manque de
temps et je continue de tenir cette chronique. Je n'ai pas abandonné ; le temps se dilate, les articles se font rares, mais je continue d'écrire ces petites nouvelles d'un quotidien
ordinaire. Constamment confronté à la difficulté (pour ne pas écrire l'impossibilité) d'organiser le temps, et toujours, je continue d'écrire ces mots.
Plus de samedi ni de dimanche depuis de nombreuses semaines, les yeux se troublent, la vision est floue et je continue de
raconter nos histoires ...
Mèche allumée, traînée de poudre, lorsque l'explosion
adviendra, je ne crois pas qu'elle sera contenue aux seuls quartiers dans lesquels elle naît. Dans l'urgence, nous devons quitter les bureaux sis rue de l'arbrisseau à Lille. Oui vite, parce que
nous ne sommes plus en sécurité, nous devons abandonner des locaux que nous occupons depuis plus de quatre ans. Je ne sais que trop bien comment tout cela a commencé : cela a commencé alors que
nous n'étions pas là ! Dans ces quartiers, on a laissé s'installer des ghettos de fait dans lequel a grandit le sentiment d'injustice et de discrimination. On s'est occupé du centre et on a laissé
la périphérie se gérer toute seule. Quand nous sommes arrivés là, les commerces n'étaient plus bien nombreux L'ont-ils jamais été ? Quand nous sommes arrivés, les représentants de l'état, et des
administrations locales avaient déjà fermé les quelques permanences qu'ils tenaient encore la veille quand elles existaient. Pour rationaliser les fonctionnements, optimiser l'outil administratif,
on a de fait abandonné des pans entiers de la population. Une partie de la population qui plus qu'une autre nécessite l'attention de la république.
Première confrontation au public avant le départ en tournée de la famille
Grizbatoruc ! Chaque représentation est suivie d’une rencontre conviviale avec le public
Nous avons vu tellement de jardins, nous avons parcouru tellement de
kilomètres et mon cerveau ne sait plus délier le vrai du faux. Demain, très vite, le 3 juin, nous nous installerons à Calonne Ricouart. Dans mon atelier (qui est aussi une salle de réunion, qui est
encore un bureau), les marionnettes se construisent. Les Grizbatoruc, fils après père, voient le jour. Ce n'est pas comme nous ! Mille et une Vies, hommes et femmes, tous enfermés dans un ancien
commissariat. Travaillant aujourd'hui, tous volets baissés ; dans le noir même quand il fait beau. Oui, ce n'est pas comme nous... Nous sommes cinq, bientôt six et je ne sais toujours pas si en
cette sombre période, je fais bien de suivre mon plan de développement. Nous sommes cinq, bientôt six, et je ne sais dire si mon angoisse est raisonnable. Nous avons marché dans les jardins des
villes et villages; il faisait beau. En repérage pour l'été, nous avons croisé de nombreux cortèges, mariages ou communion, c'était hier. La tournée d'été s'annonce belle. Du 3 juillet au 16
août, 18 villes, 3 spectacles et des invités surprises. 22 mai, je vois l'été arriver, la tournée s'annonce belle.... Premier paysages en panoramique, les suivants arrivent ; imaginez public et
Théâtre de Marionnettes Itinérant.. Imaginez l'été...
