Pendant que nous finalisons notr
e calendrier d'été (cela fera l'objet d'un prochain article) et alors que sur leurs pages facebook, nos personnages se chamaillent,
voici un dernier texte écrit par Yann Stenven professeur d'Arts Plastique du Collège-Lycée Chatelet à Douai. Merci à lui pour ces regards... sur notre travail
Vladimir, le temps du secret.
Depuis quelques instants, le castelet s'agite de la présence des personnages que depuis plusieurs minutes, le public accompagne, au fil du « dernier spectacle des Grizbatoruc ». La tension est palpable, l'agitation aussi dans cet avant-spectacle. Chacun doit se préparer, se maquiller sauf si l'heure du refus arrive.
Une première distorsion temporelle opère devant et avec la complicité du public puisque la réalité spectaculaire est bel et bien commencée. Le spectateur est pris dans le récit qui le mène dans l'avant-spectacle, sans savoir si ce qui se joue est le dernier spectacle des Grizbatoruc ou son annonce. L’ambiguïté du titre se révèle. Le dernier spectacle des Grizbatoruc est-il celui que l'on voit ou celui dont on nous promet la venue, le commencement mais que l'on ne verra pas ? La mise en spectacle sera donc le temps de révélation et de rupture de cette famille théâtrale qui n'est plus.
Un parallèle mental agite les silhouettes des « Ménines » prises aux regards des spectateurs, et l'énigme que pose la scène. Devant l'œuvre, la question n'est pas de savoir qui se reflète au miroir comme il ne l'est pas de savoir ce qui est vrai du spectacle face au castelet mais de connaître ce que peint Vélasquez à la surface de la toile.
La toile, de dos, est-elle le portrait en couple du roi et de la reine ? Ou le tableau même des « Ménines » ?
De même, le dernier spectacle des Grizbatoruc est-il une forme cadrée qui doit se donner ou le spectacle de ce groupe, de cette famille qui se révolte, qui comme le veut la formule familière, se donne en spectacle ?
D'évidence, le spectacle est celui de la rupture, de la déchirure comme il est évident que ce que l'on admire de l'œuvre de Vélasquez sont bien les « Ménines » et non l'hypothèse de son tableau de dos.
Par ce pas d'écart, le public est mis d'emblée devant le fait que ce qu'on lui énonce est feint. D'emblée, le public ne peut adhérer au propos de Vladimir : son discours est et sera vain. Du moins, le doute s'insuffle. Vladimir n'est pas ou non uniquement ce qu'il dit être au public.
Il revient, alors, à l'auteur de prêter voix à l'un de ses personnages, de fait, à Maricia pour chuchoter un éclaircissement. La voix basse marque la confidence, le sceau du secret mais souligne la crainte qu'inspire Vladimir, bien qu'il soit assoupi, ce qui conforte sa position de tyran.
La révélation du secret inverse alors, à nouveau, la temporalité du spectacle et celle du spectateur. D'un coup, le discours évoque, éclaire un fait que le public ignore et qui, n'en étant pas témoin, le positionne dans le passé.
Dans la tradition théâtrale, dont est issue pour partie la marionnette, l'auteur aurait engagé Maricia dans un long aparté, un long monologue avec le public. Une tirade qui évoque le passé, dans le respect de la règle des trois unités, d'action, de lieu et de temps.
Le respect de l'unité d'action serait dans la logique narrative de la confidence de Maricia. Elle est utile à la compréhension de ce qui se déroule sous les yeux du public. Le lieu resterait celui des coulisses du spectacle, Maricia se tenant dans le lieu initial du récit.
Unité de temps, quand bien même si le secret relève du passé, son dévoilement serait celui du présent de son énonciation, de la scène.
Mais le décalage avec le respect classique de l'unité vient de la liberté prise par l'auteur de contourner, de fléchir par la modernité de ses héritages, métissages. Le monologue se fait non en évoquant des images mais en faisant images. Dès lors, le propos de Maricia s'image, donne à voir et la règle s'étiole .
L'unité de lieu est rompue puisque les images produites par le
théâtre d'ombre dépayse : ce n'est plus le lieu géographique de la représentation mais Karlovieztlav, ce ne sont plus les coulisses mais la maison des Grizbatoruc et ses alentours. Le
spectateur passe de l'intérieur à l'extérieur selon une mise à distance utile pour rendre témoin du passé. Le spectateur prend la place de celui qui voit, a vu. Autrement dit, le spectateur est sur-témoin
car le témoin des événements est Vladimir. Vladimir, lui même, caché, à distance, et en position d'observateur. Le public est embusqué, « rétrospectivement » derrière Vladimir et voit
la même scène, et dans son positionnement a connaissance des attitudes et gestes de
Vladimir. Sans quitter son banc, le spectateur est dans un autre espace.