Ca se ferait comme ça, de plus en plus au
rabais, sans moyen, presque en cachette ! On institutionnaliserait ça ; cette façon de créer la ! En réduisant toujours un peu plus les moyens dédiés à la création, on ne s'en rendrait pas compte
et puis un jour, comme pour certains autres arts, l'artiste ne serait plus au coeur ! Tout le monde serait artiste et à chacun de prouver son talent ! Les
producteurs feront leur marché, décidant ce qui doit être et ce qui n'a pas lieu d'être financé. C'est déjà un peu le cas, ça le sera plus encore demain ! Tentant de travailler à la création de
notre nouveau spectacle, continuant jusque au dernier instant de réunir les moyens de sa production, je me trouve confronté à une réalité bien triste ! Entre ceux qui se cachent et utilisent les
moyens que leurs donnent l'intermittence, entre ceux qui se disent que créer n'est pas bien difficile, qu'une idée suffit, entre ceux qui aspirent de gros budgets pour faire vivre leurs murs, entre
ceux qui disparaissent, l'époque n'est pas à la joie pour la création.. Qu'y puis-je ? Me battre et respecter ceux avec qui je travaille ! Les traiter dignement et payer les répétitions, cela me
semble un minimum et si je n'arrive pas à réunir ce minimum, alors je ne fais pas. Mais dans le milieu de la création contemporaine, du spectacle vivant, tous ne procèdent pas ainsi ! Mais dans ce
milieu certains ont des projets tellement géniaux que cela leur semble normal que la solidarité les finance ! Mais comment les politiques culturelles ont-elles laissé se construire un foutoir si
peu créatif ? Pourquoi les politiques culturelles, de notre état, de nos régions, départements et villes, n'ont-elles pas tenté d'organiser cela ? Sommes-nous les premiers fautifs, équipes
artistiques qui n'avons pas su donner à nos partenaires institutionnels les outils de l'organisation ? 14 mai 2009, nous entrons en résidence de création dans quelques jours, je n'ai pas fini de
constituer mon équipe. 14 mai 2009, je constate que dans l'ensemble de nos activités de Théâtre de Marionnettes Itinérant, c'est bel et bien la création qui est peu (pour ne pas
dire "pas") financée.
2009, année folle, époque difficile, le temps est en crise ! Et nous, Cie Les Mille et une Vies , Théâtre de Marionnettes Itinérant tentons d'avancer dans notre
plan de développement. Parce qu’en 2008, arrivant à dix ans d’existence, nous appuyant sur l'expérience que nous a donnée le temps, nous avions prévu d'entrer dans une phase de développement
jusqu’en 2012 (les moyens, l'équipe, les partenariats). Aujourd'hui, avec nos partenaires territoriaux (Artois Comm., SIRA), nous continuons d'avancer sur cette
voie mais parfois l'angoisse me saisit. Nous travaillons avec des partenaires institutionnels, qui pour certains sembllent saisis de cécité ; la DRAC (Direction Régionale des
Affaires Culturelles), pour ne nommer qu'elle, alors que nous travaillons professionnellement, que nous développons une équipe permanente, que nous diffusons nos créations, que nous touchons
des publics éloignés des équipements, la DRAC a donc décidé de ne pas aider notre projet de création. Ils voudraient nous mettre en difficulté qu'ils ne procéderaient pas
autrement. Malheureusement, cette administration ne veut pas être transparente et lorsqu'elle rejette notre dossier nous n'avons aucun recours... Si nous l'ouvrons, si nous râlons, nous risquons
de condamner le financement de nos projets futurs...
Le Ministère de la Culture a participé à construire des équipements, finance les équipes de permanents de ces lieux (administratif, communication et technique) et pour l’œuvre qui doit toucher les publics et occuper ces lieux, il ne reste plus grand-chose, les miettes de son budget….
Mais il n'y a pas que le Ministère de la Culture et ses DRAC ; avec d'autres administrations c'est la même chose ; elles râlent sur le secteur culturel et plus particulièrement sur les acteurs de création qu’elles considèrent peu ou pas assez structurés à leur goût ! Mais certaine de ces administrations restent rigides dans leur fonctionnements et opaques dans leurs procédures. La plupart du temps, elles refusent que nous (acteurs) les rejoignons pour ensemble réfléchir à construire des critères d'attribution et d'évaluation objectifs... C'est vrai, juger la qualité artistique est souvent un jugement subjectif mais d'autres critères peuvent permettre une étude plus juste des projets. Territoires touchés et publics, durée de la structure, du projet, professionnalisme de son équipe, des outils et des moyens dont elle dispose... Cette liste n'est pas exhaustive mais jusqu'à présent, pour les équipes de création indépendantes il a été difficile (pour ne pas écrire impossible) d'intervenir dans les modalités d'attribution et de faire entendre leurs voix aux tutelles et institutions qui travaillent dans leur coin. Au final on peut avoir le sentiment que les tutelles utilisent les moyens collectifs comme un portefeuille personnel. Et voila comme une politique culturelle se transforme en politique d'aménagement territorial. On construit des équipements sans se soucier des contenus qui l'occuperont. On demande à tel équipement d'assumer la production déléguée de telle création, on réduit la poilitique culturelle d'un territoire à la construction d'une programmation...
Ca y est, on marche sur la tête, certains élus, utilisent leur temps de parole au Conseil Municipal pour donner les chiffres de fréquentation et annoncer les prochains évènements ; ils ne se rendent pas compte de l’aberration ; oui, l’époque est folle, on confond politique culturelle et programmation culturelle.
Demain chaque village aura son lieu… et tout le monde sera artiste (amateur)…
Mais Monsieur, que voulez-vous ? Vous pourrez vous donner à voir, et ne plus danser sur la table comme vous le faisiez jusqu’à présent ! Vous voudriez qu'on vous paye ? ET bien tendez le chapeau !
Ils ont construit et continuent de construire des équipements, ils ont salariés des équipes de permanents
(administration, production, communication et technique) et pour l’œuvre qui doit occuper ces lieux, il ne reste plus grand-chose….Pauvre démocratisation culturelle !
Entrée en matière rude ? Je voulais ici dresser le contexte avant d'aborder la suite :
Quoiqu’il en soit, aujourd’hui 25 avril alors que la Cie Les Mille et une Vies est entrée dans la phase active de son développement (création, mise en oeuvre des actions...), que de nombreux dossiers ont été déposés, nous démarrons nos actions sans avoir les réponses de nos partenaires institutionnels ; et si après-demain, comme la DRAC, Région, départements et autres partenaires de nos projets rejettent nos demandes nous pourrons mettre la clé sous la porte et licencier l’ensemble de notre personnel (celui déjà présent (4 personnes aujourd'hui) et celui que demain nous prévoyons d’employer (4 à 5 personnes demain) ) . Si un lecteur sait analyser la logique de nos administrations en ces temps de crise, qu'il ait la gentilesse d'éclairer ma sombre lanterne...)...
Si vous voulez prendre ce risque, si notre projet et sa précarité vous tente, si votre précarité actuelle est plus grande que celle que nous vous proposons,
en suivant les liens vous pourrez découvrir les postes que nous ouvrons et qui viendrons compléter l’équipe
actuelle
ici, un poste en Contrat d'Accompagnement à l'Emploi - CDD AGENT de Médiation
http://ddata.over-blog.com/xxxyyy/0/38/79/16/Profil-CAE-intervenant.pdf
là, 2 postes en CDDU artistes interprètes sur notre nouvelle création...
http://ddata.over-blog.com/xxxyyy/0/38/79/16/Profil-Interpr-te.pdf
Attention, les candidatures sont à envoyer au pôle emploi (avec la référence de l'offre en objet) qui me les
transmet ensuite...
Par ailleurs, ces postes seront en priorité pourvus par des gens résidant en Région Nord/pas-de-Calais ; en effet, les postes ouverts (durée, CDD, salaire...) ne me permettent pas d'envisager sereinement un déplacement de compétence d'une région éloignée...
Fabrice Levy-Hadida - Directeur - Cie Les Mille et une Vies - Théâtre de
Marionnettes Itinérant
Faut que ça sorte... Crache ta bile ! Des fois, des jours on se réveille avec le
ventre serré et tant que c'est pas dit, pas crié, rien à faire, ça reste là à ennuyer les boyaux, à torturer la cervelle... Alors on se dit qu'il faudrait mettre des mots, et puis, et puis on se
rend compte de l'impasse ; des mots, oui, mais lesquels ? La langue tourne dans la bouche et tout le fatras qu'on a à l'intérieur n'arrive pas à s'organiser. On ferme les yeux, on se dit que ça
va venir... Mais rien, non rien qui soit clair ne vient. Alors on dort dessus et le matin venu, on se rend compte que c'est pareil. Et quand c'est pas pareil, on se rend compte que c'est pire
encore, pire que la veille ; que les mots ne se sont pas organisés, que la pensée est trouble, que rien à dire, rien à faire, il faudra encore dormir dessus. Mais de jour en semaine, rien ne
s'arrange. On a pas réussi à construire l'ossature du texte, les mots luttent contre la réalité qui nous tracasse.