L'unité d'action se dédouble, elle se « ventriloque » puisque Maricia parle, livre tout en énonçant des faits se déroulant dans le passé. Maricia se fait la voix de ces personnages qui s'animent à l'écran comme à la paroi. Dans la caverne qu'est le castelet, les ombres oscillent au chuchotement du récit de Maricia.
Enfin, le temps, malgré le monologue en direct de Maricia, implose par l'image, l'unité du temps du théâtre classique. Le spectateur assiste à la divulgation d'un secret tout en se projetant dans un retour en arrière, qui, simulé par le théâtre d'ombre, relève toutefois davantage d'un flash-back, et donc du cinéma plus que du théâtre.
L'auteur transgresse la règle par l'originalité de s'abstraire de sa tradition, de l'histoire de son art. La marionnette à gaine ou le théâtre d'ombres ne connaissent pas le passé.
L'invention majeur de ce passage, son traitement est un acte fort d'écriture et de création. Le théâtre de marionnette, la manipulation peuvent le passé pour donner les clefs du présent.
Le présent s' « interrompt » pour mener le public dans le passé de Vladimir, plaçant le spectateur dans une narration cinématographique et physiquement dans le même rapport à l'écran de théâtre d'ombre qu'à celui de cinéma. L'aparté au public se fait par l'image mais avec la voix et présence in de Maricia.
Voici donc, le public face aux ombres qui se découpent à la toile. Le regard se concentre, se laisse prendre par le récit. Pourtant, un choix plastique vient d'opérer et va contribuer à faire basculer le spectateur de l'adhésion à l'empathie pour Vladimir et son vécu. Les silhouettes qui s'animent sont de contours humains. Elles ne sont pas celles des personnages, marionnettes que le spectateur accompagne depuis l'ouverture du spectacle. Le transfert permet une identification plus forte du public aux personnes évoquées et mobilise dans la mémoire collective bien d'autres images en connections historiques et émotionnelles. Cette articulation mentale du récit à l'historique, du récit à la grande histoire comme on dit, met en tensions le particularisme du vécu de la famille des Grizbatoruc.
Le flash-back sert le récit, la partie pour le tout, tout en paradoxalement élargissant à un vécu universel : « en ce temps là, le monde était malade. » L'esprit du spectateur établit le lien avec le non-dit universel de la guerre, de la déportation voire d'un génocide. L'auteur a fait le choix de ne pas forcer le trait. Vladimir n'est pas enfant lors des événements racontés, ce qui évite un doublement d'empathie inutile. Il n'y a pas de date, de pays nommé, ni de bourreaux désignés.
Les soldats sont des silhouettes repérées dans leur fonction militaire mais non leur armée. La silhouette du costume ne fait pas l'uniforme. Ce comme dans la toile « Tres de Mayo » de Francisco de Goya, où le peloton d'exécution est sombre, compact, menaçant. Il est en opposition avec le groupe des victimes mis en lumière, ayant traits et visages là où la soldatesque n'est que masse. L'anonymat du groupe militaire confère à l'universel de l'acte de barbarie. L'anonymat des militaires arrêtant la famille des Grizbatoruc font des Grizbatoruc les victimes possibles d'une déportation, d'un génocide tel que peut les générer n'importe quelle dictature rendant « le monde malade », n'importe quelle dictature d'hier et d'aujourd'hui.
Le flash-back permet au public de découvrir le passé de Vladimir, de l'infléchir par compassion, sympathie pour lui. Momentanément. Le flash-back achevé, la sortie du théâtre d'ombre comme de la salle de cinéma reconnecte à la réalité, celle d'une troupe d'artistes en coulisses, avant le levé de rideau mais au bord de la rupture, de dénoncer Vladimir comme tyran. Il faudra deux autres créations à cette trilogie pour permettre de comprendre pourquoi on en arrive là.
L'auteur accomplit là, un dernier contre saut temporel en signifiant que le spectacle annoncé le dernier n'est que le premier, que plus qu'à la fin le public est au début de l'histoire.
Les deux autres opus placent le spectateur dans un flash-back tacite au regard de ce premier contact avec les Grizbatoruc, Vladimir et la troupe. Qui est réellement qui ? Vladimir reste en suspend, entre deux sentiments : la sympathie et l'inquiétude, voire le rejet. Ce qui confère, à ce personnage, la complexité de sa personne.
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Pour continuer la découverte de nos personnages un deuxième texte de Yann Stenven
Un écho difforme et contraire parce que Zette ne se résout pas, interpelle mais les deux citations ont pour rôle d'annoncer le pas suivant pour l'un son
arrestation par un baiser et pour l'une son absence au monde par l'invitation de s'accomplir en osant quitter la chambre, à la proposition de trois étranges personnages selon la version
écrite.