Et puis un jour, rentrant d'une journée fatigante on se jette sur le clavier et on charge les doigts d'organiser les choses, la pensée. Je sais, l'image ne dit rien mais, c'est bien ainsi que les
doigts la ressentent. Sans pensée, ils se mettent au travail ; dur labeur que celui d'organiser une pensée inexistante. Alors, ils cherchent le commencement ; il se disent que dire cela, dire
l'embarras serait une bonne chose, que ça ou autre chose de toute façon... Et puis ils se disent (les doigts) que lorsque plus tard viendra le temps du lecteur, que ça se
corsera…
Je recommence, ce n'est pas bon !
43 ans aujourd’hui, bientôt 44 et plus de vingt ans que je pratique un métier fascinant dans lequel chaque jour est un jour . Métier étonnant qui fait rêver les enfants et amène les adultes à m'interroger :
- Et pour vivre tu fais quoi ?
- Marionnettiste ? On peut en vivre ?
Ce métier on le choisit et avec le temps dans sa pratique on s'affermit. Je n'ai pas fait d'école, si ce n'est celle du temps. Aujourd'hui je me rends compte
que j'ai construit ma vie autour de cet art dont je n'avais qu'une connaissance floue lorsque j'ai commencé. Avec passion et patience j'ai fait de ce que je ressentais un métier. J'ai eu besoin
de temps. Du temps et du travail. De la sueur et de l'acharnement. J'ai eu besoin de choisir une vie difficile ! J'ai refusé de travailler pour autre chose que cet art. Je me suis imposé un autre
travail, geste quotidien, une gymnastique aride. Il m'a fallu avoir faim. Aujourd'hui, regardant mon passé, je constate le vide dans les assiettes. Je me demande de quoi j'ai vécu ? S'il me
fallait juger la qualité du temps passé, en comptant mes points de retraite tranquille, j’aurais passé de sales jours. A l’âge de la retraite, il me faudra travailler ! De cela, même si j'en
ai bien peur, j’en suis sûr aujourd’hui ! Mais ce temps passé a été nécessaire pour sentir que mon geste artistique se professionnalisait. Dans cette construction professionnelle et
pratique, le temps a été à la fois l'allié et l'ennemi. Le temps nous fait douter, le temps nous conforte, le temps légitime le geste, le temps qui nous reste n'est pas une éternité, le temps est
compté. Encore aujourd'hui, le temps est compté !
Fabrice Levy-Hadida - Cie Les Mille et une Vies - Théâtre de Marionnettes Itinérant
Les images qui illustrent les mots sont issues du projet scénographique de François Lestrade pour notre nouvelle création Le dernier spectacle des Grizbatoruc. Projet de structure en forme d'aréne, nouveau castelet et Théâtre d'images de 7 M d'ouverture, de 4M de Hauteur et 4M de profondeur...
Le dernier spectacle des
Grizbatroruc, Par le Théâtre de Marionnettes Moderne de Karloviestlav - Une famille de marionnettes (Titre long et provisoire) est en cours de construction. La production continue, nous
attendons de nombreuses réponses de financeurs et nous devons malgré tout avancer sur la réalisation. Constituer l'équipe, donner au projet les moyens de s'épanouir. De plus, si nous voulons
tenir nos plannings, nous ne devons pas nous laisser arrêter. Dès cet été devrait sortir la première étape de cette création, et après une série d'avant-premières elle devrait occuper jardins et
espaces publics de petites villes. Cette année, la Tournée d'Eté du Théâtre de Marionnettes Itinérant passera dans plus de vingt villes de La Région Nord/ Pas-de-Calais. Vous imaginez la construction ? Aujourd'hui je cours après le temps ! Les marionnettes se
construisent très lentement, j'avance sur des prototype, le texte est à l'arrêt et si M. Grizbatoruc père de cette famille déjantée commence à paraître dans sa petite forme
(1M de haut) il devrait aussi être décliné à une taille avoisinant les 3M de haut... Voici son premier visage, sale tête, sale bête...
Mais que font-ils ? Ils ne saisissent pas
l'urgence de la situation ? Mais que font-ils ? Que veulent-ils ? Que ça explose ? La guerre civile ? Ou alors ne se rendent-ils pas compte de la violence de l'époque et des excès qu'elle peut
induire ? Ils pensent que les communautés religieuses vont régler ça ? Ils démissionnent ? Ils pensent que les associations cultuelles pourront ramener la paix sociale en des quartiers où chaque
jour elle s'éloigne un peu plus ? Que pensent-ils de ce qui est train d'advenir ? Je ne cesse de m'interroger sur les acteurs de territoires, sur les
politiques et les relations qu'ils entretiennent avec ces quartiers ! Des quartiers dans lesquels nous vivons. Oui les acteurs sont de moins en moins nombreux ; point critique atteint; il ne reste
plus qu'à attendre l'explosion ! Tranquillement ? Non ! Tranquillement patienter ? Il ne reste rien à faire ? De courrier ébahi, en appel à l'aide, je regarde le monde avancer... Les autres
ferment les yeux, je ferme les yeux ! Les autres se bouchent les oreilles, je me bouche les oreilles ! Les autres se taisent, je me tais ! Je n'avais jamais éprouvé cela auparavant, ; de signe en
signe la violence grandit et la fronde contre la société prend corps. Dans le quartier où nos bureaux sont installés, comme dans cent autres quartiers, comme dans mille autres quartiers, la
violence naît mais elle ne semble pas être le fruit de revendications pour sortir d'une misère sociale dont on aurait assez, de réflexions qui nous font lutter pour améliorer les espaces collectifs
! Non ! Elle est là, violence brute et sauvage, capable de raser notre société. En notre époque consommatrice, ils (les outils de la violence) se nourrissent de nos lacunes, mais n'imaginent pas
une société de l'après ; ne veulent pas d'une société meilleure. Elle est là, violence quotidienne et misère sont le terreau d'une sombre époque. La répression se fera gra
nde, les libertés se réduiront, les enfants ne chanteront plus. Dans les larmes et
le sang, de sueur et de douleur pleine, nous verrons l'époque avancer contre l'humanité. Rouleau compresseur qui va écraser et réduire de nombreuses années d'espoir et de constructions. Nous en
sommes arrivés là ! De ce quartier où nous avions pris nos aises, nous Mille et une Vies, bientôt déménagerons. Parce que nous ne pouvons plus, impuissants regarder la destruction
brique à brique sans autre raison que la destruction. Alors nous ne verrons plus. Mais ça continuera de grandir, de mûrir...et puis un jour, demain, dans un an, ça explosera ! Ne faites pas cela,
ne laissez pas cela grandir, ne fermez pas les yeux, ne bouchez pas vos oreilles, ne laissez pas vos mémoires devenir blanches à force d'écran qui rendent la réalité lointaine. Elle est à la
porte....