En effet, en cousin de Polichinelle, on devine Germain quelque peu roublard, prompt à embobiner son interlocuteur. Il s'y essaye
avec Gaston. Gaston Legascon le faible mais riche, le prêteur, le banquier, on ne sait pas. Le marionnettiste/ auteur laisse le doute sur sa véritable fonction qui stigmatise notre monde
capitaliste. Monde qui par l'argent espère même acheter le bravoure ou du moins rémunérer un autre pour faire le travail. Germain est débiteur de Gaston et ne semble pas pressé de rendre à ce
dernier son dû. La menace de destruction du Monde par la sorcière Farfelue change la donne, au moment où Germain, un fois encore, a presque retourné la situation en sa faveur, le rendant
Ce dernier lui offre
pourtant le secret pour vaincre la sorcière. Le secret d'un baiser donné, d'un baiser pouvant sauver le monde. La sorcière Farfelue, si crainte, tomberait pour un baiser. Un baiser long et
langoureux d'amour. La sorcière, violente, l'est par manque d'amour. Elle ne sait pas se faire aimer, s'éprendre et choisit la force, la haine. Mauvais chemin là encore, la sorcière, Germain et
Gaston sont chacun dans l'impasse. Gaston perdu dans son avarice qui le coupe des autres, chacun étant son débiteur. Germain, lui, se piège à son éloquence verbale qui le mène toujours à la
phrase de trop. La Farfelue est aux pièges de

De jour de retard en jour d'absence, je ne dois plus vous dire "je serai là demain". Je ne sais pas tenir mes engagements, peut-être est-ce là ce qui me caractérise le mieux, dire ce
que je ne veux pas et faire ce que je ne dis pas. !
En 2011, aux Mille et une Vies Théâtre de Marionnettes
Itinérant, on a fait des découvertes sur l’humain, qu’on espère ne pas refaire en 2012. Ces découvertes, si elles rendent Les vies silencieuses, moi sorcière de mon
état premier, marionnette au second degré, fille de mon créateur au troisième, elles m'énervent, je suis leurs maladies et leurs bornes.
Nous avons reçu il y a quelques jours un courrier de la Cie
Le silence nous gagne, les mots s’absentent.
Quelques bancs vernis réfugiaient dans une salle par crainte de la pluie, un public d'enfants piaffant dans l'attente du lever de rideau, une musique ambiante en
sourdine. Une invitation à s’asseoir, à faire silence. Quelques rires, un noir, et la lumière qui s'éveille tandis que le rideau s'égraine à la tringle. Jusqu'en cet instant rien ne pouvait me
permettre de préjuger de la rencontre. Tout et tous semblaient en place logique : un castelet, un public réfugié des eaux et enfantin comme dans la meilleure illustration jaunie d'un
théâtre de Guignol. Je me sentais monstrueux sur ma portion de banc, intrus démesuré prêt à un temps qui ne me serait pas destiné. Après tout, ma présence était professionnelle,
j'étais un adulte avec une excuse comme s'il en fallait une pour être là. Je venais au spectacle, ne doutant pas de savoir ce qu'est la marionnette. Ethnologue improvisé, je
souhaitais observer le drôle de métier de marionnettiste.
La charentaise généreuse qui s'offre au pied fatigué qui cherche le repos après le travail. La gaine, elle n'accueille pas la main, elle la contraint et par la même le corps du
manipulateur qui pour que la marionnette ait un squelette, un corps actant, mène à l'effort le sien, le violente dans la position et la durée. Position dans la gaine, positionnement de la main
qui marquent la première entorse à la tradition que je compris. Zette et ses compagnons ont l'articulation d'une bouche. Et non, ce délicat coup de pinceau pourpre qui se perd à la
« sur-face » de Guignol, bois de masse où le repeint donne l'illusion d'un visage. Guignol doté d'un inexpressif visage ne peut émouvoir, prendre la lumière, il ne
peut exister que dans l'action, la trépidation. Ses actes valent plus que son discours.
Depuis 2009, La Cie Les Mille et une Vies
Théâtre de Marionnettes Itinérant imagine et coordonne « la Marionnette près d’chez vous ». Avec cet évènement, la Cie part
à la rencontre des publics du territoire de l’Artois. En 2 ans, ce projet (soutenu par L’Etat ( ACSE), le Conseil Régional NPDC,
Nos Quartiers d’été, leDépartement du Pas-de-Calais et l’Agglomération Artois Comm.) a touché plus de 12 000
personnes.