Les
yeux ne savent plus où donner de la tête. Les Mille et une Vies avancent chaque jour un peu plus vers leur (sombre) épanouissement. Je n'ai malheureusement pas réussi à réduire la
vitesse que l'établissement prend. Ici et là, j'ai l'impression que cela s'emballe dans mon bocal. Essayant néanmoins de prendre quelque distance, je me rend compte que je ne suis peut-être pas
outillé pour cela (que mes freins n'aient pas été livrés à la naissance ou alors, acheté à moindre à moindre coût par mes géniteurs, qu'ils n'aient jamais osé m'avouer toutes les options manquant
à ma réalisation)... Malgré tout, jour après jour, nous avançons vers une longue période de résidence de création. Une histoire est en train de se construire autour de la nouvelle création
"Le dernier spectacle des Grizbatoruc..." et c'est une belle histoire ! Une histoire que nous construisons avec Artois Comm.. Une belle agglomération, un
territoire qui devient le nôtre... Mais entre préparations administratives et de terrains, développement d'équipe, actions artistiques et sensibilisation diverses, j'ai le sentiment de ne plus
avoir une minute creuse. Pourtant un troisième larron, Camille a rejoint l'équipe en mars. Pourtant, on devrait recevoir le renfort d'une quatrième personne en avril ! Pourtant l'équipe
de création, devrait pour la première fois intégrer des artistes complémentaires.. Mais pour l'heure, le temps reste trop court et chaque fois que je choisis de réaliser une tâche urgente, c'est
en abandonnant deux ou trois autres tâches urgentes.
Alors, certains jours la peur et l'angoisse me saisissent. Et si je n'y arrivais pas ? Et si je ne pouvais pas ? Et quand les questions m'assaillent, pourquoi vouloir développer ce qui fonctionnait si bien à petite échelle ? Pourquoi vouloir développer une équipe et prendre le risque de mettre en péril ce que nous avions, en petit comité, réussi à faire exister ? A ces questions je n'ai pas le premier élément de réponse ! Face à ces questions je reste sans voix !
C'est ainsi que nous avançons... Vite...Inquiets, heureux, pleins de doutes.. C'est ainsi que Les
Mille et une Vies s'accomplissent !
Pour
ne pas simplifier la tâche, le quartier dans lequel sont situé nos bureaux et petit atelier de construction (Lille-Sud, Arbrisseau) s'embrase. Tous les jours, incivilité et violences, hargnes et
misères... Tous les jours, voitures brûlées et réactions sombres... A voir cela tous les jours, je l'ai déjà écrit, je ne peux que me demander : serait-ce déjà trop tard ? Les enfants voient des
choses que jamais ils n'auraient du voir. Je l'ai déjà écrit, je l'écis encore, serait-ce trop tard ? Il est trop tard ! Les enfants deviennent les acteurs de ce noir quotidien et je n'arrive pas
à me convaincre que tout pourra aller mieux demain ! A cet endroit, dans ce quartier, il aurait fallu une volonté politique. Ici, il aurait fallu, plus qu'ailleurs, une présence forte de la
république. Education et moyens déployés pour enrayer la spirale de la misère et de la haine ! Oui, ici il aurait fallu un pouvoir conscient et aux yeux ouverts. Pas seulement un pouvoir à la
recherche d'un mandat électif. Ici, c'est un de ces quartiers, dans lesquels les uniformes (pompiers, policiers...) se font "caillasser" quand ils interviennent ! Tous les représentants de la
république ! Oui ici, les pouvoirs publics semblent avoir abandonné la partie. Certes, je pourrais déplacer mon regard, mon activité (accueillant de nouveaux salariés qui subissent de plein
fouet ces difficultés du quotidien, je m'en vois presque obligé, si je veux leur assurer un cadre de travail décent) mais pour autant, ces violences et incivilités, ces voitures brûlées et
cette sombre époque ne disparaîtront pas. Je ne les verrais plus mais elles seront la, dans ce quartier là et dans bien d'autres, mûrissant tranquillement (ce n'est qu'un mot) jusqu'à
l'explosion. Ne plus voir, fermer les yeux. Ne plus entendre, ne pas écouter, ne plus entendre, ne pas écouter, ne plus, ne pas, non ! Trêve de mots creux, tout s'emballe et le temps qui fait défaut n'est pas pour me rassurer. Regardant autour de moi, les questions ne cessent de
m'envahir et, perdant le nord je ne cesse d'interroger les maigres croyances... Elles réduisent, réduisent à vue d'oeil. Non que je devienne cynique mais bien plutôt que le temps de la rage s'est
transformé...
Pour finir je voulais revenir sur Cassandre ! Cette belle revue a sortie un très beau numéro 76. L'avez vous
lu, l'avez-vous vu ? Vous le savez peut-être, Cassandre a besoin de lecteurs ; les lecteurs, pour une revue comme Cassandre c'est l'assurance d'un avenir alors,
Cassandre ne doit pas manquer de lecteurs. Alors vous, lecteurs de l'endroit, si vous n'êtes pas encore abonnés, faites le !
Et puis, si vous hésitez, allez visiter Micro Cassandre, blog-revue mis en ligne fin
janvier...cliquez ici
Vous n'êtes toujours pas abonnés ? Pas encore abonné ? Cassandre sort un numérto 77 (le temps des alliances) dont les colonnes sont ouvertes à Gori et l'Appel des Appels... Vous n'êtes toujours pas abonnés ? Toujours pas abonné ? Mais que faites vous là ? Pour vous punir, si je le pouvais, je vous empêcherai de lire ces lignes mais je ne le peux pas, non je ne le peux pas encore... Peut-être un jour le pourrais-je et ce jour la...
Du 18 au 21 février dernier c'était une implantation étonnante. Comme en 2006, quand nous avons sorti notre castelet et que pendant l'été nous avons
proposé représentations et actions de sensibilisation, les habitants du quartier de Lille-Sud ont répondu présents. C'est grâce à la volonté d'une enseignante de l'école Wagner, que notre
présence a été rendu possible. Elle avait croisé notre chemin dans les réseaux plus traditionnels, et s'était dit que, voisins, nous devrions pouvoir rêver ensemble. Elle a eu raison.Quand en 2005 nous avons imaginé notre installation dans ce quartier c’est principalement nos activités administratives (secrétariat production diffusion…) qui trouvaient un toit. En effet, pour une Cie Indépendante dépassant l’age de l’émergence il s’agissait de trouver des locaux qui lui permettent d’assumer la continuité de son projet. Au delà des actions menées sur le quartier, ces locaux remplissaient idéalement les fonctions susnommées…Avec le temps, des rapports plein d’humanité ont pu naître dans le quartier. Connus, et reconnus nous avons échangés et grandis dans de bons termes de voisinage avec la majorité des habitants du quartier, avec les structures qui y sont installées et aussi avec les commerçants de proximité qui continuent d’offrir aux habitants leurs services. A aucun moment, nos salariés ne se sont sentis en dangers et si ici et là, nous avons pu sentir des tensions dans les échanges, les situations sociales dont nous avions connaissance pouvaient en partie l’expliquer…Directeur d’une association, dont l’objet est la création de spectacle de marionnettes mon rôle n’est pas de me substituer aux lacunes des services publiques. Certes, je veux pouvoir croire qu’installant nos bureaux et une partie de nos activités dans un quartier dit « sensible », je participerai à la reconstruction de lien social mais je ne peux être le seul maillon de la chaîne républicaine. Quand nous échangeons avec nos voisins, habitants, commerçants le désarroi et l’impression d’abandon dominent. Vendredi, j'ai commencé les démarches; nous ne pourrons plus rester très longtemps. Comment pouvons-nous continuer de travailler, dans un environnement hors règle, hors norme...ce n'est pas possible. Ce matin, un calme étrange régnait dans la rue. Plus de vingt car de CRS étaient là, déploiement et puis plus rien... c'est trop tard, vraiment trop tard... Les enfants se sont habitués aux bruits de pneus qui crissent, aux échanges illégaux, à une autre économie, à la violence... Avant les vacances scolaires, pendant notre présence dans l'école voisine, pour régler un différent avec un camarade, un enfant s'était armé d'une paire de ciseau...trop tard, c'est trop tard.
Fabrice Levy-Hadida - Cie Les Mille et Une Vies - Théâtre de Marionnettes
Itinérant